Contre le spécisme, la bataille culturelle reste à livrer Pourquoi il faut ouvrir le front idéologique

Pour Yves Bonnardel, tant que le mouvement animaliste ne livrera pas une bataille culturelle globale contre le spécisme, il n’obtiendra que des miettes dans son combat pour les non-humains. Aussi l’auteur appelle-t-il le mouvement animaliste à s’engager dans une lutte idéologique de grande ampleur.


Lorsqu’il publie La Libération animale en 1975, Peter Singer conclut son livre par un véritable appel à combattre l’idéologie spéciste. Un appel qui n’a pas encore été entendu par le mouvement animaliste. L’avant-dernier chapitre de La Libération animale s’intitule « La domination de l’homme… ». Singer y livre un historique succinct du spécisme dans la civilisation judéo-chrétienne et montre que même les penseurs et utopistes les plus entreprenants se sont arrêtés à la porte de la remise en question de cette domination. Tout particulièrement, bien peu ont conclu que nous devrions cesser d’exploiter les animaux pour consommer leurs chairs. Aucun n’a essayé d’explorer ce que pourrait véritablement être un monde où l’on se soucierait des intérêts des autres êtres sentients de la planète au même titre que de ceux des humains.1

La politique de Peter Singer

Il n’est pas inutile de rappeler ce qu’affirmait déjà Peter Singer il y a quatre décennies. Parlant de la révolution opérée par Darwin avec sa théorie de l’évolution qui replace les humains parmi les autres animaux, Singer expliquait alors :

« Quant à Darwin lui-même, il conserva lui aussi les attitudes morales envers les animaux qui avaient été celles des générations antérieures, bien qu’il en eût démoli les fondements intellectuels. Il continua de se nourrir de la chair de ces êtres qui, avait-il dit, étaient capables d’amour, de mémoire, de curiosité, de raison et de sympathie mutuelle ; et il refusa de signer une pétition poussant la RSPCA à faire pression pour obtenir un cadre légal des expériences sur animaux. Ses disciples firent tout pour souligner que, malgré notre appartenance à la nature et notre parenté avec les animaux, notre statut n’était en rien changé. En réponse à l’accusation lancée contre le darwinisme selon laquelle il sapait les fondements de la dignité de l’homme, T. H. Huxley, le plus grand champion de Darwin, déclara : “Personne n’est plus fortement convaincu que moi-même de la profondeur de l’abîme qui existe entre l’homme civilisé et les bêtes ; notre vénération pour la noblesse de l’humanité ne sera pas amoindrie par la connaissance de ce que l’homme est, en substance et en structure, le même que les bêtes2.”

Huxley est un vrai représentant des attitudes modernes ; il sait parfaitement bien que les anciennes raisons pour supposer l’existence d’un abîme profond entre “l’homme” et “la bête” ne tiennent plus debout, mais il continue de croire en l’existence de cet abîme malgré tout.

C’est ici que nous voyons le plus clairement le caractère idéologique des justifications que nous donnons de l’utilisation des animaux. C’est un trait caractéristique des idéologies que de résister à la réfutation. Si une position idéologique se retrouve brusquement privée de ses fondements, on lui en trouvera d’autres, ou alors, elle restera simplement suspendue en l’air, défiant l’équivalent dans le domaine logique des lois de la pesanteur. Concernant nos attitudes envers les animaux, c’est ce dernier cas qui semble s’être produit3. »

Dans le dernier chapitre du livre, parlant de « la persistance actuelle de l’idéologie dont nous avons retracé l’histoire depuis la Bible et la Grèce antique », Singer ajoute :

« Il est important de dévoiler et de critiquer cette idéologie, car même si les attitudes contemporaines envers les animaux sont suffisamment bienveillantes – sur une base très sélective – pour permettre que certaines améliorations de leur situation aient lieu, ces améliorations resteront toujours précaires si nous ne modifions pas la position sous-jacente qui sanctionne l’exploitation brutale des non-humains à des fins humaines. Ce n’est qu’en rompant radicalement avec plus de deux mille ans de pensée occidentale sur les animaux que nous pourrons donner une assise solide à l’abolition de cette exploitation4. »

Ainsi, il y a déjà quarante ans, Peter Singer nous livrait non seulement les bases éthiques et philosophiques du mouvement de libération animale, mais aussi une part de son agenda politique : l’une des tâches cruciales du mouvement est d’opérer une rupture idéologique avec le spécisme, c’est-à-dire le rendre visible, le critiquer, le combattre et proposer une alternative. Proposer d’autres façons de se rapporter au monde qui prennent en compte l’ensemble des êtres susceptibles d’un traitement éthique. Promouvoir l’idée d’égale considération des intérêts, notamment, en lieu et place de l’humanisme.

