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Face aux nombreux partages d’actions d’associations animalistes visant à transformer les gens en véganes immédiatement sur les réseaux sociaux, la question de l’efficacité de telles méthodes se pose. Dans cet article, nous esquissons une critique de cette méthode et nous proposons une méthode alternative qui nous paraît plus prometteuse pour atteindre le même objectif : faire en sorte que de plus en plus de gens deviennent véganes.
« Est-ce que vous vous engagez à devenir végane maintenant ? »
Cette phrase réémerge notamment en France depuis quelques mois lors d’actions de sensibilisation d’associations antispécistes[1] via un militantisme qui se concentre sur l’objectif suivant : rendre les passant·es véganes à la fin d’une conversation. La méthode est la suivante : 1) occuper un espace fréquenté (généralement les places et rues des centres-villes), diffuser les images atroces de l’oppression et de l’exploitation des animaux non humains que nous connaissons toustes en tant qu’antispécistes ; 2) interpeller les personnes qui s’arrêtent devant ces images en leur demandant ce que cela leur fait de voir cela ; 3) les inviter à se placer du point de vue des victimes ; 4) contre-argumenter face à l’ensemble des justifications mobilisées par les individus ; 5) demander à la personne de s’engager[2] à devenir végane maintenant lorsqu’elle a accepté qu’il n’existe aucune justification pour défendre les images qu’elle a sous les yeux. Nous appelons cette méthode la méthode convaincre et engager.
Face à cela, il semble légitime et pertinent de se poser une question importante pour le mouvement antispéciste : est-ce efficace ? Autrement dit, que sait-on sur l’efficacité de cette méthode ? Les personnes qui disent s’engager, le font-elles sincèrement ? Et qu’en est-il du long terme ; les personnes sincèrement touchées maintiennent-elles leur engagement sur la durée[3] ? Il n’y a pas de réponse simple à cette question car, malheureusement, aucune étude scientifique à notre connaissance n’a évalué l’efficacité de cette méthode. Cependant, on peut tout de même tenter d’évaluer le bien-fondé a priori de cette hypothèse en allant regarder la littérature dédiée à la façon dont les gens changent. À notre connaissance, cette dernière a plutôt tendance à montrer que le fait que les individus aient l’impression d’être à l’initiative du changement, autrement dit qu’iels aient la sensation que le changement vient d’elleux-mêmes, est d’une importance cruciale.
En premier lieu, nous clarifierons ce que nous entendons par “changement” avant de mobiliser plusieurs théories en psychologie qui peuvent nous éclairer sur les processus de changement, de motivation et de transition vers le véganisme. Enfin, nous proposerons une méthode différente de celle qui consiste à convaincre et engager et qui viserait plutôt à susciter l’émotion et la réflexion puis accompagner.
Changer, qu’est-ce que cela veut dire ?
En règle générale, lorsqu’on parle de changement individuel dans la vie quotidienne, cela fait référence à deux aspects : soit on parle d’une personne qui a changé d’avis, soit on parle d’une personne qui a changé de comportement. Le premier aspect concerne les croyances tandis que le second concerne les actions. Il existe de nombreuses définitions du changement en psychologie selon le cadre théorique dans lequel on se place. Étant donné l’objectif de cet article, nous allons considérer que le terme de changement réfère à l’adoption et au maintien d’un comportement à travers le temps : c’est sa définition dans le modèle transthéorique du changement[4]. En effet, c’est sur les actions que se concentre la demande d’engagement que nous questionnons. Elle est généralement formulée une fois que la personne est « convaincue »[5] que le spécisme est injustifiable. Dans cette optique, le « changement » des croyances spécistes n’est qu’un prérequis que les militant·es cherchent à obtenir avant de formuler la demande d’engagement[6]. La seule modification des croyances ne serait pas considérée comme un changement suffisant. À partir de notre définition, deux questions s’imposent à nous : premièrement, comment adopte-t-on un nouveau comportement ? Et deuxièmement, comment le maintient-on dans le temps ? Ces deux questions nous obligent à mobiliser un concept sans lequel aucun changement n’advient : la motivation.
La motivation n’est pas ce que vous croyez
Là encore, nous devons prendre le temps d’un petit préambule sur la notion de motivation pour éviter toute mésentente. Dans le langage courant, la motivation est souvent associée à des concepts connexes comme la discipline ou la volonté. Si on prend cette synonymie au sérieux, il s’ensuit que la motivation émergerait du pouvoir de la volonté et que cette dernière nous permettrait d’être discipliné·e, autrement dit, de nous en tenir à ce que nous avons prévu de faire. Cette définition de la motivation ne correspond pas à la façon dont elle est appréhendée dans le champ de la psychologie[7]. Nous détaillerons ces aspects, mais pour l’instant retenez ceci : lorsque la psychologie parle de motivation, c’est généralement pour parler des facteurs qui vont l’influencer, pas d’une capacité quasi mystique à faire ce que nous avons décidé de faire par la seule force de notre volonté.
