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1| Que faites-vous pour les animaux ?
Je suis végane depuis le début de l’année et végétarienne depuis 2024. Il y a dix ans, j’ai entendu parler de végétalisme pour la première fois. À cette époque, mes connaissances se limitaient à l’alimentation et je ne comprenais pas les raisons de devenir végane. Quand je suis devenue végane, j’ai été frappée par la réalité. J’ai eu envie d’agir, d’utiliser ma colère et ma culpabilité comme une force. C’est ainsi qu’est né mon projet : courir de Paris jusqu’à Brest, soit 650 km, afin de rencontrer des éleveurs porcins et leur présenter l’association Co&xister.
L’objectif est de relayer une image positive et bienveillante du véganisme à travers le sport. Je souhaite montrer que nous pouvons manger végétal et être en pleine forme, que nous pouvons discuter et avancer avec le monde de l’élevage et (peut-être) inspirer quelques personnes à modifier leurs habitudes alimentaires, imaginer une nouvelle carrière professionnelle ou une autre façon de consommer de manière générale.
2| Qu’est-ce qui est le plus difficile dans votre activisme ?
Je suis encore peu connue. C’est difficile de médiatiser le projet auprès du grand public, mais également auprès des éleveurs. Je souhaite toucher un maximum de gens, et des gens très différents. Réussir à trouver une oreille attentive sur la toile demande beaucoup de temps et de patience. Contacter les éleveurs est également une épreuve de haute voltige. Ce sont les difficultés très concrètes du projet.
Les autres difficultés pourraient se résumer par le syndrome de l’imposteur. Je ne me sens légitime ni dans la posture de la végane ni dans celle de la coureuse, puisque mon expertise dans ces deux domaines est très récente. De manière générale, il y a ce sentiment de devoir être parfaite en tout vis-à-vis de mon véganisme. Chaque chose que je fais, chaque mot que je dis, j’ai le sentiment de devoir y réfléchir pour être sûre de ne froisser ni la communauté végane ni la communauté carniste.
3| Qu’est-ce qui vous semble compliqué avec l’antispécisme ?
La sensation d’être passée au peigne fin chaque fois que l’on est en présence de carnistes (et peut-être aussi au sein des véganes). L’antispécisme semble être une praxis de sainteté*. Je comprends que l’idée ait du mal à fédérer si on s’imagine que tout doit être fait parfaitement, sans amusement et sous le contrôle d’une police des mœurs.
Il y a aussi toutes nos habitudes de vie profondément ancrées en nous. Par exemple, l’utilisation des expressions spécistes ( « être une poule mouillée », « traité comme un chien »…) relève du tic de langage. Nous connaissons également tous la phrase : « On a toujours fait comme ça. »
À mon sens, la difficulté avec l’antispécisme, c’est qu’il n’y a pas de pensée antispéciste sans révolution de tout son propre mode de fonctionnement : habitudes alimentaires, regard sur l’autre, tics de langage, vie professionnelle et personnelle. L’antispécisme demande une transformation complète et nous amène à devenir une version 2.0 de nous-mêmes. Et cette introspection est un frein énorme.
*aux yeux des carnistes.
4| Quelle tactique vous paraît la plus prometteuse ?
Ce n’est pas au public de s’adapter au discours, mais au discours de s’adapter au public. Il existe donc plusieurs tactiques :
- Fédérer autour de la cause animale par des actions qui vont émouvoir le grand public ou au moins susciter sa curiosité.
- Être force de proposition, proposer le changement.
Exemple : intégrer des écoles de cuisine et donner des cours de cuisine végétale. Ces étudiants seront demain dans nos cantines, nos hôpitaux, nos restaurants… - « Taper » fort : demander beaucoup à nos politiques ou aux grandes entreprises pour en obtenir le plus possible, à l’instar de L214 et de sa campagne pour 2030.
Nous devons jouer avec les cartes que l’on nous donne. Soyons les boulangers, les artistes, les pompiers, les professeurs, les politiciens (…) de demain. On dit « diviser pour mieux régner » : aujourd’hui, nous sommes ceux qui sont divisés. Nous devrions peut-être nous rassembler, écrire nos cahiers de doléances et décider d’une marche à suivre commune.
5| Quel(s) contenu(s) auriez-vous envie de recommander ?
Je suis une jeune végane, donc je vais citer les contenus qui m’ont le plus touchée et qui m’ont permis de franchir le pas. Les deux podcasts Poule sentimentale et Comme un poisson dans l’eau sont une grande source d’apprentissage pour moi, de manière totalement différente.
J’ai appris à aimer cuisiner végétal, notamment grâce à l’Instagram de Mélanie en véganie.
J’essaie de lire le plus de livres possible. Mon top 4 de jeune végane est :
- La libération animale de Peter Singer (à mon sens, un classique qui permet de poser les bases) ;
- Antispéciste d’Aymeric Caron (le premier livre que j’ai lu sur le sujet et qui m’en a appris beaucoup) ;
- Manifeste animaliste : politiser la cause animale de Corine Pelluchon (j’aime particulièrement l’aspect concret de ce livre, avec des propositions pour avancer vers la fin de l’exploitation animale) ;
Le sens du bétail d’Ulysse Thevenon (que je n’ai pas encore terminé, mais j’apprécie le point de vue : celui des éleveurs, qui sont aussi victimes).
Pour suivre le périple de Gladys : https://www.instagram.com/vivre_run

