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1| Que faites-vous pour les animaux ?
J’ai grandi en rêvant de devenir vétérinaire, mais étant nulle en maths, j’ai rapidement abandonné cette voie pour m’orienter vers les métiers de la communication. Cependant, l’envie de prendre soin des animaux ne m’a jamais quittée.
En 2017, j’ai créé une association de protection de l’environnement (Clean My Calanques) avec mon meilleur ami. Après huit ans consacrés à cette association, j’ai eu envie de m’engager dans une cause plus directe encore : prendre soin des pigeons, ces animaux tellement méprisés. J’ai donc créé en août 2025 le compte Instagram “Pinpon Pigeon” qui rassemble aujourd’hui plus de 30 000 personnes. Mon compte a pour objectif de sensibiliser les gens, de lutter contre les stéréotypes et de rendre leurs lettres de noblesse aux pigeons.
Exploités pendant des siècles par les humains, puis abandonnés, ils sont aujourd’hui dépendants de nous, et se retrouvent bien souvent mal nourris, malades ou blessés, largement à cause de nos pratiques. Ils ont besoin de notre aide.
2| Qu’est-ce qui est le plus difficile dans votre activisme ?
Le manque d’empathie et de curiosité des gens.
Le fait de constamment lutter à contre-courant de l’opinion publique, dont l’avis se fonde généralement sur des idées reçues que l’on ne prend pas la peine de déconstruire. La population s’informe si peu sur certains sujets qu’il y a un double travail de sensibilisation à effectuer pour être ne serait-ce qu’écouté·e.
J’essaie de faire comprendre aux gens que les pigeons sont des oiseaux comme les autres, qui ont leur place et méritent d’être respectés et aidés. « Oui, mais c’est sale, ça transmet des maladies, ça chie partout ! » : ok, mais sais-tu pourquoi les pigeons sont dans nos villes, pourquoi ils vivent si proches de nous ? Et sais-tu que non, ils ne nous transmettent pas de maladies ?
3| Qu’est-ce qui vous semble compliqué avec l’antispécisme ?
Gérer la dissonance cognitive : la sienne et celle des autres. La dissonance cognitive qualifie cet état de tension psychologique que l’on ressent lorsque nos valeurs et nos comportements sont contradictoires. Par exemple : certaines personnes sont sensibles au sort des animaux sentients, seraient absolument incapables de tuer elles-mêmes l’un d’entre eux pour se nourrir, mais ne voient pourtant aucun mal à commander un steak pour le déjeuner. Nous avons été éduqué·es depuis petit·es par l’industrie, notre culture, etc. à dissocier l’individu animal qui est mangé et la viande.
Et lorsque vous mettez les gens face à leur dissonance, ils se braquent, s’énervent, se justifient… Ils sentent bien qu’il y a un souci, alors, comme ils ont du mal à changer leur comportement, ils changent plutôt leurs valeurs.
C’est un combat du quotidien, pour moi la première, surtout dans une société où le spécisme est omniprésent.
4| Quelle tactique vous paraît la plus prometteuse ?
Éduquer, toujours, et dès le plus jeune âge.
Je l’ai vu avec mon association écolo, je le vois maintenant avec mes interventions dans des écoles pour sensibiliser au sort des pigeons.
Les enfants sont des éponges, ils peuvent facilement prendre les éventuelles mauvaises idées de leurs parents, mais aussi absorber les bonnes et les transmettre à leur famille.
Personnellement, j’ai fait réduire drastiquement la consommation de viande de mes parents rien qu’en leur parlant. Mon meilleur ami est devenu végétarien, puis végane, il y a plus de 10 ans grâce à des articles et vidéos que je lui avais partagés.
Souvent, les gens ne se questionnent même pas sur leur choix. Mais, s’ils sont ouverts d’esprit, ils se rendront compte rapidement de leurs contradictions. Après, il y a des gens qui n’ont pas d’empathie et pour qui vous ne pourrez rien, mais pour les autres, il y a toujours de l’espoir même si ça peut prendre du temps et beaucoup de travail.
5| Quel(s) contenu(s) auriez-vous envie de recommander ?
On dit qu’on protège ce qu’on aime, et qu’on aime ce qu’on comprend. C’est pour cela que se documenter sur les sujets qui nous échappent fait partie du processus.
J’ai récemment découvert la série documentaire de France Culture intitulée “Le monde après le spécisme” que je recommande fortement à toutes les personnes qui s’intéressent au sujet. Elle n’apprendra peut-être rien aux personnes déjà sensibilisées, mais leur apportera certainement des arguments construits pour leurs futurs débats ! 😉
La nourriture ayant une place centrale dans mon bien-être, j’ai pendant longtemps eu du mal à me priver de certains aliments, mais les délicieux similicarnés et tous les comptes véganes sur les réseaux qui ont vu le jour m’ont énormément aidée : @melanie_en_veganie, @accidentellementvegan, @dr.vegan, etc.

Céline aidant des pigeons (dont un huppé!) à Pompidou, Paris.
Crédit photo : Olivia Rutherford

