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1| Que faites-vous pour les animaux ?
Je suis devenu végane en 2013. Cinq ans plus tard, après ma thèse (en musicologie), je suis devenu président d’ACTA (Agir Contre la Torture des Animaux) Gironde, avec qui j’ai milité contre l’exploitation des animaux dans les cirques, l’utilisation des chevaux (avec même un débat contre Jocelyne Porcher en 2019) et l’expérimentation animale. C’est là que je me suis pris à creuser ce sujet. J’ai demandé des documents à toutes les préfectures, traduit un livre, été bénévole pour Animal Testing, fait des vidéos sur YouTube (La volière des écureuils bleus), puis j’ai été chargé de campagne chez One Voice jusqu’en 2024.
Aujourd’hui, je suis président de l’Observatoire de l’Expérimentation Animale (OXA), que j’ai fondé pour améliorer la qualité et la rigueur du débat sur l’expérimentation animale, notamment en y redonnant sa juste place à la question du spécisme. Nous venons de sortir un dépliant unique en son genre (à ma connaissance) à ce sujet, que nous fournissons gratuitement sur demande.
2| Qu’est-ce qui est le plus difficile dans votre activisme ?
Sur l’expérimentation animale, le plus difficile est de faire en sorte que les gens dépassent le blocage mental initial : “si c’est utile, s’il n’y a pas d’alternative, alors on fait comment ?”. Évidemment quand on a pris l’habitude d’un système dans lequel on est clairement privilégié, la simple idée de lâcher ses privilèges sans compensation peut paraître aberrante. Mais en attendant, en face on a toute une population qui est opprimée, instrumentalisée.
Ce blocage a eu l’effet pervers d’orienter une grosse partie du militantisme animaliste vers l’idée que toutes les expérimentations animales n’auraient aucune valeur scientifique et que toutes pourraient être remplacées par des alternatives qui existent déjà ou qui peuvent exister facilement. Le problème, c’est qu’en pensant comme ça, on oublie de réfléchir à la question de fond : est-ce que c’est légitime ? Et à mon avis, tant que cette question n’existera pas dans le débat public et politique, on n’avancera pas vraiment.
3| Qu’est-ce qui vous semble compliqué avec l’antispécisme ?
La réflexion éthique… et le fait de ne pas s’y perdre. Se dire qu’il faut arrêter de faire du mal aux animaux, c’est facile. Mais pourquoi ?
C’est important ce pourquoi, parce que c’est ça qui conditionne le fait qu’on milite ou non, qu’on considère ou non que ce devoir n’est pas seulement personnel mais qu’il doit être étendu à la société, et jusqu’où on va. Et en même temps, à trop y réfléchir, on peut vite passer plus de temps à se demander comment résoudre conceptuellement un cas particulier complètement marginal, s’y laisser aspirer, et ne plus agir du tout.
J’ai longtemps papillonné entre des perspectives que je comprends plus ou moins mal, et depuis quelques années, je suis plutôt contractualiste (constructiviste mais réaliste, je pense – ou pas). À voir combien de temps ça tiendra, mais ça me donne une boussole que je trouve suffisamment opérationnelle pour alimenter la lutte culturelle.
4| Quelle tactique vous paraît la plus prometteuse ?
Avec mes demandes de documents adressées aux préfectures et aux ministères, j’espérais avoir des informations utiles pour parler sérieusement de mon sujet. L’État a énormément résisté, et il continue. Donc aujourd’hui, en plus d’avoir accumulé des connaissances qui n’étaient jamais sorties des tiroirs administratifs avant, je peux aussi participer à montrer que l’État est plus attentif à la préservation du système qu’à la défense des intérêts du public.
Mais on est à un moment de l’Histoire compliqué. Entre la post-vérité, le fascisme qui s’installe de plus en plus violemment et l’intelligence artificielle qui présente des risques inédits, j’ai l’impression qu’en plus de la lutte culturelle immédiate, l’archivage et la préservation des documents et des réflexions sont primordiales, parce qu’après nous et après ce qui nous attend bientôt, il y aura un monde à reconstruire.
5| Quel(s) contenu(s) auriez-vous envie de recommander ?
D’abord, Justify. Madeline Krasno, qui a souffert de stress post-traumatique après avoir travaillé dans un laboratoire qui exploitait des primates, a fondé cette association pour fournir un safe space pour les personnes qui travaillent dans l’expérimentation animale et qui en souffrent – comme on peut souffrir de n’importe quelle activité qui contredit nos intuitions morales profondes. Là, les gens peuvent arrêter de rationaliser leur mal-être moral, le reconnaître pour ce qu’il est et en tirer les conséquences.
Et en complément : Scélérats, de Sébastien Moro et Josselin Billard, à propos de ce qu’on connaît sur les rats. Je ne l’ai pas encore lu (le livre n’est pas encore publié au moment de l’entretien, NDLR) mais je n’ai aucun doute sur sa qualité, vu la capacité de Sébastien Moro à vulgariser ce qui concerne l’éthologie tout en gardant un regard critique sur les méthodes.
Et puis, ce n’est pas un contenu, mais si vous croisez un rongeur, prenez le temps de le regarder faire sa vie.