Quasiment nulle part au monde des militant-e-s animalistes ont tenté de s’acquitter de cette tâche. Les Cahiers antispécistes (créés en 1991) sont l’une des rares initiatives militantes qui aient pris au sérieux le programme de lutte de Singer. Le texte inaugural de l’antispécisme en France, le premier article de David Olivier sur la question, « Qu’est-ce que le spécisme ?5 », constituait en quelque sorte un texte d’introduction à ce programme. Mais les Cahiers étaient le fait de quelques militant-e-s et leurs analyses n’ont guère été reprises comme armes de combat par le mouvement animaliste dans son ensemble. Néanmoins, le mouvement francophone est aujourd’hui l’un des plus « politisés » au monde : nombreux-ses sont les militant-e-s qui voient la question animale comme une question de société fondamentale nécessitant une lutte de grande ampleur et de longue durée, sociétale, culturelle, économique et politique.
En tout cas, on peut peut-être imputer à ces années d’inertie idéologique le fait que si le véganisme progresse un peu dans les populations des pays riches du globe, associé à un souci croissant de la population pour le sort des animaux, aucune avancée majeure n’a pourtant eu lieu nulle part pour les non-humains en près d’un demi-siècle. S’il ne remet pas en question profondément l’ordre social et politique du monde, le mouvement animaliste risque de rester longtemps encore une minorité plus ou moins turbulente immergée dans une société fondamentalement spéciste, qu’il n’influencera que dans les marges. Aussi, dans la suite de ce texte, vais-je détailler quelques-uns des champs de bataille idéologiques et politiques qui me paraissent cruciaux.

Dénoncer le spécisme, la Nature et l’Humanité

L’humanisme – ou le spécisme – reste l’idéologie-socle de notre civilisation. Nos sociétés sont fondées, dans tous leurs aspects, sur l’idée que l’humanité (l’appartenance au groupe biologique de l’espèce humaine et son pendant, l’humanité comme valeur métaphysique, ontologique et morale) est la valeur maîtresse, celle à partir de laquelle continuent sans gêne de s’arc-bouter et de s’articuler l’éthique et la politique, le droit et la culture en général. Or, comme Peter Singer, je crois que si nous voulons un jour « libérer » les animaux, nous devons dénoncer l’humanisme. Nous devons argumenter et affirmer sans relâche que l’humanité n’est pas l’alpha et l’oméga de l’éthique et de la politique, qu’elle devrait même idéalement ne pas être un critère du tout.

Nos sociétés continuent en outre de véhiculer l’idée qu’existerait « la Nature », un ordre du monde dont les humains auraient émergé pour créer leur « ordre » propre (les sociétés humaines). Malgré de continuelles critiques d’une part croissante des philosophes ou de certains scientifiques, qui s’aperçoivent bien qu’une telle croyance en un ordre naturel est intenable, nous continuons vaillamment de penser un univers qui relèverait de deux empires distincts que tout opposerait : l’un de la détermination et de la fonctionnalité (naturelles), l’autre de la liberté et de l’individualité (humaines). Le monde reste imperturbablement partagé en deux entités, deux appartenances, l’Humanité et la Nature. Cette dernière constitue l’arrière-plan immuable devant lequel se met en scène l’extraordinaire progrès humain, sur lequel il fait relief et qui lui donne toute sa magnificence. Nos sociétés continuent de concevoir les animaux comme des éléments de la Nature, des rouages de son ordre naturel (on parle aujourd’hui d’équilibres et d’écosystèmes). Elles les perçoivent comme purement fonctionnels par rapport à un Grand Tout cosmogonique. Les animaux auraient un rôle à remplir, notamment de proies ou de prédateurs, garantissant la bonne marche du Tout, l’harmonie universelle. Bref, nos sociétés continuent à considérer l’Humanité comme différant essentiellement, absolument, du reste du monde, et les animaux comme totalement « autres » et inférieurs.

Cette vision du monde est en particulier véhiculée par l’écologisme, qui tend à opposer fantasmatiquement « naturel » et « artificiel » (humain) et considère systématiquement que les intérêts des animaux et ceux de « la Nature » sont similaires, voire identiques. Tout se passe comme si rétablir ou maintenir les écosystèmes était évidemment ce qu’on pouvait faire de mieux pour les êtres sentients de la planète. En ce sens, l’écologie actuelle est une idéologie spéciste, qui oblitère très efficacement le fait que les animaux sont à eux-mêmes leur propre fin, que leur vie a une valeur parce qu’ils sont sentients et que leurs intérêts individuels valent tout autant que les nôtres. Ces intérêts, pas plus que les nôtres, ne peuvent se fondre et se dissoudre dans de vagues considérations « holistiques », c’est-à-dire totalitaires. La façon dont nous considérons la place des animaux dans « la Nature » à laquelle ils sont censés « appartenir » trouve en effet un parallèle immédiat dans la façon dont les régimes totalitaires considèrent la place des humains dans leur « système » : les individus n’importent pas, seules importent leur fonction et leur utilité présumées pour la Totalité considérée, qu’il s’agisse de la Nature ou de la Société6.