Le changement, ce n’est pas maintenant[8]
Bon, tout cela est bien sympathique, mais quand est-ce que nous allons parler du sujet qui nous a poussé à écrire cet article ? On y vient ! Il y a de nombreux modèles qui s’intéressent aux changements de comportement en psychologie[9] et ils sont relativement unanimes : la plupart des gens ne changent pas en un éclair. Malheureusement pour nous, militant·es antispécistes, changer de comportement, cela demande du temps, surtout dans une société spéciste[10] où certaines habitudes sont déjà si profondément ancrées[11]. Ce premier point affaiblit déjà la méthode convaincre et engager. Il est très improbable que des gens changent de comportement en l’espace d’une conversation, d’autant plus si c’est la première fois qu’iels sont exposé·es aux contre-arguments antispécistes. Mais soyons charitables. Il n’est pas impossible que certaines personnes tentent d’opérer ce changement. Même en considérant cela, nous allons voir pourquoi il est fort improbable que les personnes maintiennent leur comportement dans le temps.
La théorie de l’auto-détermination
En psychologie, il existe une théorie incontournable lorsqu’on parle de motivation : la théorie de l’autodétermination (TAD)[12]. Ce qui fait l’originalité de cette théorie, c’est le renversement qu’elle opère à propos des conceptions classiques et usuelles de la motivation. Même lorsqu’on passe au-delà du fantôme explicatif que constitue la discipline et la volonté, on peut tomber dans un piège : considérer que la motivation est une variable strictement quantitative[13]. La motivation d’un individu pourrait alors varier de 0 (pas motivé du tout) à 5 (totalement motivé).
En acceptant cela, nous passerions à côté d’un aspect essentiel de la motivation[14] que nous connaissons en réalité toustes très bien : les différentes qualités de la motivation. Prenons un exemple concret : lorsque vous étiez enfant, préfériez-vous réviser une matière que vous aimiez[15] sans forcément penser à la note que vous alliez avoir ou préfériez-vous réviser une matière que vous détestiez parce qu’elle avait un gros coefficient et que la note que vous auriez eue compterait beaucoup dans votre moyenne ? Nous ne prenons pas un gros risque en supposant que vous préfériez très probablement la première option. Cet exemple suggère que la motivation n’est pas qu’une histoire d’intensité : prendre en compte ce qui nous motive (le plaisir d’apprendre ou les notes pour reprendre notre exemple) est essentiel.
Pour fonder son modèle, la TAD a recours à une conception organismique du développement psychologique humain : « les théories qui postulent une conception organismique […] considèrent le développement comme un processus par lequel l’être humain intériorise, développe, perfectionne et intègre ses structures internes ou les représentations qu’il se fait de lui-même et du monde qui l’entoure.[16] » La TAD considère également que ce processus nécessite des transactions entre un·e agent·e actif·ve naturellement curieux·se cherchant à satisfaire ses besoins psychologiques fondamentaux[17] et l’environnement compris dans un sens très large et englobant. Pour la TAD, il existe deux grands types d’environnements : les environnements autonomes et les environnements contrôlants. Le premier aura tendance à satisfaire les besoins psychologiques fondamentaux et permettra une meilleure intériorisation et intégration des contraintes de l’environnement lors du processus de développement tandis que le second aura tendance à saper les besoins psychologiques fondamentaux et entravera l’intériorisation et l’intégration des contraintes de l’environnement lors du processus de développement.
Ces intériorisations et autres intégrations qui découlent du processus sont appelées des régulations car elles permettent de réguler notre comportement et servent de base fondamentale à notre motivation. La TAD propose l’existence de cinq grands types de régulations dont l’efficacité pour nous motiver dépend de la profondeur[18] avec laquelle nous les avons intériorisées lors de notre développement :
- externe : la régulation provient de l’extérieur. C’est typiquement la recherche d’une récompense (devenir végane contre de l’argent) ou l’évitement d’une punition (devenir végane pour éviter de se disputer avec saon partenaire)
- introjectée : la régulation est faiblement intériorisée et dirigée vers l’extérieur, par exemple éviter une sensation de culpabilité (devenir végane car on se sent mal pour les animaux non humains) ou rechercher une sensation de fierté (devenir végane pour se vanter en société)
- identifiée : la régulation est intériorisée dans une dynamique instrumentale, par exemple je vais devenir végane parce que je sais que c’est bon pour ma santé
- intégrée : la régulation est totalement intériorisée et correspond à mes valeurs fondamentales, par exemple j’essaie de devenir végane parce que je considère qu’il est mal d’exploiter et d’opprimer les animaux non humains
- intrinsèque : la régulation n’a pas besoin d’être intériorisée car elle est tout simplement interne à ma personne et peut être assimilée au plaisir que procure une activité en elle-même et pour elle-même, par exemple, je fais (insérez ici votre activité favorite) parce que j’aime faire[19] (insérez ici votre activité favorite) (Figure 1).

