L’antispécisme face à ses adversaires

Récemment, beaucoup de journalistes et universitaires français ont pris leur plume pour critiquer et même vilipender l’antispécisme. Mais, pour Thomas Lepeltier et Yves Bonnardel, leurs propos témoignent d’une très grande méconnaissance de cette philosophie. Aussi, dans cet article, se permettent-ils de souligner leurs nombreuses erreurs.


par Thomas Lepeltier & Yves Bonnardel
(Cet article était initialement destiné à la revue The Conversation.
Pour des raisons diverses, il n’a finalement pas pu y être publié.
Sur ces aléas, voir ci-dessous l’encadré « Ce texte a une histoire »
)


Inventé il y a près de 50 ans, mais longtemps méconnu, le mot spécisme a fait, depuis quelques mois, irruption dans l’espace médiatique et intellectuel. Il n’y a pratiquement plus un jour où il ne se retrouve au cœur des débats récurrents concernant le traitement des animaux domestiques. Rappelons qu’il désigne l’idéologie qui fait de l’espèce à laquelle appartient un être vivant un critère en soi de considération morale. Par exemple, le fait qu’un animal soit catalogué dans une espèce particulière plutôt que dans une autre peut servir, selon cette idéologie, à justifier à lui seul qu’on puisse le tuer pour en consommer les chairs. D’une manière générale, le spécisme sert à justifier toutes les violences que les humains font subir aux autres animaux.

S’il y a de nos jours débat autour de cette idéologie, c’est parce qu’elle est contestée par un nombre croissant de personnes qui considèrent, quant à elles, que seuls les intérêts des individus – comme les intérêts à ne pas souffrir et à ne pas être tué – sont à prendre en compte, quelle que soit l’espèce. Pourquoi ? Parce que l’espèce est, sur un plan éthique, une catégorie arbitraire. À l’instar de la race ou du sexe, il n’y a en effet aucune raison pour que le fait d’appartenir à une espèce plutôt qu’à une autre implique une différence dans la prise en considération des intérêts des individus concernés. Par exemple, comment justifier que les cochons, parce qu’ils n’appartiennent pas à la même espèce que les chats, soient moins bien traités que ces derniers ? Ou encore, pourquoi le fait qu’ils appartiennent à d’autres espèces que la nôtre justifierait que l’on tue certains animaux pour les manger, alors même qu’ils ont un intérêt à continuer à vivre ? Ne trouvant pas de réponse rationnelle à ces questions, les antispécistes demandent la fin de l’exploitation des animaux.

Mais cette position provoque l’ire de nombreux journalistes et universitaires. Considérant que l’on doit pouvoir continuer à les utiliser pour nos fins (par exemple, les élever pour les manger), ils tentent de montrer que le spécisme n’a rien de moralement répréhensible et que, inversement, l’antispécisme serait une position incohérente. Pourtant, comme en témoigne un grand nombre d’interventions récentes, les adversaires de l’antispécisme ont très mal compris la logique de cette philosophie. C’est du moins ce que nous voudrions montrer à partir de quelques exemples.

Les animaux ont-ils des droits ?

Un grand sujet de discorde concerne la notion de droit. Pour les antispécistes, les animaux sensibles ont un intérêt à vivre librement, à ne pas souffrir et à rester en vie. Ils en déduisent que ces êtres devraient se voir attribuer un droit à ne pas être assujettis, maltraités et tués1. C’est d’ailleurs ce que reconnaît, en partie, le droit français qui condamne le fait de maltraiter et tuer sans nécessité un animal domestique (art. 521-1 et R655-1 du Code pénal). Mais ce droit n’est que très rarement appliqué et, en outre, ne concerne nullement les animaux dits sauvages. En tout cas, pour nombre d’intellectuels français, il est absurde d’accorder des droits aux animaux. D’abord, il y a ceux qui pensent, comme le journaliste Ludovic Delory, que les antispécistes veulent attribuer « les mêmes droits aux animaux qu’aux humains2 » ou, comme l’anthropologue Jean-Pierre Digard, qu’ils réclament « un traitement égal pour toutes les espèces3 ». Or, en lisant le livre de Peter Singer, La libération animale, qui a popularisé cette notion de spécisme, on comprend aussitôt que, pour les antispécistes, « l’égalité de considération morale » ne signifie pas « l’égalité ou l’identité de traitement4 ». Si le mouvement antispéciste estime en effet qu’il faut attribuer autant de considération à la souffrance des animaux sensibles qu’à celle des humains, il estime tout aussi important de les traiter différemment ou, ce qui revient un peu au même, à leur accorder des droits différents en fonction de leurs intérêts et capacités.

