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Spéculation sérieuse et variation littéraire, ce texte s’interroge sur les relations entre architecture et antispéciste. Il fabule la naissance d’un « musée du spécisme » à la place de la Ménagerie de Paris, un des plus vieux zoo du monde. Il a été déclamé lors de la journée d’étude « Esthétique du sublime, de sidération et de fin des temps, quels récits pour l’anthropocène ?» au CIVA-Kanal Centre Pompidou Bruxelles, en 2019.
I.
Nous sommes des architectures habitées.
Mes pieds sont les falaises où naissent et meurent des champignons ; ma gorge abrite quelques virus ; mon intestin plusieurs millions de bactéries ; ma peau un certain nombre d’espèces microscopiques ; mes cheveux, j’espère, aucun poux – ça pourrait venir. Et nous pourrions aussi bien être des matériaux de construction, comme le sont les végétaux qui font nos poutres et nos tissus, ou les animaux morts qui font nos cuirs et nos cordes. On verrait alors apparaître des architectures en ossements. Des poignées de portes en poussières d’ongles fondues à la colle de morve.
Si Yves Paccalet proposait à l’humanité de manger ses bébés pour se tirer d’affaire, je propose, pas plus finement, d’envisager de construire nos demeures avec les restes de nos vieux. Qu’est-ce que ça peut bien faire ? En pleine 6e extinction de masse des espèces, ça ne serait pas l’urgence morale que de s’insurger de ce genre de pratiques si elles venaient à se développer. Bien au contraire – s’il pouvait être démontré que construire en restes humains peut aider à la sauvegarde des écosystèmes et concourir à contrecarrer les divers écocides dûs à la construction immobilière ici et là, alors : je suis pour.
II.
La grande injustice de notre époque est à l’égard du non-humain, celui-là même que nous ne réussissons pas à considérer à la mesure de ce qu’il mérite. Ne sont-ils pas proches de nous, pourtant, ces animaux que nous voyons au travers des barreaux du zoo ? N’ont-elles pas quelque chose de sensible et touchant, ces pupilles mammifères qui nous observent ? Ne sont-elles pas respectables, ces grues cendrées qui chaque année traversent des milliers de kilomètres durant leurs migrations ? Tout comme les plantes, ne sommes-nous pas, nous aussi, des êtres phototropiques ?
Les vies animales et végétales impactent profondément nos vies, bien plus que nous ne le croyons. Et c’est d’une part de nous-mêmes dont nous sommes privés lorsque nous vivons éloignés d’eux. Le « non-humain », je le respire à chaque instant, le foule à chaque pas ; l’hypothèse biophilique d’Edward O. Wilson est fondée : nous avons besoin d’être au contact d’autres formes de vie pour nous épanouir, trouver un équilibre psychique, corporel, sanitaire, émotionnel.
Hélas, ce monde plastico-numérique-culturel n’en a que faire. Depuis son exo-territoire (Alain Gauthier), comme en orbite, l’urbain jette un œil distrait aux derniers écocides en date depuis son écran de téléphone, à la télé dans les bars, dans les salles d’attente sur papier glacé. C’est qu’il a été séparé du vivant par la technique autant que par les établissements humains eux-mêmes – édifices, îlots, quartiers, infrastructures, villes, périphériques, lampadaires, asphalte, banc public, pollution. L’architecture et l’urbanisme.
Jusqu’ici, l’architecture a été franchement indifférente à ces destructions qu’elle a générées. Il faut dire que, ces dernières décennies, l’animal en elle a rarement été autre chose que matière esthétisante, romantique ou commerciale. Les constructions humaines ont pourtant toujours hébergé une infinité d’animaux (volontairement ou non). Mais l’architecture « humaniste » semble avoir fondé sa spécificité disciplinaire sur une forme de séparation naturaliste originelle.
L’architecture n’a que faire de l’anthropocène et du vivant qui y souffre, qui y meurt, qui y disparaît en silence dans cette insolence généralisée à l’arrière-goût d’insulte amère ; elle continue ses débats pour savoir s’il convient d’isoler par l’intérieur ou par l’extérieur, si la proportion du plan est élégante, si les vis-à-vis ne sont pas trop durs entre ces fenêtres, si le joint doit être creux ou saillant. Et, ce faisant, elle continue à contribue aux destructions écosystémiques et aux meurtres de masses qui y sont liés.