Figure 1 : Les types de motivations et de régulation dans le cadre de la théorie de l’autodétermination ainsi que leur place sur le continuum de l’autodétermination relative (Fréchette-Simard et al., 2019).
D’un point de vue empirique, on sait également que la motivation contrôlée diminue le bien-être à long terme tandis que la motivation autonome l’augmente[20]. Reprenons l’exemple de l’école : c’est typiquement ce qui se produit avec une régulation externe comme les notes en produisant une sensation de contrôle et d’obligation pour apprendre. L’élève ne se sent pas acteur·ice du processus d’apprentissage et son mal-être peut se traduire de différentes façons : états dépressifs, décrochage scolaire, etc. À l’inverse, une régulation intrinsèque comme l’envie d’apprendre de nouvelles choses produit une sensation d’autonomie ce qui conduit l’élève à se sentir acteur·ice du processus d’apprentissage et accroît son bien-être en satisfaisant ses besoins psychologiques fondamentaux.
Dès lors, on peut apporter une autre critique à la méthode convaincre et engager : la discussion et l’engagement demandé s’ancrent dans une logique contrôlante. En effet, la personne est généralement cantonnée à une posture où elle fait face aux contre-arguments antispécistes plutôt qu’à remettre en question le spécisme d’elle-même[21]. De plus, la demande d’engagement provient de l’extérieur, elle n’est pas la résultante d’un processus libre et autonome. Au regard de la TAD, cette méthode peut être interprétée comme un micro-environnement contrôlant et va probablement diminuer la motivation à initier et à maintenir le comportement.
Par conséquent, ce n’est pas l’individu qui, au cours de son processus de changement, aboutit à prendre la décision de s’engager : l’engagement lui est expressément demandé car il est considéré comme la suite logique de l’argumentaire antispéciste. Comme nous allons le voir, ce point est un écueil d’une conception strictement rationaliste du changement.
Raison ou action : la poule ou l’œuf ?
La conception rationaliste du changement considère qu’il existe une relation de causalité unidirectionnelle entre les croyances et les actes. Autrement dit, selon cette conception, changer nos croyances serait nécessaire[22] pour changer nos actions. La théorie de l’engagement[23] remet radicalement en question cette conception en arguant que nous sommes des champion·nes de la rationalisation et que ce sont souvent nos actes qui déterminent nos croyances. Dès lors, si on prend acte de ce que nous dit cette théorie, le plus important pour rendre les gens véganes ne serait pas de convaincre et d’engager mais plutôt de faire en sorte que les individus puissent adopter certaines actions[24] sans nécessairement leur demander de s’engager à devenir véganes immédiatement, jusqu’à ce qu’iels rationnalisent leurs comportements et modifient leur vision du monde spéciste[25].
Comment les véganes deviennent véganes ?
Résumons brièvement les arguments déployés jusqu’ici. La méthode convaincre et engager souffre de plusieurs écueils : 1) les gens changent rarement leur comportement en l’espace d’une conversation, 2) le contexte contrôlant, pressurisant et public[26] de la demande d’engagement peut entraver la sincérité de l’engagement[27] et diminuer le maintien du comportement dans le temps s’il est adopté et 3) penser que modifier son comportement est la suite logique d’une modification des croyances va à l’encontre de certaines théories en psychologie.
Pourtant, il reste peut-être une façon de sauver la méthode convaincre et engager : aller regarder comment les véganes deviennent véganes ou, en tout cas, comment iels mettent leur changement en récit. En effet, si un nombre important de personnes qui sont devenues véganes décrivent leur changement comme ayant été radical après qu’on leur a demandé de s’engager à devenir végane, cela pourrait mettre à mal notre critique ou a minima réduire sa portée. À ce titre, deux études qualitatives nous semblent intéressantes, chacune mettant en exergue des aspects différents du changement. La première en date est l’étude de Barbara McDonald[28] qui a élaboré un modèle de la transformation vers le véganisme à partir de la théorie de la transformation de Jack Mezirow[29] et des récits de personnes véganes.
Le modèle de McDonald met l’accent sur l’aspect individuel du changement et tente de généraliser la trajectoire qui conduit au véganisme. Son modèle (Figure 2) décrit cette transformation en partant d’un catalyseur[30], c’est-à-dire d’un évènement qui vient instiller le doute et la réflexion[31] à propos de soi et de ses pratiques. Ce dernier peut entraîner deux réactions différentes : la répression[32] de ce que nous venons de voir ou d’apprendre ou bien un intérêt pour en savoir davantage dans l’objectif de prendre une décision[33] et de modifier sa vision du monde et la personne que l’on était avant.

Figure 2 : Reproduction et traduction du modèle de McDonald (2000)
Dans les récits que McDonald a récoltés, on observe que les véganes interrogé·es ne partent pas de nulle part au début du processus de changement. La plupart éprouvaient un amour très fort pour leurs animaux de compagnie[34] mais n’avaient jamais fait le lien entre ces animaux et le contenu de leur assiette, probablement à cause du spécisme qui structure nos sociétés. Concernant l’expérience catalytique, on retrouve des éléments cohérents avec le fait que devenir végane dans une société spéciste prend du temps : la plupart des gens[35] ont eu besoin de plusieurs expériences catalytiques pour entrer dans le processus de changement.