En outre,  la « Nature », le monde dans lequel nous évoluons, n’a rien d’harmonieux, ni pour les humains ni pour les autres animaux ; c’est une entité chimérique qui n’est en rien « respectable » (version moderne, édulcorée, de « vénérable », « sacré »). La biosphère est simplement la sédimentation de centaines de millions d’années de hasards biologiques et environnementaux. Du coup, cette critique de l’idée de Nature et de celle d’harmonie qu’elle véhicule est cruciale si nous voulons faire émerger une vision du monde départie du spécisme7.

Les animaux ne sont pas plus « naturels » que les humains

Aujourd’hui, si notre perception des animaux évolue profondément, ce n’est pas tant aux militants animalistes qu’on le doit qu’à la révolution opérée par l’éthologie cognitive et les neurosciences. Si l’opposition entre êtres de nature (les animaux et les autres éléments « naturels », comme les plantes, les rivières, etc.) et êtres « de liberté » (les humains) recule un peu, c’est parce que les scientifiques appréhendent désormais les comportements et processus mentaux des êtres sentients non humains avec les mêmes catégories que celles qu’ils utilisent pour les humains (mobilisant les notions de désir, d’émotions et sentiments, de choix et de stratégies…), offrant dès lors à leurs recherches une fécondité inouïe. Les anecdotes relatant les faits et gestes des non-humains sont désormais enregistrées en vidéo que tout le monde peut voir et partager sur Internet. Ces images montrent que les non-humains sont susceptibles de mettre en œuvre des comportements très semblables aux nôtres, résultant de toute évidence de motivations similaires aux nôtres, ce qui tranche avec l’immense pauvreté cognitive qu’on leur imputait encore il y a à peine deux décennies.

Pourtant, le fait que l’on voie de plus en plus aujourd’hui les animaux comme des êtres intelligents, délibérants, capables d’invention et même de culture, n’a malheureusement toujours pas eu les conséquences qu’on pourrait en attendre : cela n’entraîne encore guère de réflexions sur la domination qu’on continue d’exercer à leur encontre. Encore et toujours, on parle de « monde naturel » lorsqu’on évoque les animaux, en les reléguant dans un ailleurs où l’exigence de justice n’aurait pas lieu d’être. Là encore, la critique doit se porter sur la prétendue nature déterministe des non-humains. En effet, amalgamer les animaux à la « Nature » constitue un aspect central du spécisme, de l’idéologie humaniste. Si l’on tient à continuer d’affirmer que les humains sont des êtres de liberté, alors il nous faut reconnaître que les autres êtres sentients le sont tout autant et ne sont en rien assimilables à des pierres, des rivières, des mousses ou des végétaux. Ils n’ont rien à faire dans une case « Nature » qui n’a d’autre sens que créer une séparation insensée. C’est là un point fondamental : la question animale ne saurait se dissoudre dans la question écologique ou environnementale. Elle a par contre beaucoup à voir avec « la question humaine », puisque ce sont les mêmes exigences éthiques fondamentales qui s’appliquent aux êtres sentients humains et non humains.

Sortir de l’humanisme

Malgré quarante ans de mouvement de libération animale, l’éthique dans nos sociétés est restée totalement spéciste. Non seulement on continue de massacrer des myriades d’êtres sentients pour les raisons les plus frivoles, mais les questions de bioéthique concernant les humains restent elles aussi appréhendées dans un cadre qui reste résolument humaniste. Ainsi, il ne faudrait pas toucher à « l’humanité », une essence ou une nature humaine fantasmatique. Je pense notamment à l’ensemble des débats qui mobilisent l’idée de dignité humaine : avortement, clonage, euthanasie, etc8.

Dans le même temps et paradoxalement, les humanistes entretiennent un tabou concernant les enracinements biologiques de nos capacités cognitives. Les capacités mentales des humain-e-s sont désormais censées être « à la base » rigoureusement égales pour tou-te-s, toutes catégories confondues : c’est que l’idéologie de la dignité humaine est fondée sur une prétendue égalité d’intelligence ou de liberté, cette prétendue égalité de fait étant censée fonder une « égalité de nature», elle-même censée être au fondement de l’égalité humaine (éthique et politique). C’est la solution qui a été trouvée pour combattre les discriminations au sein de l’espèce humaine sans pour autant saper les bases du spécisme. Malheureusement, vouloir défendre l’idée d’égalité humaine sur de telles bases oblige à adopter une posture indéfendable : elle est fondée sur des présupposés factuels faux (tous les humains ne sont pas égaux en intelligence, par exemple), de même que sur des présupposés normatifs erronés (l’intelligence ne donne pas droit à une plus grande considération morale). Un dégat collatéral de cette rhétorique humaniste contemporaine est qu’elle continue à fragiliser implicitement le statut des personnes cognitivement « diminuées » (« diminuées » par rapport à un humain type valide)9.

Cette idéologie de la dignité humaine est volontiers présentée comme un rempart inestimable érigé contre le retour de l’exploitation et de la barbarie, qu’on ne pourrait remettre en question et pour lequel il serait inimaginable de développer une alternative. Pourtant, l’affirmation de l’égalité de considération des intérêts de l’ensemble des êtres sentients apparaît bien plus solide éthiquement et finalement bien mieux à même de garantir que l’on continue dans tous les cas à se soucier des intérêts des individus : c’est une égalité à laquelle aucune hiérarchie (comme la gradation en humanité que présuppose l’humanisme) ne permet plus de déroger.