À ce sujet, la philosophe Élisabeth de Fontenay, qui se dit « hostile à l’antispécisme », se méprend quand, dans un entretien, elle justifie sa position par le fait que les humains ne seraient pas des animaux comme les autres : « Une émergence s’est produite dans l’évolution des espèces, qui provient de la parole, du langage articulé, et qui a pour conséquence que le savoir sur les hommes ne relève pas de l’éthologie mais de la sociologie et de l’histoire. Je n’accepte pas qu’on parle de l’animal humain5. » Son erreur est ici de penser que les antispécistes considèrent, et donc veulent traiter, les humains comme les autres animaux. Or ils sont tout à fait prêts à reconnaître des différences, qu’elles relèvent d’un phénomène d’émergence ou non. La question est juste de savoir si ces différences sont pertinentes d’un point de vue moral. Or, à moins de tomber dans l’arbitraire, on ne voit pas pourquoi posséder, par exemple, un langage articulé serait une condition nécessaire pour se voir reconnaître un droit à ne pas être maltraité et tué. N’est-ce pas simplement le fait d’avoir un intérêt à ne pas souffrir et ne pas être tué qui devrait être suffisant pour se voir reconnaître un tel droit ? Mais, comble de l’arbitraire, Fontenay estime, quant à elle, que pour « un animal élevé dans le but de nourrir les hommes, il est contradictoire de lui reconnaître le droit à la vie6 ».

Une autre erreur des adversaires de l’antispécisme est de considérer, comme l’avance encore Jean-Pierre Digard, que « la notion de droits ne saurait se concevoir sans celle des devoirs7 ». Cette erreur se retrouve aussi sous la plume du sociologue Gérald Bronner quand il écrit : « Cet antispécisme réclame des droits pour les animaux sans voir que leurs capacités cognitives ne sauraient leur permettre de s’acquitter des devoirs qu’impliquent les droits qu’ils obtiendraient8. » Parmi tant d’autres, elle est également commise par le journaliste Paul Sugy quand il écrit, pour contester l’idée que les animaux se voient octroyer des droits, « que nul ne peut prétendre à des droits sans se voir octroyer également des… devoirs9 ». Or ces affirmations sont erronées pour une raison toute simple : la notion de droit n’est pas liée à celle de devoir10. Par exemple, un enfant en bas âge a des droits qui protègent ses intérêts fondamentaux, comme celui de ne pas être maltraité. On ne peut pourtant pas attendre qu’il respecte de lui-même des devoirs. Il en serait de même pour un humain ayant perdu la raison et qui ne serait plus à même, pour reprendre l’expression de Bronner, « de s’acquitter [de ses] devoirs ». Cette incapacité ne nous autorisant pas à le tuer pour le manger, pourquoi l’incapacité des animaux à respecter des devoirs impliquerait-elle qu’ils n’aient, quant à eux, pas de droits ? En outre, on pourrait discuter l’affirmation que les animaux ne sont pas capables de s’acquitter de devoirs. Mais cela est une autre histoire11.

Certes, certains adversaires de l’antispécisme ont bien essayé de répondre à ce contre-argument. Par exemple, la journaliste Élodie Messéant s’offusque que l’on puisse ainsi « placer un enfant, une personne handicapée, sur la même marche qu’un chevreuil précisément parce qu’ils sont tous incapables de demander ces droits12 ». Si, à ses yeux, ce procédé est inacceptable, c’est « parce qu’un enfant [ou] un handicapé appartient à l’espèce humaine [et] qu’il sera toujours doté de droits, qu’importe son degré d’irresponsabilité ». Ce serait un fait que les antispécistes « ne veulent pas voir, eux qui estiment qu’une différence de traitement entre homme et animal, sous toutes ses formes, n’est pas justifiée ». Inutile de rappeler qu’il est faux d’affirmer que, selon les antispécistes, les humains et les animaux devraient être traités de la même manière. En revanche, il nous faut souligner la pétition de principe de la proposition ici avancée. Pourquoi les enfants et les handicapés mentaux profonds ont-ils des droits alors même que, comme les animaux, ils n’ont pas de devoirs ? La réponse de Messéant est qu’ils ont des droits parce que, à la différence des seconds, ils appartiennent à l’espèce humaine. Pour le dire autrement, seuls les humains ont des droits parce que seuls les humains ont des droits. Voilà dans toute sa splendeur la logique du spécisme.

Envisageant un autre angle d’attaque, certains critiques de l’antispécisme, comme le philosophe Étienne Bimbenet, estiment que les animaux n’auraient pas de droits parce que ce sont les humains qui énoncent le droit. Selon lui, reconnaître des droits aux animaux serait même agir d’une manière tout humaine et donc faire preuve de spécisme : « La position antispéciste paraît ainsi contradictoire : en défendant les animaux au nom d’une morale universelle et de droits valables pour tous, elle accomplit un acte profondément “spéciste” ou humain. En toute rigueur, les animaux n’ont pas de droits : c’est l’homme qui leur en donne13. » Toutefois, il est facile de remarquer que, cette fois encore, l’enfant et le « fou » ne sont pas capables de définir eux-mêmes les droits qui peuvent les protéger sans que cette incapacité implique qu’ils en soient privés. Ensuite, accomplir un acte spécifiquement humain ne relève en rien d’une attitude spéciste. De fait, l’antispécisme ne dit pas que les humains doivent se comporter comme les autres animaux ou qu’ils ne possèdent pas de nombreuses spécificités au regard d’autres animaux. Il dit juste que l’espèce n’est pas un critère de considération morale. Se comporter d’une manière tout humaine ne contredit donc en rien la logique de l’antispécisme. Celle-ci conduit juste à reconnaître que, si un humain a des droits parce qu’il a des intérêts (notamment, à ne pas souffrir et à ne pas être tué), il n’y a aucune raison qu’un autre animal sensible ne se voit pas aussi reconnaître des droits.