Ce processus commence justement par le fait d’être ouvert·es à d’autres informations et à la potentialité d’adopter un nouveau mode de vie. Sans cet aspect-là, c’est la répression à coup sûr de l’expérience catalytique et la conservation d’une vision du monde spéciste. Dès lors, les individus se sont orienté·es de façon autonome dans ce que McDonald identifie comme étant une boucle apprentissage / décision. Iels se sont documenté·es, tant sur le spécisme, sur ce que vivent les animaux non humains et sur l’alimentation végétale en lisant, pensant, discutant et en participant à des actions pour les droits animaux ou des activités liées au végétarisme[36] Finalement, cela a fini par modifier leur vision spéciste du monde et à changer les personnes qu’elles étaient auparavant.[37].
Un écueil du modèle de McDonald, c’est que c’est un modèle de la transformation et qu’il n’explique pas totalement comment les personnes sont parvenues à rester véganes. Pour le modèle, cela semble acquis : une fois que la personne est devenue végane, elle le reste. Pourtant, le changement est un processus temporel qui nécessite d’être constamment réactualisé afin de ne pas renouer avec nos anciennes pratiques. Au-delà des aspects motivationnels précédemment décrits, une enquête sociologique sur la question[38] montre alors qu’une variable est absolument essentielle quant à la persistance d’un mode de vie végane : le soutien social[39]. L’enquête montre que les personnes véganes s’attirent mutuellement comme des aimants et que cela permet la persistance de leur mode de vie malgré l’influence de la société spéciste.
L’identité a ses raisons que la raison ignore
On le voit bien, le raisonnement est tout sauf suffisant à adopter et maintenir un mode de vie végane. Nous avons besoin d’une expérience catalytique, d’un processus d’apprentissage et de prise de décision qui valorise notre autonomie et notre auto-efficacité (un concept forgé par Albert Bandura[40] pour référer aux croyances que nous avons sur nous-même concernant notre capacité à réaliser une certaine tâche[41]), d’actes préparatoires qui vont contribuer à modifier notre vision du monde, d’un environnement qui satisfasse nos besoins psychologiques fondamentaux et de soutien social. Tout cela montre que devenir végane n’est pas juste une affaire de rationalité : c’est une histoire d’identité sociale[42].
Toutes nos pratiques sont le reflet des groupes auxquels nous appartenons et ces identités font de nous les êtres sociaux que nous sommes. Elles ont un impact majeur sur ce que nous faisons, et sur la façon dont nous nous positionnons dans l’espace social. Une recherche récente[43] illustre bien ce point concernant le véganisme : le choix du même menu diminue de 64 à 34 % s’il est estampillé végan. Ce qui est rejeté ici, ce n’est pas le menu, les ingrédients ou la volonté de manger des produits carnés : c’est l’identité sociale associée au véganisme.
L’enquête sociologique que nous mentionnons précédemment évoque un cercle vertueux qui permet de maintenir un mode de vie végane : que celui-ci soit ancré au sein de notre réseau social et d’un mouvement culturel[44] car les personnes s’entraident, partagent des ressources et des expériences[45].
Pour une approche transthéorique de l’accompagnement vers le véganisme
Après l’argumentaire que nous avons déployé, nous pourrions en rester là et se contenter d’une critique de la méthode convaincre et engager. Néanmoins, dans un souci d’aller au-delà d’une posture exclusivement critique, nous voudrions proposer une autre méthode qui nous semble a priori potentiellement plus prometteuse[46] étant donné tout ce que nous venons d’évoquer. Pour ce faire, nous nous appuyons sur la proposition d’Elisabeth Mendes[47] d’appliquer le modèle transthéorique au véganisme. Même si elle l’applique dans une optique sanitaire, compte tenu de la littérature à laquelle ce modèle est relié, nous pensons que le modèle dispose de certaines vertus pour s’appliquer à l’aspect éthique qui est le cœur du véganisme. Avant de détailler notre proposition, évoquons brièvement ce que postule le modèle transthéorique.
C’est un modèle qui vient du domaine de la psychologie de la santé et qui tente de décrire les différents stades[48] par lesquels passe une personne au cours d’un processus de changement. Il suppose que tout changement commence par une phase de pré-contemplation où la personne n’est pas consciente des options qui s’offrent à elle. C’est toute la période qui précède le catalyseur chez McDonald.
Ensuite, on assisterait à une phase de contemplation dans laquelle la personne comprend la nécessité de changer mais ne voit pas encore nécessairement les bénéfices, manque cruellement d’auto-efficacité et de soutien social. C’est le moment où la personne va s’orienter vers la boucle apprentissage / décision dans le modèle de McDonald.