III.
Que serait alors une architecture antispéciste ? Il faudrait commencer par envisager un programme antispéciste. Il n’y a, il n’y aura pas plus d’abattoir animaliste que d’aéroport éco-centrés ou de centrales à charbon écologique.
Que serait alors un programme antispéciste préalable à une architecture digne de ce nom ? Transformer la Ménagerie de Paris, ce musée spéciste, en musée du spécisme, voilà qui serait un acte symbolique fort.
« Musée spéciste », la Ménagerie ? Oui, car, comme dans tout zoo, l’animal y est pure esthétique. Oubliez votre sac au milieu d’une salle du Palais de Tokyo et on pensera qu’il s’agit d’une œuvre – quel génie, cet art de la mise en abîme, cette attention à l’ordinaire, cette radicalité délicate ; j’y vois une forme de critique de la vie industrielle et de la médiocrité qui l’accompagne, pas vous ?. Passez de l’autre côté d’une grille de la Ménagerie et vous deviendrez animal exotique, objet scénographie, pièce d’archive, œuvre muséale, valeur esthétique.
Au zoo, à bien des égards, dans leur décor kitsch, les animaux eux-mêmes deviennent kitsch.
Barrière, clôture, enclos, cage, mur, palissade, grille.
Mammifère, pelage, fourrure, poil, truffe, palissade, griffe, écaille.
Qu’est-ce qu’un zoo ?
Barrière mammifère clôture pelage enclos fourrure cage poil mur truffe palissade griffe grille écaille.
IV.
Par terre, un cafard (non évalué par l’UICN – Union internationale pour la conservation de la nature) de quatre centimètres de long. S’est-il échappé d’une cage de verre ? Ce serait déjà une aventure – un animal échappé de la Ménagerie, en liberté dans Paris – est-il dangereux ? Ce serait encore plus excitant. Ou est-ce un indigène ? C’est sale, le parc, ces temps-ci, regarde, il y a des blattes partout, quelle honte. On est un peu perdus. Dès lors qu’il n’y a plus de scènes et de spots, de panneaux indicateurs et d’allées, le spectacle s’évanouit ; le musée redevient réalité.
Qu’est-ce qu’un musée ? Un espace dépolitisé au sein duquel les œuvres ne sont plus qu’esthétiques. Jean-Louis Déotte avait raison : qui s’agenouille devant une Madone au Louvre se fait évacuer par la sécurité. La peinture (œuvre, sens, symbolique) n’est plus que peinture (activité plastique, technique, toile). Voilà précisément pourquoi la scénographie est si importante pour le zoo : elle est condition de sa transformation en musée, condition de l’oubli éthique qui s’y joue – et doit tenir ferme cet ensemble pour que jamais doute ne s’éveille (tu crois qu’ils sont heureux, là-dedans, quand même ?). L’animal (vivant, singulier, agent, anima – âme) n’est plus qu’animal (instrument disponible, docile compagnon, membre anonyme d’une espèce inférieure et caractérisable, pièce exposable, objet de convoitise, trophée de guerre, décor de cinéma).
V.
Qu’est-ce qu’un zoo ?
Quatorze perruches dans neuf mètres cubes. 50x60x70cm pour un Python Vert d’un mètre cinquante de long (UICN / Préoccupation mineure). 80x120x180cm pour le Python Birman de trois mètres de long (UICN / Vulnérable). 50x70x80cm pour une Vipère du Gabon d’un mètre quarante de long (UICN / Préoccupation mineure) ; pareil pour le Python Tapis d’un mètre quatre-vingt (UICN / Préoccupation mineure). On est pas loin de la torture des cellules dans lesquelles on ne peut ni se mettre debout ni s’allonger.