En tout cas, il y a un enjeu important à réintégrer l’humanité dans le champ des recherches sur nos enracinements biologiques, sans reverser pour autant dans le naturalisme. Il n’y a pas d’un côté des animaux qui seraient mus par leurs pulsions et instincts et de l’autre des humains qui jouiraient d’un pur libre arbitre, sans être aucunement déterminés (la théorie dite de « la page blanche »). De fait, les résultats de recherches épidémiologiques et d’éthologie humaine montrent de plus en plus précisément comment nos capacités cognitives ou comportementales sont corrélées à diverses dispositions génétiques ou physiologiques (de même qu’au contexte social, bien sûr)10. Ceci dit, et cela concerne aussi bien les humains que les autres animaux, il importe de rappeler que les « dispositions » biologiques ne livrent pas notre « essence » ou une quelconque « nature profonde », ni donc une quelconque « vocation naturelle » – elles ne constituent pas non plus des fatalités, mais sont par contre autant de leviers variés sur lesquels potentiellement agir.

Refuser l’idée de dignité humaine

Comme je l’ai rapidement évoqué, dans les champs de la morale et de la politique, la notion de « dignité humaine » reste omniprésente. C’est le point central de l’humanisme. Le mouvement animaliste n’ose pas la critiquer11. Pourtant, on peut supposer qu’il n’y a de dignité (humaine) que parce qu’il y a indignité (animale, mais aussi de nombre d’humains déchus de leur dignité ou de leur humanité). C’est ainsi une notion anti-éthique, tout comme la noblesse de certaines catégories sous l’Ancien Régime (ou sous le colonialisme, le patriarcat, etc.) était une notion anti-éthique visant à justifier et fonder l’inégalité des êtres et la reconnaissance des privilèges indus des castes supérieures.

Malheureusement, cette idée de dignité humaine reste défendue bec et ongles. Par exemple, lors de l’affaire Fricker, en septembre 2017 en Suisse12, un parlementaire avait imprudemment fait part de ce que des convois de cochons vers l’abattoir lui rappelaient des scènes d’un film sur la politique d’extermination raciale des nazis. Les ténors établis et les médias se sont livrés à un déchaînement d’indignation et ça a été la curée : la conclusion en a bien sûr été qu’on ne pouvait pas comparer des situations d’oppression d’animaux et d’humains, sous peine d’insulter gravement la dignité humaine. Jonas Fricker a été traîné dans la boue sans quasiment bénéficier de soutien de la part des animalistes et a dû démissionner de ses fonctions. Nous n’avons pas osé le soutenir, parce que la clameur d’indignation bien-pensante, humaniste, avait justement pour objectif de nous interdire une telle comparaison. Or, en tant qu’opposants au spécisme, nous devons justement porter le fer à chaque fois que c’est possible, et surtout lorsque l’on tente de nous l’interdire. Il en va de notre responsabilité vis-à-vis des innombrables victimes du spécisme. Cela peut nécessiter une bonne dose de délicatesse, bien sûr. Dire les choses est une chose, appeler un chat un chat est crucial, mais tenter de ne pas blesser les personnes auxquelles on s’adresse et leur permettre de réfléchir sans leur offrir facilement des échappatoires indignées est également important.
Nous devons écrire des articles, des tribunes, des courriers de lecteurs, des livres, mais aussi réaliser des vidéos, des actions de rue, des blocages, des conférences, des colloques, qui remettent clairement en cause l’humanisme et ses prétentions à la rationalité et à l’universalisme. Le suprématisme humain est indéfendable moralement parce qu’il est indéfendable logiquement. La lutte contre le spécisme n’est pas une question de goûts et de couleurs. Ce ne sont pas des positions arbitraires différentes qui s’affrontent : l’humanisme est une position politique erronée qu’il faut abandonner pour adopter une position éthique juste.

Manger de la viande, un droit fondamental de « l’Homme »

Dans les pays riches, la consommation des chairs recule parfois, bien que timidement13. Comme une vaguelette dans l’immensité océane du massacre permanent. Mais globalement, les populations continuent de tenir à la consommation de viande comme à la prunelle de leurs yeux. Les postures ont néanmoins évolué. Il y a vingt-cinq ans, tuer des animaux pour la viande était hautement revendiqué comme un droit humain fondamental, un droit de seigneur absolu (une sorte de droit de cuissage exercé sur les animaux), et le refus de participer au massacre paraissait blasphématoire envers l’Humanité. Ces dernières années, le discours se fait tartuffe : notre Humanité nous commanderait de faire attention à ne pas faire (trop) souffrir les animaux que nous massacrons. En fait, aujourd’hui comme hier, il s’agit, pour les humanistes, d’affirmer que notre Humanité nous donne le droit de vie ou de mort sur les non-humains. En tant qu’êtres supérieurs, nous avons le droit fondamental de tuer. Il s’agit de ne pas remettre en cause ce droit fondamental « de l’Homme ».