La troisième étape est celle de la préparation dans laquelle la personne est prête à agir de façon imminente en élaborant des plans d’actions ou en cherchant de l’aide. C’est la boucle que décrit McDonald entre apprentissage, décision et vision du monde. Puis vient le moment de l’action où comme son nom l’indique, l’individu agit, la plupart du temps de façon progressive.
Enfin, conformément au fait que le changement est un processus temporel qui nécessite d’être constamment réactualisé, vient la phase de maintien / rechute[49]. Cette phase commence lorsque le comportement cible a totalement été atteint, que le risque de revenir en arrière est très faible et que la personne dispose d’une auto-efficacité très élevée qui la prémunit face à la rechute dans les situations difficiles.
Forts des acquis précédents, nous proposons une méthode qui consisterait à susciter l’émotion et la réflexion puis accompagner. Car oui, informer les gens et les confronter à la réalité des atrocités du monde spéciste est une bonne chose mais leur demander expressément de s’engager à devenir végane tout de suite les prive de ce qui leur permettrait d’essayer d’accroître leur auto-efficacité, de chercher du soutien social, d’adopter des actes préparatoires les engageant progressivement dans la cause, de développer une identité sociale en tant que végane, de modifier leur vision du monde et in fine de maintenir leur comportement dans le temps : la sensation que cela vient d’elleux-mêmes.
Aussi, notre vision consiste à combattre un individualisme et un validisme inhérent à la méthode convaincre et engager. En effet, la personne est systématiquement renvoyée à sa responsabilité personnelle, et ce, peu importe sa situation. Sur les réseaux sociaux, certains témoignages de personnes neuroatypiques évoquent des difficultés lorsqu’elles n’arrivent littéralement pas à se faire à manger : les magasins ne proposent généralement pas de plats préparés véganes, et ces personnes se retrouvent contraintes par le choix restreint de l’offre alimentaire dans un système spéciste.
On pourrait alors adopter une méthode qui consisterait à susciter l’émotion : 1) proposer une expérience catalytique… et la réflexion 2) discuter avec les personnes, faire de la pédagogie, soutenir l’autonomie de leur démarche, comprendre leurs freins, comment ces derniers s’insèrent dans leur trajectoire spécifique et dans leur identité, 3) leur proposer de nombreuses ressources qu’elles pourront consulter après la conversation… puis accompagner : 4) leur proposer de rejoindre des lieux de socialisation comme les apéros ou festivals véganes, les réseaux sociaux ou des serveurs Discord, 5) leur donner les coordonnées de bénévoles volontaires et formé·es qui feraient partie d’une cellule d’accompagnement à l’auto-efficacité et au soutien social et qui seraient disponibles à certains moments de la semaine, 6) les encourager à poursuivre leurs efforts[50] et les féliciter lors de l’adoption et du maintien total du comportement.
Toustes dans le même bateau
En guise de conclusion, nous voudrions insister sur le fait que cette critique ne vise pas les militant·es qui la pratiquent sur le terrain mais la méthode en tant que telle. Il y a de nombreuses hypothèses qui peuvent expliquer l’utilisation de telle méthode à commencer par le fait qu’elle puisse effectivement paraître efficace sur le terrain, qu’elle valorise probablement un sentiment d’utilité ressenti dans un monde qui nous dépossède trop souvent de notre agentivité au quotidien et qu’elle s’intègre parfaitement dans une logique productiviste et communicationnelle où le temps et les moyens se font rares et où nous n’existons pas si nous ne sommes pas présent·es sur les réseaux sociaux.
La méthode que nous proposons est en effet plus coûteuse en temps et en moyens humains. Pourtant, elle pourrait bien faire la différence dans le temps long. C’est en tout cas le point de vue que nous avons tenté de défendre ici. Enfin, comme nous l’avons mentionné dans cet article, nous poursuivons le même objectif que les militant·es utilisant cette méthode : faire en sorte qu’une majorité de personnes deviennent véganes et l’avènement d’une société antispéciste à terme. Nous respectons leur engagement à nos côtés dans cet objectif et espérons que l’argumentaire développé ici donnera de la matière à réfléchir pour le mouvement, afin que nous puissions toustes agir au mieux dans la même direction.