Le Cariama huppé (UICN / Préoccupation mineure) peut courir à quarante kilomètres par heure, mais il est coincé dans une cage de quatorze par quatre mètres. Les deux Palmistes Africains (UICN / Préoccupation mineure) font un mètre quarante d’envergure, ils partagent une cage de 5x5x10m. Même studio miteux pour le voisin Vautour Pape de deux mètres d’envergure (UICN / Préoccupation mineure). Deux enclos semi-aquatiques de sept par quatre mètres pour les trois crocodiles du Nil de deux mètres soixante-dix (UICN / Préoccupation mineure). Ils peuvent à peine nager, il n’y a pas de végétation ou presque, pas de vie lumière uniforme béton javel. Deux faux rochers en enduit beige.
L’hypercongestion francilienne touche tout le monde.
VI.
Qu’est-ce qu’un zoo ?
Une vie à attendre la mort.
VII.
Devant les cages, les gamins s’excitent, crient « ah, il a bougé, regarde ! ».
L’espace d’un instant, « animal », ça deviendrait presque une insulte (il ressemble à quoi ? / il ressemble à toi / à toi ! / c’est celui qui l’dit qui y est). Certains sont plus intéressés par le distributeur de soda, d’autres ne regardent même pas en direction des prisonniers ; les derniers crient et se courent après. On n’entend pas beaucoup de questions sur le sort réservé aux grands singes juste devant eux. Viens voir ils se battent !
En revanche, les mouflets ont un questionnaire à remplir – sortie scolaire oblige. La maîtresse s’énerve. T’as répondu aux questions ? Il est où ton stylo ? Il y a des choses plus importantes que d’autres.
VIII.
Qu’est-ce qu’un zoo ? Des cages à fric, mais à culture aussi : le « zoo » cultive. D’une part en ce qu’il réifie l’idée de « Nature », créant de fait une « Culture » bien différenciée, supérieure, « maîtresse et possesseuse » (1. Rare. Celle qui possède) de son habitat terrestre ; formant ainsi une véritable machine naturaliste au sens que Descola a donné à ce terme. D’autre part en ce qu’il informe, certes, sur l’état des choses – une muséographie visant à faire connaître les espèces menacées devrait sensibiliser les publics. C’est méconnaître toutefois la condition muséale du zoo précédemment évoquée que d’imaginer qu’un espace dépolitisé, où le vivant sentient peut sans honte être transformé en objet, puisse jamais devenir catalyseur d’action militante. Comment l’enfermement et la scénographie esthétisante pourraient-ils mener à une quelconque prise de conscience sur l’extinction des espèces ? La pensée naît d’une rencontre traumatique avec le réel (Slavoj Zizek), pas d’une plongée en eaux romantiques.
Les attractions culturelles occidentales fondées sur la mise en valeur d’animaux qu’elle opprime sont tant honteuses que parfaitement utiles pour comprendre les fonctionnements de notre ensemble civilisationnel viriliste ; mesurer les manières dont il ne recule devant rien dès lors qu’il sera question de détruire et d’exploiter ce qui lui reste étranger.
Eh, le singe, regarde, y’a Noam qui te parle. Appelle-le, Noam ! Eh, le singe !
Le zoo, envisagé sous cet angle, me devient suffoquant. Les rase-mottes gigotant avec leur casquette Spiderman et leur Mister Freeze, touche-pipi et morve ; les maîtresses dépassées par le nombre, l’énergie et le niveau sonore des mouflets qui courent en tous sens ; les petits vieux et leur compulsion de lecture intégrale du moindre panneau indicateur placé à leur intention ; les ados en couple venus snapper les pandas roux #tropmimi #easylife #tellementilesttropbeau #jveuxlememealamaison.
Au milieu du brouhaha humain, des animaux enfermés, qui attendent la mort.
IX.
Si les théories de Lamarck puis de Darwin ont mondialement convaincues, un élément non négligeable reste toutefois inexpliqué : celui de la beauté animale. Si tout est transformation et adaptation, alors comment expliquer tant de luxe, de coquetterie, de raffinement non nécessaire dans les parures et les tenues, les processus et les comportements sociaux animaux ? Ou, autrement dit : pourquoi la sélection sexuelle s’opère-t-elle, chez un nombre conséquent d’espèces depuis des critères esthétiques ?