Notons que Bimbenet n’est pas le seul à croire qu’il a décelé une contradiction dans le véganisme ou l’antispécisme. C’est, par exemple, aussi ce que prétend le philosophe Raphaël Enthoven qui, lors d’un symposium international de la filière du veau, avance que, « en demandant à l’homme de devenir herbivore alors qu’on ne demande pas la même chose aux animaux, on considère que l’homme est supérieur, car seul à être doté d’une morale ». Il en déduit alors que, avec l’antispécisme, on assiste à un « retour de la hiérarchie sous couvert d’un discours qui veut l’abolir14 ». Pourtant, demander aux humains quelque chose que l’on n’exige pas des animaux n’est pas considérer les premiers comme supérieurs aux seconds. Une demande, pour être juste, doit au minimum prendre en compte les spécificités des individus concernés. Par exemple, il serait injuste d’exiger que les Français les plus démunis viennent en aide aux déshérités de la Terre. En revanche, demander à des personnes ayant de bons revenus financiers de faire un effort en ce sens ne semble pas déplacé. Ce n’est pas pour autant que l’on considère les riches comme supérieurs aux pauvres. En demandant aux humains, et aux humains seuls, d’adopter un comportement plus éthique, l’antispécisme ne réintroduit ainsi aucune hiérarchie dans le vivant et n’est donc, contrairement à ce que pense Enthoven, nullement contradictoire.

Si les adversaires de l’antispécisme ont tant de mal à accepter cette idée de droits des animaux, c’est parfois en raison d’une crainte qu’elle s’étende à tout le vivant. Symptomatique du genre, Gérald Bronner écrit que les antispécistes prétendent « défendre la vie sous toutes ses formes » et risquent d’en venir à exiger « des droits pour les plantes ». Positions qu’il juge « absurdes15 ». Là encore, une lecture un tant soit peu attentive de la littérature antispéciste lui aurait permis de comprendre que, dans ce mouvement, il ne saurait être question d’attribuer des droits aux plantes16. Pour les antispécistes, seuls les êtres sensibles, c’est-à-dire ceux qui peuvent souffrir et jouir de leur vie, nécessitent notre prise en considération morale. L’explication est simple : une entité incapable de souffrir ne peut être maltraitée et ne nécessite pas d’être défendue pour elle-même (ce qui ne veut pas dire qu’elle n’a pas parfois à être défendue pour des raisons diverses). Or, jusqu’à preuve du contraire, les plantes ne peuvent pas souffrir17.

Inversement, c’est parfois la demande d’une plus grande considération des plantes qui sert à dénigrer l’antispécisme. Un orfèvre en la matière est le philosophe Emanuele Coccia. Par exemple, dans son livre La vie des plantes (2016), il écrit que le « débat animalier, qui est fortement imprégné d’un moralisme extrêmement superficiel, semble oublier que l’hétérotrophie présuppose la mise à mort d’autres vivants comme une dimension naturelle et nécessaire de tout être vivant18 ». Autrement dit, les antispécistes seraient des piètres penseurs qui n’auraient pas compris que le vivant se nourrit d’autres vivants ! Plus récemment, interrogé par une journaliste, il précise sa pensée : « Nous ne sommes pas des plantes, nous ne sommes donc pas capables de vivre sans toucher à d’autres êtres vivants, sans leur arracher leur chair, leur vie et leur énergie […]. Pour le dire de façon négative : notre vie est toujours un sacrifice d’autres êtres vivants, animaux ou végétaux. Pour le dire de façon positive : notre vie est la chance de réincarnation donnée à des poulets et à des salades19. » En somme, heureux les poulets que l’on dévore puisqu’ils ont la chance de se réincarner en nous ! Enfin, dans un autre entretien, après avoir affirmé de manière péremptoire qu’il « a été prouvé [sic] que les plantes possèdent une conscience », Coccia fait remarquer que « tout être vivant tue d’autres êtres vivants », que la « vie est toujours le sacrifice de l’autre », que celle « d’une espèce est toujours la réincarnation d’autres espèces » et que tous « les vivants partagent le même corps, la chair de la Terre. » À partir de cette vision quelque peu mystique, il se permet d’accuser l’antispécisme de reproduire « l’ancienne hiérarchie entre le non-humain et l’humain dans la nouvelle hiérarchie entre l’animal et le non-animal20 ». Bref, Coccia reproche finalement aux antispécistes d’exclure les plantes du cercle de la considération morale ou, ce qui revient un peu au même, de ne pas leur reconnaître des droits fondamentaux. Mais la considération que l’on devrait avoir, selon lui, pour les plantes ou les animaux (humains inclus) est relativement vide puisqu’il ne soulève aucun problème au fait de tuer ces êtres vivants et même d’« arracher leur chair ». En comparaison, l’antispécisme, qui n’accorde des droits qu’aux animaux sensibles, est éminemment plus bienveillant. En considérant qu’il faut qu’il y ait un lien logique entre les caractéristiques d’un individu et la façon dont on le considère moralement, il se distingue aussi par sa rationalité.