Notes et références
| ↑1 | Nous pensons notamment aux “cubes de vérité” de l’association Anonymous for the Voiceless. |
|---|---|
| ↑2 | C’est surtout envers cette demande que sera dirigée notre critique. |
| ↑3 | Les témoignages de personnes qui recontactent les militant·es pour leur signifier que c’est grâce à elleux qu’elles ont changé ne constituent pas une preuve d’efficacité à cause de ce qu’on appelle le biais du survivant : nous n’avons accès qu’aux personnes qui ont réussi à maintenir un mode de vie végane et pas à celles qui ont échoué. On pourrait penser qu’on peut d’ores et déjà dire que cette méthode est efficace vu qu’elle a apparemment « marché pour certaines personnes » mais ce serait confondre les termes de la comparaison. Selon nous, il ne faut pas comparer cette méthode à aucune intervention mais à des interventions qui pourraient amener plus de personnes à devenir véganes et à ne pas causer un retard potentiel dans l’adoption de ce mode de vie en éloignant des personnes du mouvement. |
| ↑4 | Prochaska, J. O., & Velicer, W. F. (1997). The Transtheoretical Model of Health Behavior Change. American Journal of Health Promotion, 12(1), 38‑48. https://doi.org/10.4278/0890-1171-12.1.38 |
| ↑5 | Au moins dans un sens faible, c’est-à-dire que sur le moment, elle accepte la conclusion qui lui est proposée après le contre-argumentaire des militant·es. Il est peu probable que la personne soit convaincue dans un sens fort, c’est-à-dire en ayant radicalement modifié sa vision du monde à l’aide d’un processus autonome d’apprentissage, de réflexion et de décision. Nous y reviendrons. |
| ↑6 | Cette stratégie peut être qualifiée de rationaliste car elle part d’un présupposé débattu dans le champ de la psychologie sociale : ce sont les croyances qui engendreraient les actions. Nous y reviendrons. |
| ↑7 | Kleinginna, P. R., & Kalinina, A. M. (1981). A categorized list of motivation definitions, with a suggestion for a consensual definition. Motivation and Emotion, 5(3), 263‑291. https://doi.org/10.1007/BF00993889. |
| ↑8 | Ce sous-titre ne reflète pas l’idée que basculer dans une société antispéciste n’est pas quelque chose de souhaitable. Il sert plutôt à mettre en exergue le fait que les humains changent rarement de façon radicale (à moins que le système les y pousse, par exemple en adoptant une nouvelle loi). |
| ↑9 | À titre d’exemple, on peut citer la théorie du comportement planifié (pour plus de détails voir Ajzen, I. (1991). The theory of planned behavior. Organizational Behavior and Human Decision Processes, Theories of Cognitive Self-Regulation, 50(2), 179‑211. https://doi.org/10.1016/0749-5978(91)90020-T) et le modèle transthéorique (voir notamment Prochaska, J. O., & Velicer, W. F. (1997). The Transtheoretical Model of Health Behavior Change. American Journal of Health Promotion, 12(1), 38‑48. https://doi.org/10.4278/0890-1171-12.1.38) dans le domaine de la psychologie de la santé. |
| ↑10 | Il ne faut pas perdre de vue que le spécisme est systémique. Il fait système et ne peut pas être réduit à un choix individuel. Par ailleurs, personne ne consent à devenir spéciste, nous sommes toustes éduqué·es à le devenir et à le rester. Pour plus de détails sur le spécisme systémique voir Zanaz, S. (2026). Je souffre donc je suis : Penser le spécisme systémique, Thèse de doctorat, Université de Strasbourg |
| ↑11 | En effet, il est plus facile d’adopter un nouveau comportement qui n’existait pas, que d’abandonner une habitude que nous avions pour la remplacer par un autre comportement. Il existe des recherches sur l’aspect multidimensionnel des habitudes qui seraient très intéressantes pour mieux comprendre certains freins dans l’adoption du véganisme, mais cela nous mènerait dans des détails trop complexes pour l’objectif de cet article. Pour les curieux·ses voir Wuensch, L., Stussi, Y., Vernede, T., Murray, R. J., Sander, D., Péron, J., & Pool, E. R. (2025). Differential influence of habit components on compulsive and problematic reward-seeking behavior. PLOS Mental Health, 2(5), e0000323. https://doi.org/10.1371/journal.pmen.0000323 |
| ↑12 | Formalisé initialement par Edward Deci et Richard Ryan. Pour les curieux·ses voir notamment Paquet, Y., & Vallerand, R. (2016). La théorie de l’autodétermination : Aspects théoriques et appliqués. De Boeck Supérieur. |
| ↑13 | Certain·es auteur·ices continuent néanmoins à défendre cette vision mais les productions empiriques associées à leurs théories sont moindres que celles associées à la TAD, voir notamment Baumeister, R. F., & Vohs, K. D. (2007). Self-Regulation, Ego Depletion, and Motivation. Social and Personality Psychology Compass, 1(1), 115‑128. https://doi.org/10.1111/j.1751-9004.2007.00001.x |
| ↑14 | Le concept de motivation que nous mobilisons ici n’est donc pas athéorique, il est spécifique à la TAD. Néanmoins, il nous semble qu’il est cohérent avec notre propos. |
