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À mon bourreau
Toi qui prends mon veau pour voler mon lait,
Qui bottes mon flanc, ma hanche à l’envi,
Ma mamelle bleue ravit ton palais
Mais n’assouvit onc ton avide envie,
Toi qui prends mon pis pour une fontaine
Et ton bras pour un berceau de Judas,
Qui déchaînes cette fureur hautaine,
Toi, qui bois jusque tout mon exsudat,
N’as-tu jamais craint de perdre ta mère,
D’égarer son sein et son cœur qui bat,
Qu’on ne te prive du temps éphémère
Du réconfort et des joyeux ébats ?
Comme à mes aïeux du néolithique
De ta main griffue, tu t’es efforcé
De transmuter toute ma génétique,
Monstrifier mon corps et de m’écorcer.
Lors quand ce n’est pas ta main qui me bat,
Ce sont mes genoux sous le poids des pis
Qui me font fléchir, blessent comme un bât ;
Mon dos perclus n’a pas droit au répit.
Ose, approche-toi, promène tes yeux
Dans les miens et sur mon âme fourbue.
Pose tes drus doigts sur mon nez soyeux ;
Peux-tu me tuer toute honte bue ?
À une maman
Brave brebis mourérous,
Dont la robe par tes trous
Laisse voir ta peau meurtrie
La barbarie.
Ton jeune corps est captif
Ton petit bébé chétif
Tout tacheté de rousseur,
Et de douceur.
Tu portes plus lestement
Qu’une reine de roman
Ses bottillons de velours
Tes sabots lourds.
Tu déploies plus fièrement
Qu’un roi en plein sacrement
Sa chappe ainsi que sa vouge
Ta laine rouge.
Pourtant tu vas chancelant
Le garrot bas, le pas lent
Au seuil d’une guillotine
Pour un tajine.

Chant monotone
Les cris perçants
Des néons blancs
De ma prison
Brûlent mon bec,
Dissout impec
Comme un brandon.
Tout tremblant, seul
Dans ce linceul
D’un gris métal,
Je rêve d’un
Petit jardin
Fait de pétales.
Mais je m’enfonce
Entre les ronces
Des durs barreaux,
Le coeur perdu,
Corps suspendu
Par mon bourreau.
Puis je m’éteins
Au p’tit matin
Sans un bruit,
Un courant d’air,
Un court éclair
Qui s’enfuit.
Crédit photos: We Animals Media, Joëlle Najar et Jan van IJken