Une autre raison de ce rejet de la notion de droits des animaux par les adversaires de l’antispécisme est qu’ils ont peur qu’elle remette en cause leurs libertés. Par exemple, Ludovic Delory s’inquiète que « la nouvelle idéologie politique végan menace nos libertés21 ». Quant à lui, Jean-Pierre Digard voit d’un mauvais œil que les militants de la cause animale ne supportent pas « que d’autres puissent avoir des idées ou des pratiques différentes des leurs22 ». Même son de cloche chez le journaliste Jack Dion qui accepte que « les adeptes de la mode végane [vivent] selon leurs préceptes » tout en estimant que « cela ne saurait leur donner le droit d’imposer une règle de vie qui relève d’un choix personnel23 ». Enfin, sur le même ton, le journaliste Kevin Bossuet voit dans la montée en puissance des revendications antispécistes « le diktat d’une minorité que l’on tente progressivement de nous imposer24 ». Bref, l’antispécisme serait intolérant et liberticide.

D’une certaine manière, c’est vrai. L’antispécisme juge profondément immoral que l’on égorge des porcelets pour satisfaire ses papilles gustatives et, par conséquent, cherche à interdire cette pratique. Mais il faut bien comprendre qu’il n’est pas ici question de choix esthétiques, de préférences gustatives ou de choix personnel. Il s’agit d’éthique, ce qui veut dire de réflexions sur ce qui est bien et mal ou juste et injuste. Or, une fois que l’on a établi rationnellement qu’une pratique n’était pas moralement légitime, il est tout à fait logique de vouloir la bannir. Il en va ainsi, par exemple, du viol et du meurtre, etc. Les adversaires de l’antispécisme sont bien sûr d’accord en ce qui concerne ces crimes. Mais, en s’indignant que l’antispécisme conduise à l’interdiction de certaines pratiques, ils manifestent leur mécompréhension de la nature éthique de cette question. À moins qu’ils ne fassent exprès, pour goûter plus longtemps à quelques petits plaisirs dont ils reconnaissent pourtant, au fond d’eux-mêmes, que la morale élémentaire les réprouve. De fait, n’est-il pas évident que l’on ne doit pas faire de mal à autrui pour sa propre satisfaction et, en particulier, qu’on ne devrait pas s’autoriser à lui trancher la gorge pour avoir le plaisir de le manger ? Autrui pouvant bien sûr désigner un enfant, une femme, une personne de couleur, un chat, un chien ou, ajoute l’antispéciste, un cochon, une poule, une vache, etc. Bref, quand on fait un petit effort, l’antispécisme n’est finalement pas difficile à comprendre. Il n’y a pas non plus de raison, comme on va le voir, de s’inquiéter des conséquences qu’il pourrait avoir sur la société et les animaux s’il venait à être largement accepté.

L’antispécisme est-il une menace pour la société ?

L’antispécisme implique la fin de la consommation de produits d’origine animale. Cette perspective inquiète pour les risques qu’elle ferait courir à notre santé. Par exemple, le journaliste Ludovic Delory considère que les « produits carnés [sont] indispensables à notre métabolisme25 ». Quant à Kevin Bossuet, lui aussi journaliste, il pense que l’arrêt de la consommation de viande serait « nocif26 ». Pourtant, un minimum de recherche leur aurait permis de comprendre que les spécialistes estiment au contraire que l’alimentation végétalienne « est appropriée à toutes les périodes de la vie, en particulier la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance, l’adolescence, le troisième âge, ainsi que pour les athlètes27 ».

Une autre crainte des pourfendeurs de l’antispécisme est qu’il nous entrainerait dans des comportements qui ne sont pas naturels. Ainsi, Kevin Bossuet estime que « consommer de la viande est […] parfaitement naturel [et que donc] interdire l’accès à cette forme d’alimentation est […] contre-nature28 ». On ne saurait trop rappeler à ce journaliste que l’éthique ne se fonde pas sur la perpétuation des pratiques dites naturelles ou, pour le dire autrement, que ce que l’on doit faire n’est pas nécessairement ce qui se pratique déjà. Ce paralogisme naturaliste est d’ailleurs depuis longtemps dénoncé. Sous une forme légèrement différente, le philosophe Dominique Lestel s’inquiète, quant à lui, que l’arrêt de la consommation de viande nous fasse oublier notre nature animale : « Manger de la viande, c’est une façon d’établir une proximité avec l’animal, mais aussi d’accepter une part d’animalité en soi29. » S’il est évident que nous sommes des animaux, il est toutefois difficile de comprendre pourquoi il faudrait manger de la viande pour assumer cette animalité. Consommer des végétaux, déféquer, copuler, marcher et plein d’autres activités ne nous rappellent-elles pas l’importance de nos fonctions corporelles ?