Le discours contemporain se définit ainsi par une double morale, qui permet de continuer non seulement d’exploiter les autres animaux, mais aussi d’affirmer une différence essentielle entre « nous » et « eux ». À propos de « l’Humanité », on affirme le caractère sacré de la vie (la considération pour la souffrance humaine n’arrivant que dans un second temps, de sorte que le droit au suicide ou à l’euthanasie reste très polémique), alors qu’à propos des non-humains on insiste uniquement sur la réduction de la souffrance imposée (ce sont la souffrance et le bien-être qui sont censés compter, et eux seuls), tout en réaffirmant qu’il n’y a pas de problème à les tuer : la vie d’un non-humain ne compte pas pour elle-même, on peut en disposer selon nos caprices.

Les gens mangent de la viande volontairement. Cela ne contredit pas d’autres explications : ils mangent aussi de la viande car il s’agit de l’option « par défaut » dans notre société ; ils en mangent aussi parce qu’ils croient savoir qu’il faut en manger, et parce qu’ils jugent qu’elle est (trop) bonne au goût, etc. Ces diverses « raisons » s’accommodent très bien de « l’hypothèse de la mise en scène » (mise en scène de la domination humaine par la consommation de « viande »). Par exemple, argumenter que la viande « est trop bonne » pour qu’on veuille s’en passer, c’est répéter indirectement, quoique fort limpidement, que le goût de leur chair, aussi futile soit ce plaisir, est suffisant pour continuer en toute conscience à faire souffrir et mettre à mort les animaux ; cela signifie que les vies et morts de ces derniers sont de si peu d’importance, par rapport à la nôtre propre (d’importance), qu’on ne saurait s’y arrêter. Quel meilleur (et pire) discours de domination peut-on développer sur le fait que nous sommes des êtres « supérieurs » ?

Dans bien des domaines, les gens sont capables de changer assez rapidement de manières de vivre – mais cela ne semble pas concerner la consommation de viande14. Je pense que ce n’est ni vraiment par ignorance (si ce n’est une ignorance volontaire, entretenue), ni vraiment par inconséquence (par pure dissonance cognitive, par exemple), ni par simple inertie qu’ils tiennent tant à leur consommation de viande : c’est aussi et sans doute surtout parce qu’il est dans l’ordre des choses que les êtres supérieurs disposent des êtres inférieurs, et que manger de la viande illustre à la perfection un ordre du monde qui nous semble spontanément si désirable, où nous sommes les « supérieurs ». Nous sommes les Seigneurs de la Terre, tenons à le rester et à le marquer si possible plusieurs fois par jour, collectivement, autour du cadavre banal d’un ou de plusieurs de nos inférieurs.

Il n’est cependant pas certain que tous les mangeurs de viande aient une claire conscience de la signification de domination que véhicule leur pratique quotidienne meurtrière. Il n’empêche que je ne vois pas comment éviter de considérer qu’il y a volonté de marquage de domination15.

En tout cas, alors que la mise en évidence de ces motivations informulées de la consommation de viande pourrait contribuer efficacement à délégitimer l’humanisme et devrait pour cette raison être considérée comme un atout de maître dans la lutte pour la libération animale, le mouvement animaliste essaye de développer tous les types d’analyse alternatifs. Là encore, à mon avis, cela manifeste une réticence à appeler un chat un chat, un massacre un massacre (résultant d’une volonté). Après tout, nos pairs sont les exploiteurs et il est gênant d’accuser ses pairs.

Disant cela, je peux apparaître injuste car les animalistes ont une raison tout à fait valable de tenir le discours que les consommateurs de viande sont victimes de leur ignorance de la situation alors qu’ils seraient en fait fondamentalement pétris de bienveillance envers les animaux : on peut à bon droit penser que ça laisse la porte ouverte à nos interlocuteurs pour modifier leur pratique. Mais c’est là se focaliser davantage sur les changements individuels que sur le changement social. Du point de vue de la lutte globale, il n’est pas évident du tout qu’on s’achemine ainsi véritablement vers la remise en question politique de l’humanisme dont je suppose ici qu’elle est nécessaire.

