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La 3e édition de la Quinzaine de la Sentience, campagne menée par le Projet Méduses, a lieu du 12 au 26 mai 2024. Dans le cadre, le collectif publie une série de créations artistiques pour combler le vide culturel béant autour de la notion de sentience. Voici un poème composé pour l’occasion.
Vacances d’un ouvrier d’abattoir
(Variation sur un thème de Nicolas Steffen)
Vastes anxiétés emboxées au placard
À l’abord des journées inutiles et longues.
Tout est prêt, des nudités aux laines du soir.
Oh te voir, sable mou ! Ton grain, ta peau oblongue !
Crachote, ma petite voiture, dépasse
Encore ces camions grillagés qui suffoquent,
Achemine-nous vite, bien loin de la masse !
L’océan lave à chaque fois l’odeur des chocs.
Vent cru sur le visage aux terrasses étroites.
Halètent au loin des sols martelés qui boitent,
Nervés de paris – mon jus m’en tremble des mains.
Hagard, le soleil plonge derrière l’écaille
Usée, ferrée, qui ligne au loin. Mon corps entaille,
Exsangue, la plage, le dos raz de salins.
Sens-t’y en sécurité enfin. Tout est bien.
Projet Méduses
***
Note d’intention
L’invisibilisation de la sentience est utilisée ici comme thème central. Elle permet de cacher certains indices au regard des lecteurs et lectrices, en écho à l’effacement des êtres sentients dans le monde réel. Des individus sentients sont pourtant ici présents. Ils sont dissimulés et mélangés en acrostiche ; ils sont éparpillés dans chaque strophe, sous forme de sons et d’exploitations ; ils sont niés dans leur sentience, dont on reporte les caractéristiques à ceux qui n’en disposent pas. Jusque dans le mal-être de l’ouvrier d’abattoir qui ne trouve à se dire, la sentience n’est jamais considérée en face, et c’est indirectement, métaphoriquement, symboliquement qu’elle peine à trouver une place.