| ↑15 | Ou passer du temps à explorer un domaine qui vous intéressait si, comme beaucoup d’élèves, vous ne trouviez pas votre bonheur à l’école. |
| ↑16 | Paquet, Y., & Vallerand, R. (2016). La théorie de l’autodétermination : Aspects théoriques et appliqués. De Boeck Supérieur. p 19-20 |
| ↑17 | L’autonomie, la proximité sociale et la compétence sont les trois besoins psychologiques fondamentaux postulés par la TAD et validés empiriquement par la recherche en psychologie. On les distingue des besoins à déficit (boire, manger, dormir, être en sécurité, avoir une bonne estime de soi) qui sont nécessaires mais n’apportent pas de plus-value à l’existence humaine et des besoins secondaires qui ne sont pas universaux, n’entravent pas le plein fonctionnement de l’individu (comme le besoin de bienveillance) ou sont une conséquence du processus d’autodétermination (comme le besoin de sens). Pour plus de détails, voir Hackso Viciss (2021), En toute puissance : Manuel d’autodétermination radicale, p 46-47. |
| ↑18 | Cette profondeur peut être assimilée à ce que la TAD nomme le continuum d’autodétermination relative. |
| ↑19 | Dans l’adoption et le maintien d’un comportement, on retrouve généralement plusieurs régulations à l’œuvre avec certaines régulations dominantes selon le comportement. Par exemple, dans le cas du véganisme, il est probable que l’entrée dans le véganisme se fasse principalement par introjection (sentiment de culpabilité) le temps d’adapter notre système de valeur et d’être poussé à l’action par une régulation intégrée. |
| ↑20 | Fréchette-Simard, C., Plante, I., Dubeau, A., & Duchesne, S. (2019). La motivation scolaire et ses théories actuelles: une recension théorique. McGill Journal of Education, 54(3), 500-518. |
| ↑21 | Par cette formule, nous ne voulons pas dire qu’il serait possible de « penser exclusivement par soi-même » mais plutôt qu’après un évènement catalytique (voir plus bas) nous avons besoin que le processus menant à la prise de décision soit en partie autonome, surtout en ce qui concerne la prise de décision elle-même. |
| ↑22 | Pour autant, cela n’est pas suffisant. La psychologie est unanime à ce sujet : il existe un fossé colossal entre nos croyances, nos attitudes et nos comportements. Autrement dit, nos croyances ne déterminent pas totalement nos attitudes qui ne déterminent pas totalement nos comportements. |
| ↑23 | Girandola, F. (2022). 36. Engagement (théorie de l’). In Psychologie environnementale : 100 notions clés (p. 103‑105). Dondo. https://doi.org/10.3917/dunod.march.2022.01.0103 |
| ↑24 | En réalité, ceci correspond déjà à de l’engagement d’un point de vue théorique mais nous distinguons ici ce que dit la théorie de l’engagement (le fait que plus un acte est visible, libre, important et coûteux, interne plutôt qu’externe, plus il est engageant) de la demande d’engagement des militant·es, qui ne se concentre pas sur un acte en particulier mais sur l’adoption d’un nouveau mode de vie et de consommation après « modification » des croyances. |
| ↑25 | Le pendant « négatif » de cette théorie est la théorie de la dissonance cognitive (voir Rothgerber, H. (2020). Meat-related cognitive dissonance: A conceptual framework for understanding how meat eaters reduce negative arousal from eating animals. Appetite, 146, 104511. https://doi.org/10.1016/j.appet.2019.104511. Elle suggère qu’un individu ne modifiera pas – la plupart du temps – son comportement car des stratégies moins coûteuses existent (évitement, ajouts de cognitions motivées, etc.). C’est en général ce volet qui est investi par les militant·es pour rendre saillante la dissonance et déconstruire les cognitions motivées. |
| ↑26 | La littérature en psychologie sociale est assez claire à ce sujet : pour qu’un engagement soit efficace, il doit être obtenu dans un contexte de liberté. La personne doit avoir l’impression qu’elle est libre de ne pas souscrire à la conclusion proposée par les militant·es. Voir notamment Demarque, C., & Girandola, F. (2017). Commitment and Pro-Environmental Behaviors: Favoring Positive Human-Environment Interactions to Improve Quality of Life. In G. Fleury-Bahi, E. Pol, & O. Navarro (Éds.), Handbook of Environmental Psychology and Quality of Life Research (p. 197‑210). Springer International Publishing. https://doi.org/10.1007/978-3-319-31416-7_11 |
| ↑27 | C’est un aspect souvent mis en scène par les militant·es sur les réseaux sociaux. Certaines personnes s’engagent effectivement à devenir végane. Selon nous, la personne cherche probablement à s’extirper de la situation en disant ce qu’on attend d’elle. Et même si elle est sincère, cet engagement ne saurait être une preuve d’efficacité de la méthode car on ne sait pas si le comportement est effectivement adopté, et, s’il l’est, on ne sait pas s’il est durable. |
| ↑28 | McDonald, B. (2000). « Once You Know Something, You Can’t Not Know It » An Empirical Look at Becoming Vegan. Society & Animals, 8(1), 1‑23. https://doi.org/10.1163/156853000X00011 |