La crainte que l’on rencontre le plus souvent est toutefois que le souci que manifestent les antispécistes pour les animaux s’accompagnerait d’un mépris pour les humains. Par exemple, Kevin Bossuet écrit que les antispécistes, « qui n’ont de cesse de valoriser la vie animale, n’ont bizarrement que très peu de considération pour la vie humaine30 ». Quant à Alain Prochiantz, il met en garde contre le mouvement animaliste parce que, « humaniser » les animaux « c’est prendre le risque majeur de déshumanisation des humains » comme cela s’est passé lors « des massacres de masse31 » du XXe siècle. Puis, dans un entretien récent, ce neurobiologiste reprend cette rhétorique absurde quand il « estime insupportable et inacceptable […] de faire entrer l’antispécisme en résonance […] avec les luttes contre les discriminations entre humains ». Il y aurait en effet, selon lui, « une confusion anthropomorphique dangereuse […]. Nier la distinction forte entre les humains et les autres animaux [sic], cela peut aussi justifier, en retour, de traiter les humains comme des bêtes. Les racistes, esclavagistes et autres nazis n’y ont pas manqué32 ». De même, le politologue Pierre Rosanvallon s’inquiète que « sous l’amour des animaux se cache une indifférence au malheur des hommes33 ». Quant à l’anthropologue Jean-Pierre Digard, il estime que l’animalisme « désigne l’idéologie selon laquelle on devrait accorder aux animaux et à leurs intérêts (du moins à ce que l’on croit en savoir) une place prépondérante, au détriment de ceux de l’espèce humaine34 ». Pour sa part, le sociologue Gérald Bronner estime que « l’antispécisme [suit] le chemin du totalitarisme35 ». Mentionnons également le philosophe Roger-Pol Droit pour qui le « mouvement antispéciste […] verse parfois dans le grotesque et l’absurde [car] sous prétexte de déconstruire la domination de l’espèce humaine et sa vaine arrogance, on s’aventure sur une pente glissante, difficile à contrer, qui mène à la dévalorisation de l’humain36 ». Enfin, pour donner un dernier exemple d’une longue liste, pour le philosophe Philippe Granarolo, l’antispécisme « présente toutes les caractéristiques des idéologies qui ont fait tant de ravages au cours du XXe siècle37 ».

Il y aurait plusieurs façons de répondre à ce genre d’accusation. Par exemple, on pourrait montrer, en exhibant des cas concrets, que se soucier du sort des animaux ne nous détourne en rien de celui des humains38. Sans entrer dans l’accumulation de ces études, il devrait toutefois être facile de comprendre que les antispécistes ne cherchent pas à rabaisser les humains au statut actuel des animaux. Ils entendent juste prendre en considération la souffrance des seconds autant que celle des premiers. Or pour quelle raison élargir le cercle de la moralité nuirait-il à ceux qui en font déjà partie ? Est-ce que le fait de reconnaître aux Noirs ou aux femmes les mêmes droits qu’aux Blancs ou aux hommes entraîne une moindre considération de ces derniers ? Pourquoi donc se soucier des animaux entraînerait-il un mépris pour les humains ? Qui plus est, pourquoi le fait de vouloir imposer à l’ensemble de la société des règles de respect des intérêts fondamentaux des animaux relèverait-il du totalitarisme ou du fascisme ? Au contraire, cette mesure de justice participe du désir de voir la société progresser moralement. Dès lors, c’est la facilité avec laquelle les adversaires de l’antispécisme l’accusent à tort des pires maux qui suscite la suspicion. Ne faut-il pas y voir l’expression de leur peur de perdre le privilège qu’ils se sont arrogés d’utiliser les animaux selon leur bon plaisir ? Ce serait dommage. Ne devraient-ils pas plutôt se réjouir de voir l’antispécisme tenter de rendre le monde plus juste ?

L’antispécisme est-il une menace pour les animaux ?

Si les adversaires de l’antispécisme se font peur à propos de ses supposés effets néfastes sur la société, ils peuvent aussi se laisser aller à imaginer que manger des animaux pourrait avoir des effets bénéfiques pour ces derniers. Par exemple, le philosophe Thierry Ménissier avance que, dans le cas où les animaux seraient élevés dans de bonnes conditions, le régime carné est éthiquement défendable s’il repose « sur la reconnaissance des vertus de l’animal tué pour être incorporé ». Dans ce cas, ce régime « peut même engendrer une forme morale de reconnaissance, un respect qui se fait ressentir comme empathie à l’égard de celui envers lequel nous sommes redevables ». Il est toutefois difficile de saisir en quoi le fait de reconnaître des vertus à sa victime atténuerait ou supprimerait le tort que l’on commet à son égard, surtout si cette reconnaissance s’effectue quand la victime est déjà morte. D’ailleurs, Ménissier est conscient qu’il y a un problème avec ce régime puisque celui qui s’y adonne doit, selon lui, se faire pardonner : « Manger de la viande en conscience implique ainsi certaines formes d’obligation, par exemple celle de demander pardon à l’animal tué avant de le consommer, et de le remercier parce qu’il nous nourrit39 ». Mais, là encore, en quoi le fait de demander pardon – ce qui est d’ailleurs un aveu de culpabilité – annulerait l’illégitimité de l’acte que l’on vient de commettre ? Il suffit de transposer cette conception à nos relations à d’autres humains pour saisir tout de suite ce qu’elle a d’inacceptable. Mais, en bon philosophe éduqué dans la tradition française, Ménissier se paye de mots pour se sortir d’un problème éthique par une pirouette.