Le spécisme et le naturalisme comme idéologies

Je rappelle que Singer affirmait il y a quarante ans :

« C’est un trait caractéristique des idéologies que de résister à la réfutation. Si une position idéologique se retrouve brusquement privée de ses fondements, on lui en trouvera d’autres, ou alors, elle restera simplement suspendue en l’air, défiant l’équivalent dans le domaine logique des lois de la pesanteur. »

Si les idéologies résistent au changement, c’est qu’elles sont adéquates à certains types de rapports sociaux concrets. L’idéologie spéciste reste ainsi quasiment inentamée dans la mesure où elle traduit et justifie une exploitation animale qui n’a guère vacillé ces dernières décennies. Cette idéologie a beau être  suspendue en l’air, sans le soutien de la logique ni même du bon sens, elle perdure parce que ses véritables piliers que sont l’exploitation animale, la consommation de viande (les élevages, les pêches et les chasses), les dératisations et autres massacres de confort, l’expérimentation à mort et les jeux du cirque restent toujours omniprésents. De même, si la croyance en l’idée de Nature (le naturalisme) est si vivace alors que plus rien dans notre vision scientifique du monde ne la soutient et, plus encore, alors que tout la contredit, c’est qu’elle reste nécessaire pour justifier les discriminations et oppressions (le racisme, le sexisme, l’âgisme, l’ordre social tel qu’il est, etc.) et tout particulièrement la domination spéciste / humaniste. Elle fournit un commode ersatz d’entité divine, plus aisément adaptable à notre sauce personnelle et manipulable selon nos souhaits : on n’a qu’à « respecter la Nature » (quoi que ce soit que chacun entende par là), au lieu de devoir se conformer à des préceptes divins précis et révélés, désormais souvent perçus comme archaïques, inadaptés à notre vie moderne. L’idée de Nature permet pareillement de squeezer les véritables questions éthiques, en remplaçant les interrogations sur ce qui est juste ou injuste par des questions de façade sur ce qui est naturel ou ne l’est pas.

Bref, l’idéologie spéciste (ou humaniste / naturaliste) accompagne et soutient l’exploitation animale, et elle ne disparaîtra sans doute pas avant que ne disparaisse l’exploitation animale elle-même. Le combat animaliste n’est bien évidemment pas seulement idéologique. Il doit tout autant concerner les structures d’exploitation et viser leur abolition. Mais il ne peut pas pour autant faire l’impasse sur l’idéologie comme il l’a fait jusqu’à présent : ne pas remettre en cause l’humanisme risque de nous condamner, avertit Singer, à nous contenter d’obtenir des réformettes insignifiantes. Bien plus, c’est aussi diminuer fortement nos chances d’aller à l’avenir vers des formes de civilisation non spécistes, susceptibles de faire bénéficier les autres êtres sentients de la planète (les animaux dits « sauvages ») de nos progrès éthiques, sociaux, politiques et technologiques.

Le défi du mouvement animaliste

Le défi que rencontre notre mouvement est non seulement la production de critiques du spécisme, mais aussi leur adoption par l’ensemble des militant-e-s. Aujourd’hui, le mouvement se compose de jeunes et de nouvelles personnes qui n’ont en effet pas suffisamment accès à son histoire et à ses analyses. Je pense qu’il y a donc un vrai travail à entreprendre pour visibiliser cette histoire, ces analyses, ces différents axes de lutte. J’espère que la revue L’Amorce contribuera efficacement à développer tous ces nombreux chantiers !
Il faut notamment que le mouvement animaliste devienne offensif sur les questions culturelles, qu’il devienne porteur et vecteur de remise en question de l’humanisme et qu’il approfondisse la critique du naturalisme au lieu de s’en accommoder. Bref, il lui faut s’élancer résolument vers de nouveaux rivages égalitaristes et sentientistes, c’est-à-dire où le critère fondamental de la prise en compte éthique et politique est la sentience, au lieu de se cantonner frileusement aux miettes utilisables que peut lui laisser l’humanisme hégémonique. La question animale n’est pas une sous-section de l’écologie ni non plus une simple extension de l’humanisme ; il lui faut au contraire se donner comme objectif de subvertir l’humanisme et son écologisme pour se dégager de leur ornière16. C’est une véritable culture de l’intervention « culturelle » ou « idéologique » qu’il nous faut développer dans le mouvement, comme une part cruciale de l’action politique. Nous avons trop tendance à ne vouloir faire que « du concret » et à considérer que le travail idéologique est vain face à l’urgence de la situation. On peut pourtant supposer que ce travail idéologique, mené avec ténacité par de nombreux-ses militant-e-s, peut nous faire gagner des années de lutte. Il peut même s’avérer décisif.

Un dernier point me paraît important : le combat idéologique reste insuffisant tant que les classes dominantes de notre société ne sont pas forcées de tenir compte des idées et des valeurs qui s’affirment. Il est important de ce fait de soutenir le combat des populations (nous-mêmes !) pour reprendre le pouvoir politique dont nous sommes dépossédés et réinjecter l’éthique et la solidarité au cœur de la vie sociale. Ainsi, nous vivons actuellement dans des sociétés qui se veulent fondées sur une éthique humaniste, qu’elles traduisent par l’octroi des droits « de la personne » à l’ensemble des humains, mais cela n’empêche guère que nombre des décisions politiques ne respectent pas, ou seulement sur le papier, ces droits pourtant censés être fondamentaux. L’éthique reste la mouche du coche de nos sociétés, au lieu d’en constituer le point focal.