A la suite des travaux d’Amotz Zahavi au milieu des années 1970, les zoologistes ont affirmé que la magnificence animale était un handicap. Après tout, affirmait Zahavi, être beau, c’est être voyant, et donc vulnérable : un mâle particulièrement exubérant ferait par exemple, par sa beauté exceptionnelle, preuve de sa capacité de survie par-delà ce « handicap », et s’offrirait ainsi toutes les chances de séduire la femelle a priori touchée par une telle démonstration…
La conclusion ne peut manquer de résonner avec la situation du zoo : n’y trouve-t-on pas, en priorité, des animaux exceptionnels, démesurés, originaux, colorés, brillants, bref : à l’esthétique extraordinaire ? Si peut-être la thèse de Zahavi selon laquelle la beauté est handicap a pu s’avérer fausse (ou en tout cas incomplète pour ce qui est de « l’ordre naturel »), elle l’est assurément au regard de l’humanité et sa désastreuse tendance à la domination, l’enfermement, la capture, la possession de tout appareil esthétique digne de ce nom. Plus un animal est beau et plus il a de chance de se retrouver braconné pour sa fourrure, son cuir, ses plumes ; plus il sera enfermé dans des zoos ; poursuivi dans des safaris ; bagué et numéroté dans des parcs naturels ; pris en photo à chaque instant de sa vie – et pourquoi cela ? Pour finir dans la mémoire numérique d’un ordinateur, au fond d’un dossier plus jamais ouvert par la suite, au milieu de milliers d’autres photos sans intérêts. Mais, soyons francs, ça ne changerait rien au problème moral s’il était encadré, en fond d’écran sur le smartphone ou en magnet sur le frigo. Le beau est désormais une malédiction.
X.
Le zoo n’a jamais rendu personne plus écologiste, plus végétarien, plus animaliste, plus antispéciste, bref : n’a jamais eu aucun aspect « pédagogique » – en termes moraux en tout cas. L’argument est mensonger. Commercial.
Et, même si c’était vrai : serait-il acceptable pour autant ?
XI.
Résolument, il faudrait pouvoir transformer ce musée spéciste en musée du spécisme.
Günther Anders remarqua à raison qu’Hiroshima avait été détruite deux fois : une première lors du bombardement (annihilant tout déjà-là), et une seconde lors de sa reconstruction (annihilant toute trace de l’horreur perpétrée).
Dans le cas d’un musée du spécisme, il s’agirait de réussir, au contraire, à tenir pour mieux les donner à lire : les conditions de détention animales, le raisonnement spéciste et les scénographies à son service, les techniques et formes symboliques employées pour enrober l’ensemble d’une atmosphère romantisante, mystifiante, pseudo-éducatrice bien-pensante cloche-pied. Est-ce possible ? Édifier un Mémorial en souvenir des êtres vivants ayant soufferts ici depuis des siècles. Développer des lieux de discussion pour débattre, comprendre, informer. Ouvrir des espaces où se recueillir pour s’apaiser. Donner à lire mais surtout à voir, à faire l’expérience de l’enfermement doublé d’une mise en visibilité insultante. Retourner le décor pour faire apparaître l’atteinte profonde à la dignité des animaux qui se joue en chacun de ces enclos. « Ici, autrefois, vivant une famille entièrement de Markhor » (Oh mon dieu, comment a-t-on pu laisser faire cela ?). Des panneaux décrypteraient la mise en conditionnement de l’opinion publique. Des photos et des témoignages (c’est vrai, on allait au zoo le dimanche en famille, on ne se rendait pas compte du tout – tout le monde faisait ça à l’époque) pour dire la quotidienneté et le divertissant de la torture généralisée.
Un monument au zoocide, est-ce possible ?
Le monumental étant glorification d’un pouvoir, c’est un contre-monument, un anti-monument qu’il faudrait inventer pour donner à lire au contraire la responsabilité honteuse des politiques humaines en cette histoire.
L’esthétique du sublime, à l’ère anthropocène, sera contre-monumentale ou ne sera pas.
XII.
J’imagine déjà le cirque à l’inauguration du Musée ; une cérémonie finement articulée en un cérémonium pompeux.