Un peu dans le même esprit, d’autres adversaires de l’antispécisme n’hésitent pas à avancer qu’élever des animaux pour les manger serait leur rendre service. Par exemple, pour justifier des bienfaits de l’élevage, Kevin Bossuet avance que « la domestication a indubitablement apporté une forme de protection et de sécurisation aux animaux concernés tout en créant un lien pacifique et affectif entre eux et les êtres humains, en mettant notamment fin à la violence de la prédation40 ». Dans le même esprit, Jean-Pierre Digard écrit que l’élevage ne s’est pas constitué contre les animaux puisque, au néolithique, quand « le porc, le bœuf, la chèvre, le mouton furent parqués, [ils ont] du même coup [été] nourris et protégés, plutôt que voués à fuir devant les prédateurs41 ». Les animaux devraient ainsi être reconnaissants envers les humains qui les élèvent puisqu’ils leur auraient permis d’éviter les affres de la prédation. L’argument est toutefois biscornu puisqu’aucun éleveur ne cherche à protéger des animaux sauvages des prédateurs. D’une manière générale, ils s’en fichent. Les éleveurs s’intéressent avant tout au profit qu’ils tirent de leurs bêtes. Or celles-ci ne sont jamais livrées au danger du monde sauvage, sauf exception : de leur naissance à leur mort, elles résident au sein d’élevages. Il est donc erroné d’affirmer que l’élevage vient apporter une protection à des animaux menacés par des prédateurs. Il ne protège que ceux qu’il fait naître et encore, ce n’est que temporaire, puisque c’est pour les égorger quand ils sont encore très jeunes. Difficile donc d’y voir un « lien pacifique » !

Enfin, une autre grande crainte est que les animaux d’élevage vont disparaître. Par exemple, Kevin Bossuet écrit : « La vérité, c’est qu’en prétendant servir la cause animaliste, c’est en fait un monde sans animaux que nous préparent les partisans du véganisme42. » Quant au philosophe Alain Finkielkraut, il se désole du développement du véganisme puisque « [d]ès lors qu’ils ne seraient plus utiles à l’homme, les cochons et les vaches disparaîtraient, à quelques exceptions près disséminées, pour le bonheur des enfants, dans des zoos ou des parcs à thèmes43 ». Ou encore, c’est le journaliste Alexis Favre qui s’inquiète parce que « l’antispécisme éradiquerait probablement l’essentiel des animaux d’élevage de la surface de la Terre44 ». Disons-le tout net : ces inquiétudes sont en partie fondées. Si on ne consomme plus de vaches, cochons et poules, les éleveurs ne les feront plus se reproduire. Dans leur très grande majorité, ces animaux disparaitront. Quelques-uns pourront probablement continuer à vivre et à se reproduire dans des refuges. Mais leur nombre sera infime comparé à celui d’aujourd’hui. Il y a toutefois une indécence à se plaindre de la disparition de la quasi-totalité des animaux de rente. Il faut en effet savoir que la très grande majorité des 3 millions d’animaux qui sont abattus chaque jour dans les abattoirs français sont des animaux sélectionnés pour avoir une croissance rapide au détriment de leur santé, que la plupart passent leur courte vie dans des élevages surpeuplés, sans voir la lumière du jour, dans des conditions souvent déplorables, etc. Pourquoi serait-il donc souhaitable de perpétuer un système qui génère cette multitude de vies misérables ? Qu’est-ce que ces animaux, qui finissent toujours par se faire égorger à tour de bras dans les abattoirs avant même d’avoir atteint l’âge adulte, ont à y gagner ? Se soucier des animaux ne peut pas consister à en massacrer plein pour avoir la possibilité d’en faire naître tout autant ! C’est au contraire veiller au bien-être de ceux qui existent, quand bien même ils seraient peu nombreux.

Bref, l’antispécisme n’est pas cette philosophie bancale et dangereuse que dépeignent ses adversaires. Attribuer des droits aux animaux et vouloir que ces droits soient respectés est tout à fait logique et cohérent. Elle ne nuit pas non plus, comme l’imaginent certains, à la société et aux animaux. Au contraire, c’est une philosophie qui entend rendre ce monde plus juste. Il est donc urgent, à son sujet, d’en finir avec le temps des contre-vérités et des invectives pour en venir à celui de la réflexion et des débats constructifs…