Voici quelques exemples concrets, parmi de nombreux autres envisageables, pour illustrer mon propos :

– La morale humaniste en tant que morale de l’égalité humaine devrait par exemple logiquement condamner vigoureusement les fermetures des frontières : si les humains sont « égaux »17, alors ils devraient se voir reconnaître un droit égal à circuler de par le vaste monde, la discrimination fondée sur la nationalité des personnes étant tout aussi indéfendable que la discrimination raciale18.

– Les humains ne devraient pas non plus être laissés à la merci de cet autre hasard de la naissance, qui, du fait de l’institution de l’héritage, a pour conséquence que certains naissent pauvres et démunis et d’autres le cul bordé de nouilles.

– Pour les mêmes raisons, la solidarité et le partage des richesses devraient devenir réellement internationaux19.

Bref, nous vivons dans des sociétés qui s’accommodent fort bien des inégalités et des injustices socialement instituées, quand bien même elles iraient à l’encontre de leur fondation morale. Nous battre pour que les décisions politiques deviennent éthiques est un combat fondamental qui nous concerne tous et toutes et qui ne peut qu’avoir des répercussions immédiates concernant la question animale. C’est d’ailleurs ce que proposent, chacun à leur manière, les deux partis politiques français se réclamant explicitement du refus du spécisme, le PACTE et le REV20, puisqu’ils placent l’éthique au cœur de leur programme. Cela signifie cesser de considérer les éthiques comme autant de choix arbitraires qui se retrouvent en lice, et se battre pour qu’elles soient évaluées à l’aune de leur valeur propre (leur logique et la validité des faits sur lesquels elles se fondent). Cela signifie aussi en conséquence cesser de considérer la politique comme étant purement l’arène de rapports de force entre groupes sociaux différents, mais la promouvoir comme la mise en pratique de valeurs fondées rationnellement.

Il me semble qu’il y a notamment un combat à mener pour revaloriser la notion-clé d’égalitarisme. Cette notion n’est plus utilisée que par les réactionnaires (pour dénoncer un prétendu égalitarisme dans l’Éducation nationale française et promouvoir un plus grand élitisme21), alors qu’elle devrait être une des valeurs fondamentales de convergence mises en avant par les mouvements progressistes : les intérêts de tous et toutes importent, et ils doivent être pris en compte de façon similaire.

Tant que nos sociétés ne prendront pas plus au sérieux la place de l’éthique dans l’organisation sociale et dans les décisions politiques, il y a fort peu de chances qu’on arrive un jour à faire en sorte qu’elles se soucient de la question animale autrement que sur des points de détail. La tâche est immense, mais il incombe au mouvement animaliste de la poursuivre, au même titre que les autres mouvements de justice sociale (et avec eux lorsque c’est possible), s’il veut un jour voir ses revendications aboutir.

La remise en question sociétale que porte la question animale excède largement l’obtention de quelques lois de protection. C’est à une refonte en profondeur des fondements même de notre civilisation humaniste qu’elle nous oblige sans doute. Le mouvement animaliste se rogne lui-même les ailes en se refusant à livrer un certain nombre de batailles nécessaires, aussi bien idéologiques que politiques.

Nous avons pris beaucoup de retard, y’a du boulot et il faut s’y mettre !


Photo : Jo-Anne McArthur / We Animals

L’Amorce ne partage pas nécessairement le point de vue de ses collaboratrices.
Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article, vous êtes invité-e à proposer un texte à la revue (info@lamorce.co).