Les questions fusent en direction de la Première Ministre : sur les accusations des associations animalistes, qui incriminent la présence de Total et de LVMH dans les mécènes du Musée ; sur les preuves à charge contre Thierry Coste dans « l’affaire Hulot » et les relations entre un possible meurtre et l’inauguration aujourd’hui du bâtiment ; et d’autres encore.
Parmi elles, une question, a priori plus anecdotique, arrêtera l’attention de la cheffe du Gouvernement. Madame la Première Ministre, comment expliquez-vous que le bistrot du Musée ne soit pas végane – n’est-ce pas un peu contradictoire avec la programmation du lieu ? L’élue improvisera. Ce n’est pas parce que Musée Juif il y a, qu’antisémitisme il n’y a plus ! Pas plus qu’un mémorial contre l’esclavage ne garantit la fin effective de l’esclavage, ce Musée ne peut signifier, à lui seul, la fin de l’exploitation animale. C’est d’un acte de résistance à la barbarie dont il est question. Et comment la résistance pourrait-elle agir, si elle n’était destinée qu’à ceux et celles qui sont déjà convaincus ? Ce restaurant est représentatif de la diversité qui fait notre identité Nationale. C’est un symbole de l’ouverture à l’autre dans ce qui est appelé à devenir un des hauts lieux de la culture à l’ère anthropocène.
La réponse ministérielle fera grand bruit.
France Culture consacrera trois heures trente d’antenne à un débat sanglant entre un représentant de la FNSEA, Corine Pelluchon, le directeur de la ménagerie, Florence Burgat, Dominique Lestel, Brigitte Gothière, Jean Estebanez, Rosa B., Violette Pouillard et Jocelyne Porcher. On dit qu’il se terminera par plusieurs mises en garde à vue pour violences verbales répétées et dégradation de matériel audiovisuel.
Hanouna prendra certainement moins de risques en invitant Michel Onfray à donner son avis sur le sujet (mais surtout à l’occasion de la sortie simultanée de ses trois derniers livres).
Côté BFM-TV, on décidera sans doute à garder la première phrase sur l’antisémitisme seulement, et de la passer en boucle dans le bandeau déroulant une journée durant.
XIII.
Un restaurant qui sert du foie gras et des entrecôtes dans un Musée du spécisme, il faut avouer que c’est quand même une idée bizarre.
Pour certains, ce sera la preuve de l’inconsistance du projet. D’autres penseront y reconnaître l’ouverture et la « générosité » qui avaient marqués le court mandat du Président en charge du programme. Ailleurs encore, on accusera les gérants de cynisme.
En définitive, est-ce plus immoral de servir de la viande ici qu’ailleurs ? La Première Ministre elle-même est-elle végétarienne ? Qu’en aurait pensé Brigitte Bardot ? Le sujet finira par contaminer toutes les hautes sphères muséales parisiennes.
Au Quai Branly, on s’interroge déjà : pour être exempts de suspicions, faut-il offrir du traditionnel français ou de la cuisine exotique authentique ?
A l’Institut du Monde Arabe, le restaurant libanais, c’est réducteur et essentialisant, ou parfaitement cohérent ?
La Brasserie Georges du Centre Pompidou doit-elle remplacer sa « belle assiette de melon » à 18€ et ses « six escargots extraordinaires » à 24€ par de la cuisine plus artistique et moderne ?
Et comment est censé faire Le Louvre, avec ses collections interminables en provenance de l’Antiquité méditerranéenne et ses célèbres peintures de la Renaissance : faudrait-il proposer des restaurants à thèmes – avec ticket d’entrée offrant un binôme plat/aile particulière du musée ? Un menu « colonial » spécial pour le dimanche midi ?
A l’heure de l’attribution du contrat de location de l’espace restauration du Musée du Spécisme, on avait estimé que c’était au plus offrant de remporter le marché. Comme toujours.
Tout simplement.
Le contrôleur de gestion n’étant de toute façon pas philosophe, il n’avait pas cru devoir se lancer dans des réflexions outrepassant son rôle de contrôle de gestion.