Ce texte a une histoire


Le 5 juillet 2018, le biologiste Éric Muraille publie « Antispécisme et véganisme constituent-ils des projets de sociétés réalistes ? » dans la revue en ligne The Conversation. Avec Pierre Sigler, nous estimons que les critiques de l’antispécisme formulées par ce chercheur sont pour le moins contestables et nous demandons à cette revue un droit de réponse. Une des conditions pour qu’elle soit acceptée est, nous fait-on savoir, qu’au moins un des auteurs soit rattaché à une institution universitaire. Nous signalons que Yves est membre associé de la structure fédérative de recherche « Pensée critique » de l’Université Grenoble-Alpes. À la suite de quoi, nous sommes autorisés à soumettre une réponse. Le 18 juillet 2018, nous soumettons donc un article pour répondre à celui de Muraille, intitulé « L’antispécisme est un projet politique réaliste ». La rédaction du magazine refuse aussitôt notre article sous prétexte que « The Conversation ne publie pas de tribunes » ! La revue nous invite quand même, si nous le désirons, à resoumettre un article plus général sur l’antispécisme « à condition de bien respecter [leurs] règles de publication : pas d’opinion mais un travail sourcé s’appuyant sur des études scientifiques ». Cette condition nous étonne puisque l’article de Muraille nous était justement apparu comme un texte d’opinion sans référence scientifique alors que le nôtre développait au contraire une argumentation rationnelle s’appuyant sur des références précises. De peur de perdre une opportunité de publication, nous acceptons toutefois de réécrire un article davantage dans le sens préconisé. Comme le sujet est plus vaste qu’une simple critique des propos de Muraille, nous demandons la possibilité de soumettre un article de 20 000 signes environ. L’accord nous est refusé pour un texte d’une telle longueur, mais nous sommes autorisés à soumettre deux textes d’environ 10 000 signes.

Sans la collaboration de Pierre Sigler cette fois, le 18 septembre 2018, nous soumettons nos deux articles : « L’antispécisme face à ses contempteurs. I. En comprendre la logique » et « L’antispécisme face à ses contempteurs. II. Ne pas en avoir peur ». Le 16 octobre, notre proposition est acceptée, mais la rédaction se propose finalement de fusionner et de réduire nos deux articles. Résignés, nous acceptons. Le 5 novembre nous recevons le texte que The Conversation propose de publier. Dans cette version très écourtée, toutes les critiques que nous avions adressées à des journalistes et universitaires ont été supprimées. Apparemment, la rédaction de cette revue n’a pas apprécié que l’on nomme explicitement des intellectuels qui disent n’importe quoi pour tenter de justifier le spécisme, probablement parce que la mise en évidence de la vacuité de leurs arguments rendrait évident que cette idéologie ne bénéficie d’aucune défense rationnelle. Là encore, résignés, nous ne procédons qu’à des petites modifications stylistiques. L’article est publié le 6 novembre 2018 sous le titre « L’antispécisme : comprendre cette philosophie pour ne plus en avoir peur ».

Puis, coup de théâtre, l’article est retiré du site le jour même, au bout de quelques heures, après avoir été lu par plus de trois mille internautes et suscité de nombreux débats en commentaires. Il se trouve que Yves s’était défini, non seulement comme « membre associé » à la SFR « Pensée critique » de l’Université de Grenoble, mais aussi comme philosophe. Or les philosophes de cette université sont presque tous regroupés dans le département de philosophie. Où est le problème, pourrait-on se dire ? Le titre de « philosophe » est libre (à la différence de celui de « médecin » ou de « docteur ») et Yves n’a jamais prétendu appartenir à ce département. Mais la situation ne plaisait pas à ce dernier (nous a-t-on dit), qui a demandé à ce que l’article soit dépublié, de peur probablement d’y être associé. The Conversation s’est aussitôt exécuté. Dépités, nous avons finalement soumis une autre version très écourtée de notre article (où nous avons laissé cette fois des noms d’intellectuels) à Libération qui, après un long délai, l’a publié le 15 janvier 2019, sous le titre « L’antispécisme face à ses contempteurs ». Entre-temps, notre réponse à l’article d’Éric Muraille, « L’antispécisme est un projet politique réaliste », a été publiée dans L’Amorce le 3 décembre 2018. Pour que le contenu des deux articles que nous avions soumis le 18 septembre 2018 à The Conversation ne soit pas perdu, nous le publions sous la forme de l’article ici présent, mais cette fois-ci sans coupe. Nous nous sommes même permis d’y ajouter des commentaires supplémentaires sur des critiques de l’antispécisme qui sont venues à notre attention depuis sa première version.


Photo : E. Lebœuf

L’Amorce ne partage pas nécessairement le point de vue de ses collaboratrices.
Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article, vous êtes invité-e à proposer un texte à la revue (info@lamorce.co).