  1. De nombreux-ses militant-e-s réfléchissent aujourd’hui sur tout cela, comme en témoignent la parution de Zoopolis. Une théorie politique des droits des animaux (Alma Éditeur, 2016), de Sue Donaldson et Will Kymlicka, ou les débats sur l’intervention dans « la Nature » en solidarité avec les non-humains, etc.
  2. Thomas Henry Huxley, Man’s Place in Nature, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1959 [1863], chapitre 2. Cité par Singer.
  3. Peter Singer, La Libération animale, trad. Louise Rousselle et David Olivier, Grasset, 1993, pp. 318-319.
  4. Peter Singer, op. cit., pp. 323-324.
  5. David Olivier, « Qu’est-ce que le spécisme ? », Les Cahiers antispécistes, n° 5, 1992, paru initialement en 1991 dans la revue Informations et Réflexions Libertaires.
  6. Cf. « L’Animal, l’Homme, la Nature, la Société : et moi, dans tout ça ? » dans la brochure Nous ne mangeons pas de viande pour ne pas tuer d’animaux, éd. Bonnardel, 1989.
  7. Yves Bonnardel, « Pour en finir avec l’idée de Nature… et renouer avec l’éthique et la politique », Les Temps modernes, mars-juin 2005. Repris dans Yves Bonnardel, Thomas Lepeltier, Pierre Sigler (dir.), La Révolution antispéciste, PUF, 2018.
  8. Cf. David Olivier sur l’avortement, « Avortement et libération animale », Les Cahiers antispécistes, n°9, 1994 ; sur le clonage, « Alors, on pourra les manger ? » ; et concernant l’euthanasie d’humains hors d’état de la requérir, lire « Agression à Antifascistland – Égalité animale et Euthanasie », Les Cahiers antispécistes, n° 15-16, 1998 (ces deux derniers articles). L’invocation de l’espèce humaine peut atteindre des sommets délirants, comme l’expose fort bien Philippe Descamps dans Un crime contre l’espèce humaine ? (Les Empêcheurs de penser en rond / Le Seuil, 2004) ou Ruwen Ogien dans La panique morale (Grasset, 2004).
  9. Cf. David Olivier, « Qu’est-ce que le spécisme ? », art. cit., et « Sur la supériorité », in La Révolution antispéciste, op. cit. Cf. Tom Bry-Chevallier, « Capacitisme et spécisme », à paraître prochainement dans L’Amorce, 2018, et Yves Bonnardel, « À propos des handicapés », Pour l’égalité animale, n° 4, 1998.
  10. Cf. Steven Pinker, The Blank Slate. The Modern Denial of Human Nature, Allen Lane, 2002.
  11. Peter Singer a posé les premières pierres de son ambitieux programme dans ce domaine aussi. Son célèbre livre Questions d’éthique pratique (Bayard, 1997 [1979]) constitue le premier (et principal) essai d’envergure à développer une éthique non humaniste. Il y affirme en effet la nécessité d’opposer les notions d’égalité et de sentience à celle d’humanité, tout en critiquant l’irrationalité de l’humanisme et de ses références. Singer a également écrit Une gauche darwinienne (Cassini, 2002 [1999]), où il appelle la gauche à renoncer à la théorie spéciste de la page blanche pour intégrer les acquis de la génétique, des neurosciences et de la théorie darwinienne de l’évolution.
  12. Yves Bonnardel, « Exploitation animale et humanisme », Sale bête / blog du Temps de François Jaquet, octobre 2017.
  13. Cf. par exemple Camille Gillet et Elisa Bellanger, « La consommation de viande en France baisse depuis la fin des années 1990, sauf celle de volaille », Le Monde du 11 septembre 2017. Les chiffres de la consommation de viande indiquent une baisse générale, en France, depuis la fin des années 1990. Seule la consommation individuelle de volaille connaît une forte hausse – mais cela implique hélas que le nombre de victimes de la consommation carnée augmente, car les oiseaux fournissent bien moins de chairs par individu que les mammifères habituellement consommés.
  14. Cf. David Olivier, « Le goût et le meurtre », Les Cahiers antispécistes, n° 6, 1993.
  15. Ce point a été développé par David Olivier dans « Le goût et le meurtre », art. cit. et par moi-même dans « La consommation de viandes en France : contradictions actuelles », Cahiers antispécistes, n° 13, 1995. Nos conclusions semblent rejoindre celles de Patrice Rouget dans La Violence de l’humanisme. Pourquoi nous faut-il persécuter les animaux ? (Calmann-Lévy, 2014) et celles de Florence Burgat dans le dernier chapitre de L’Humanité carnivore (Seuil, 2017). Voir l’interview de Florence Burgat par Diane Lisarelli : « Pour se rappeler qu’elle s’est séparée des animaux, l’humanité les mange », Libération, 23 juin 2017. Pour rester opérationnel, ce marquage de la distinction à travers la pratique de la consommation des corps des inférieurs a tout à gagner à rester à la limite de la conscience, à ne pas être formulé clairement, sous peine d’apparaître comme une manœuvre socio-psychologique primaire, quasiment pathologique au regard de nos valeurs proclamées de bienveillance et de justice.
  16. Dans les années 1970, les écologistes avaient la même prétention à subvertir l’éthique et la politique en général ; ils ont totalement échoué. Au lieu que celles-ci aient été réévaluées et transformées à son aune, on a créé un sous-secrétariat à l’environnement dans une arrière-cour du gouvernement « humaniste ». Il est possible que l’existence des partis politiques écologistes et la nécessité pour eux de jouer le jeu électoral et d’édulcorer leur discours et leurs revendications/objectifs aient joué un rôle important dans ce fiasco. Il est essentiel en tout cas d’apprendre de cet échec pour ne pas le reconduire.
  17. Pour une critique (égalitariste) de l’idée humaniste d’égalité humaine, voir l’article « Sur la supériorité » de David Olivier dans La Révolution antispéciste, op. cit.
  18. Cf. David Olivier et Yves Bonnardel, Manifeste pour l’abolition de l’Apartheid international, 1997.
  19. Du point de vue des non-humains aussi, il y a un intérêt crucial à ce que la moitié de la population humaine de la planète bénéficie d’un partage plus correct des ressources ; sans cela, on n’abolira jamais les innombrables petits élevages vivriers ni les pêches artisanales.
  20. Cf. http://parti-antispeciste.fr/ et https://rev-parti.fr/.
  21. En cinq ans de notifications du moteur de recherche Google sur Internet, le terme “égalitarisme” est apparu 156 fois dans des articles publiés sur la toile, systématiquement utilisé dans un sens dépréciatif en l’opposant à un élitisme éducatif.