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1| Que faites-vous pour les animaux ?
J’essaye de défendre les animaux à travers mon rôle de coordinateur à la sensibilisation chez Animal Ethics. Je plaide en faveur des groupes d’animaux les plus nombreux et les plus négligés, à savoir les animaux sauvages, les invertébrés et les animaux futurs exposés aux risques des technologies transformatrices comme l’IA. Dans ce cadre, je donne des conférences à des défenseurs des animaux, à la communauté de l’altruisme efficace et à des chercheurs universitaires. Je travaille aussi comme directeur de l’expérience d’apprentissage pour « Electric Sheep », une organisation qui éduque le public sur l’IA et les animaux. Je poursuis actuellement un doctorat en philosophie à l’Université de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne, où j’explore des sujets émergents en éthique animale.
Je suis basée en Inde où je suis devenue végane en 2016 (j’ai grandi dans un foyer majoritairement végétarien pour des raisons religieuses). En 2019, j’ai lancé une section locale de sensibilisation végane et j’ai organisé des activités militantes jusqu’en 2024, notamment des vigiles et des activités de sensibilisation.
2| Qu’est-ce qui est le plus difficile dans votre activisme ?
C’est d’amener les gens à étendre l’antispécisme au-delà de ce qui leur est familier. La plupart s’arrêtent aux animaux que nous exploitons personnellement. La frontière la plus difficile, ce sont les animaux sauvages, qui souffrent énormément, ainsi que les risques futurs auxquels les animaux pourraient être confrontés et que nous percevons à peine aujourd’hui. Ce sont précisément ces enjeux que les gens évitent, parce qu’ils sont peu familiers et inconfortables.
Le véritable défi n’est donc pas de gagner le débat. C’est d’amener les militants et militantes à prioriser ce qui est réellement urgent, plutôt que ce qui leur semble intuitif. Nous avons tendance à nous tourner vers les espèces populaires et les victoires faciles, alors que les domaines où la souffrance est la plus massive sont laissés de côté.
Et nous le faisons rarement avec rigueur. Il faut trouver de meilleures façons de mesurer correctement les changements d’attitude et de recueillir des données sur les stratégies qui fonctionnent vraiment. Une personne peut être végane et quand même écraser des insectes sans y penser : comment, alors, faire passer ces changements à grande échelle?
Pour moi, tout se ramène à ceci : nous avons besoin d’une approche fondée sur les données, qui pousse les gens vers les fronts négligés et à fort impact de la défense des animaux, et pas seulement vers les plus confortables.
3| Qu’est-ce qui vous semble compliqué avec l’antispécisme ?
C’est que sa dimension psychologique a très peu été explorée en dehors de l’Occident. Les cultures ne comprennent pas toutes les différences entre les espèces de la même façon. Pourtant, la plupart des arguments philosophiques sur le sujet viennent d’un cadre très occidental.
En Inde, par exemple, avec la diversité des religions et des cultures, j’aimerais beaucoup comprendre comment l’antispécisme pourrait se traduire concrètement dans différents contextes, notamment dans le bouddhisme ou le jaïnisme. À ma connaissance, ce travail reste largement à faire.
L’autre grande difficulté, c’est de mesurer les changements d’attitude face au spécisme dans le grand public. On peut convaincre quelqu’un avec des arguments, mais ensuite, qu’est-ce que ça change vraiment? Quelles actions suivent? Devenir végane, créer des partis politiques centrés sur les animaux, ce sont des gestes visibles. Mais comment mesurer la profondeur réelle d’un changement d’attitude?
Et enfin, il y a le défi d’amener les gens à aller jusqu’au bout de la logique antispéciste. L’antispécisme ne concerne pas seulement les animaux que nous exploitons directement. Il concerne aussi les animaux sauvages et les façons dont nous pourrions les aider. Or, la plupart des gens s’arrêtent bien avant ce point.
4| Quelle tactique vous paraît la plus prometteuse ?
Quelques tactiques qui me semblent particulièrement prometteuses.
- La première, c’est de créer des partis politiques et des initiatives référendaires centrés sur les animaux. L’initiative suisse de 2022 contre l’élevage industriel n’a pas été adoptée, mais elle a quand même inscrit l’élevage intensif à l’agenda politique national et forcé un vrai débat public. En soi, c’est déjà un progrès. Les interdictions de la fourrure, et d’autres victoires politiques du même genre, montrent aussi que cette voie peut fonctionner pour obtenir des changements politiques à long terme pour les animaux.
- La deuxième, c’est d’intégrer l’antispécisme tôt dans l’éducation. Les recherches suggèrent que le spécisme se développe pendant l’enfance. Donc intervenir à ce moment-là pourrait changer le niveau de préoccupation envers les animaux pour toute une génération.
- La troisième, c’est de cibler des publics influents — les philanthropes, les décideurs politiques et les influenceurs — plutôt que de disperser nos efforts. Dans le même esprit, développer la cause animale dans les milieux universitaires et politiques peut avoir beaucoup d’impact. Par exemple, structurer le champ scientifique du bien-être des animaux sauvages [wild animal welfare science] permettrait de donner plus de crédibilité à cette cause et d’aider les animaux à grande échelle.
- Et enfin, il y a l’IA. Si elle est bien utilisée, elle peut permettre aux défenseurs des animaux de sensibiliser les gens aux animaux sauvages et aux animaux d’élevage de façon beaucoup plus ciblée et sophistiquée qu’avant. Elle peut aussi ouvrir la voie à des solutions technologiques pour aider les animaux, par exemple avec les protéines alternatives ou les méthodes qui remplacent l’expérimentation animale.
5| Quel(s) contenu(s) auriez-vous envie de recommander ?
- Pour une vue d’ensemble assez complète, mais accessible, je conseillerais de commencer par les principaux arguments contre le spécisme, ainsi que les réponses aux objections les plus fréquentes.
- Pour comprendre la souffrance des animaux sauvages, WildAnimalSuffering.org et la section sur la souffrance des animaux sauvages sur Animal-Ethics.org sont deux excellents points de départ.
- Pour l’IA et les animaux, il y a un nouveau documentaire très accessible qui vient de sortir, AI & Animals, qu’on peut regarder gratuitement sur AIandAnimals.org. C’est la présentation la plus claire que je connaisse sur la façon dont l’IA pourrait soit aggraver, soit réduire la souffrance animale. Le site propose aussi des articles et des ressources pertinentes.
- Sur les risques futurs pour les animaux, je recommanderais de lire l’article d’Oscar Horta sur le longtermisme et les animaux, et d’explorer le travail du Center for Reducing Suffering pour réfléchir à la manière dont on pourrait réellement réduire ces risques à long terme.
- Et si certaines personnes veulent aller plus loin et s’impliquer, elles peuvent regarder du côté de programmes comme Sentient Futures ou la Futurekind Fellowship d’Electric Sheep. Ce sont de très bonnes façons d’apprendre sérieusement sur ces enjeux et de rencontrer d’autres personnes qui travaillent là-dessus.