  1. Valéry Giroux, Contre l’exploitation animale. Un argument pour les droits fondamentaux de tous les êtres sensibles, L’Âge d’Homme, 2017.
  2. Ludovic Delory, « Le véganisme, du régime alimentaire au régime politique », Contrepoints, 6 août 2018.
  3. Jean-Pierre Digard, L’Animalisme est un anti-humanisme, CNRS Éditions, 2018, p. 96.
  4. Peter Singer, La Libération animale, Payot & Rivages, 2012 [1975], p. 60.
  5. Élisabeth de Fontenay, « L’homme est un animal… pas comme les autres », Lire, 470, novembre 2018.
  6. Élisabeth de Fontenay, « Pour être humain, il faut aimer les hommes et les animaux », Elle, 30 novembre 2012.
  7. Jean-Pierre Digard, « La violence est inscrite dans la logique du projet vegan », Le Figaro, 7 août 2018.
  8. Gérald Bronner, « Viande, pourquoi tant de haine ? », Le Point, 12 juillet 2018.
  9. Paul Sugy, « Un animal est-il une personne ? », Le Figaro, 5 avril 2019.
  10. André Comte-Sponville, « Sur les droits des animaux », Esprit, décembre 1995.
  11. Sur l’agentivité morale des animaux, voir par exemple Mark Rowlands, Can Animals Be Moral ?, Oxford University Press, 2012.
  12. Élodie Messéant, « Nuit debout pour la cause animale », Contrepoints, 30 septembre 2017.
  13. Étienne Bimbenet, « L’antispécisme paraît contradictoire », La Croix, 18 juillet 2018.
  14. Raphaël Enthoven, cité dans Valérie Scarlakens, « Du combat au débat, petite leçon de philosophie », La France Agricole, 4 mai 2017.
  15. Gérald Bronner, « Viande, pourquoi tant de haine ? », op. cit.
  16. Yves Bonnardel, « Quelques réflexions au sujet de la sensibilité que certains attribuent aux plantes », Cahiers antispécistes, 5, 1992. Article actualisé dans Yves Bonnardel, Thomas Lepeltier et Pierre Sigler (eds), La Révolution antispéciste, PUF, 2018. Voir aussi la récente tribune d’Yves Bonnardel, « Jouer les plantes contre les animaux ? », Libération, 17 avril 2019.
  17. Notons que même Stefano Mancuso, qui est un des biologistes à aller le plus loin dans l’attribution d’une intelligence aux plantes, rejette l’idée qu’elles puissent souffrir. Voir l’émission « La Tête au carré : L’intelligence des plantes » [à partir de 49’43”], France Inter, 4 avril 2018.
  18. Emanuele Coccia, La Vie des plantes, Payot & Rivages, 2016, p. 157.
  19. Emanuele Coccia, cité dans Catherine Vincent, « L’animalisme va-t-il trop loin ? », Le Monde, 30 mars 2019, p. 29.
  20. Emanuele Coccia, « L’écologie est souvent un obstacle », L’Écho, 5 mars 2019.
  21. Ludovic Delory, « Le véganisme, du régime alimentaire au régime politique », op. cit.
  22. Jean-Pierre Digard, « La violence est inscrite dans la logique du projet vegan », op. cit.
  23. Jack Dion, « Végans de tous les pays, lâchez-nous », Marianne, 21-27 septembre 2018, p. 52.
  24. Kevin Bossuet, « Le véganisme, nouveau “fascisme alimentaire” des apôtres du camp du bien », Valeurs actuelles, 11 juin 2018.
  25. Ludovic Delory, « Le véganisme, du régime alimentaire au régime politique », op. cit.
  26. Kevin Bossuet, « Le véganisme, nouveau “fascisme alimentaire” des apôtres du camp du bien », op. cit.
  27. Alain Le Roux-Marini, « Végétarisme : la nouvelle position de l’Académie de nutrition et de diététique américaine », Alternatives végétariennes, 126, 2017.
  28. Kevin Bossuet, « Le véganisme, nouveau “fascisme alimentaire” des apôtres du camp du bien », op. cit.
  29. Dominique Lestel, « La question animale nous force à ouvrir les yeux sur ce que nous sommes devenus », Le Monde, 23 juillet 2018.
  30. Kevin Bossuet, « Le véganisme, nouveau “fascisme alimentaire” des apôtres du camp du bien », op. cit.
  31. Alain Prochiantz s’exprimant dans l’émission « Les Chemins de la philosophie. L’animal est-il un homme comme les autres ? » [à partir de 44’55”], France Culture, 18 janvier 2018.
  32. Alain Prochiantz, « La radicale originalité de Sapiens », Books, 98, juin 2019, p. 31.
  33. Pierre Rosanvallon s’exprimant dans l’émission « L’Invité des Matins. Pierre Rosanvallon : comment réinventer la démocratie ? » [à partir de 2’28”], France Culture, 25 juin 2018.
  34. Jean-Pierre Digard, « La violence est inscrite dans la logique du projet vegan », op. cit.
  35. Gérald Bronner, « Viande, pourquoi tant de haine ? », op. cit.
  36. Roger-Pol Droit, « La souffrance animale, la polémique qui s’emballe », Les Échos, 24 août 2018.
  37. Philippe Granarolo, « Halte au végano-fascisme », iPhilo, 9 septembre 2018.
  38. Matthieu Ricard, « Il n’y a aucune indécence à se préoccuper du sort des bêtes », Le Monde, 14 décembre 2014.
  39. Thierry Ménissier, « Peut-on justifier éthiquement le régime carné ? », The Conversation, 8 novembre 2018.
  40. Kevin Bossuet, « Le véganisme, nouveau “fascisme alimentaire” des apôtres du camp du bien », op. cit.
  41. Jean-Pierre Digard, « L’animal n’est pas l’alter ego de l’homme », Libération, 25 juillet 2018.
  42. Kevin Bossuet, « Le véganisme, nouveau “fascisme alimentaire” des apôtres du camp du bien », op. cit.
  43. Alain Finkielkraut, « Rétablir le lien perdu », Les Échos, 23 août 2018.
  44. Alexis Favre, « Antispéciste, tu perds ton sang-froid », Le Temps, 31 mai 2018.