| ↑29 | Mezirow, J. (2018). Transformative learning theory. In Contemporary Theories of Learning (2e éd.). Routledge |
| ↑30 | Une vidéo choquante, la lecture d’un livre, une expérience avec un animal non humain, une discussion avec un·e militant·e, etc. |
| ↑31 | À ce propos voir Cortial, C. (2026). La place de l’émotion dans le raisonnement : Le doute comme déclencheur de la réflexion. |
| ↑32 | Qu’on pourrait rapprocher d’une forme d’évitement face à la dissonance cognitive. Dans le modèle de McDonald, si un individu réprime le catalyseur, il sort du processus et y revient lors du prochain catalyseur où le dilemme se pose une nouvelle fois à lui. |
| ↑33 | Ce qui se rapproche de certains modèles qui tentent de décrire le déclenchement du raisonnement critique, voir Schöpfer, C., & Hernandez, J. (2026). The critical time for critical thinking: Intellectual virtues as intrinsic motivations for critical thinking. Philosophical Psychology, 39(2), 624‑645. https://doi.org/10.1080/09515089.2024.2430509 |
| ↑34 | Ce qui n’est pas surprenant, on retrouve cela dans la littérature scientifique. Des expériences positives et affectives avec les animaux non humains dans l’enfance est un déterminant majeur de l’investissement dans l’activisme pour le droit des animaux, voir Pallotta, N. (2008). Origin of Adult Animal Rights Lifestyle in Childhood Responsiveness to Animal Suffering. Society and Animals, 16, 149‑170. https://doi.org/10.1163/156853008X291435 |
| ↑35 | Certaines personnes peuvent devenir végane relativement rapidement après l’expérience catalytique mais la décision de changer provient d’elles. |
| ↑36 | C’est le terme utilisé dans l’article de McDonald: « Participants learned through reading, thinking, talking, and becoming involved in animal rights or vegetarian-related activities » (McDonald, 2000, p. 12) |
| ↑37 | Tous ces points font écho à la théorie de l’engagement dont nous avons parlé plus haut : s’engager dans des actions a probablement aidé ces personnes à ancrer le changement de leurs croyances. |
| ↑38 | Cherry, E. (2015). I was a teenage vegan: Motivation and maintenance of lifestyle movements. Sociological inquiry, 85(1), 55-74. |
| ↑39 | Une variable caractéristique des environnements autonomes et favorisant la satisfaction du besoin psychologique fondamental de lien social. |
| ↑40 | Bandura, A., & Adams, N. E. (1977). Analysis of self-efficacy theory of behavioral change. Cognitive Therapy and Research, 1(4), 287‑310. https://doi.org/10.1007/BF01663995 |
| ↑41 | C’est un concept proche du besoin de compétence identifié par la TAD. |
| ↑42 | Tajfel, H., & Turner, J. C. (2004). The Social Identity Theory of Intergroup Behavior. In Political Psychology. Psychology Press. |
| ↑43 | Berke, A., & Larson, K. (2023). The negative impact of vegetarian and vegan labels: Results from randomized controlled experiments with US consumers. Appetite, 188, 106767. https://doi.org/10.1016/j.appet.2023.106767 |
| ↑44 | Dans l’enquête, c’est la sous-culture punk qui permet cela. |
| ↑45 | Elles peuvent notamment s’apporter du soutien mutuel après avoir subi de la végéphobie. |
| ↑46 | Rappelons que nous considérons l’efficacité selon deux modalités : la capacité de la méthode à faire adopter et à maintenir un mode de vie végane chez le plus d’individus possibles et éviter de potentiels effets négatifs, comme braquer des individus et les éloigner du chemin de la réflexion à ce sujet. |
| ↑47 | Mendes, E. (2013). An Application of the Transtheoretical Model to Becoming Vegan. Social Work in Public Health, 28(2), 142‑149. https://doi.org/10.1080/19371918.2011.561119 |
| ↑48 | À chaque stade, la personne est censée être accompagnée par son équipe soignante et son entourage. C’est de l’esprit de ce modèle que vient notre proposition de la méthode susciter l’émotion et la réflexion puis accompagner. |
| ↑49 | La spécificité du lexique du modèle transthéorique provient du fait qu’il est surtout utilisé dans le champ des addictions, d’où la présence du terme de « rechute ». |
| ↑50 | Nous ne nous reconnaissons pas dans la tendance qui circule sur les réseaux sociaux à « être végane sauf pour un aliment » car cela perd de vue l’objectif final qui est de favoriser la transition vers un véganisme total. Aussi, ce type de proposition peut être utilisée comme une façon de rationaliser sa dissonance cognitive en se disant « qu’on en fait déjà assez ». Nous souhaitons également qu’une majorité de gens deviennent véganes et pour cela, il faut lutter contre leurs propensions à rester des coopérateur·ices conditionnel·les, c’est-à-dire des personnes qui n’acceptent de coopérer au « financement » d’un « bien public » (ici, le respect des droits fondamentaux des animaux non humains) que si les autres le font aussi, voir notamment Espinosa, R. (2021). Chapitre III – Pourquoi continue-t-on d’exploiter les animaux dans de telles conditions ? Hors collection, 71‑158. |

