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1| Que faites-vous pour les animaux ?
Je suis la créatrice du compte “Raie futée” (vous avez le jeu de mot ?), sur lequel je partage du contenu au sujet des luttes sociales, en particulier l’antispécisme, le féminisme et le sentientisme (pour le dire brièvement : la défense de tous les individus sentients).
Je m’efforce de baser mon activisme sur des données et des arguments solides, et de partager ce que j’apprends pour que le mouvement puisse être le mieux équipé possible. Une grosse partie de mon temps militant est donc consacrée à la vulgarisation. Je produis différents types de contenu : des posts très courts sur les réseaux, mais aussi des vidéos, articles et conférences. Récemment, j’ai par exemple donné une conférence sur la notion d’espèce (et je vous parie que vous ne savez pas vraiment ce que c’est !).
2| Qu’est-ce qui est le plus difficile dans votre activisme ?
C’est assez frustrant de répéter encore et toujours la même chose, de répondre une énième fois aux mêmes mauvais arguments, déjà démystifiés cinquante fois. Le tout en restant patiente et bienveillante. Et tout cela pour des avancées tellement lentes, tellement minimes par rapport aux milliards de victimes.
De façon plus personnelle, ça me rend parfois triste de constater l’écart qui se creuse avec certain·es proches : on s’aime, mais on ne comprend pas les positions de l’autre. Et par moments, c’est difficile de constater que les gens qui comptent pour moi, que je vois comme des personnes aimantes, contribuent à l’exploitation et la mise à mort d’autres individus sentients alors qu’elles pourraient faire autrement.
3| Qu’est-ce qui vous semble compliqué avec l’antispécisme ?
Le double standard de la gauche.
Le spécisme est lui aussi une oppression systémique. On retrouve à de nombreux égards les mêmes mécanismes sociologiques et psychologiques, les mêmes arguments, les mêmes freins que dans les oppressions sexistes, racistes, validistes, et ainsi de suite.
Pourtant, les milieux “de gauche” peinent à prendre conscience du problème du spécisme. Pire : ils mobilisent parfois les mêmes arguments que nos opposant·es politiques. Vous savez, “ils ne sont pas comme nous”, “on a toujours fait comme ça”, “c’est la tradition”, “c’est contre-nature”, “il y a des choses plus importantes”, etc.
De manière plus générale, la mauvaise compréhension du spécisme et de l’antispécisme, trop souvent réduit au véganisme, lui-même parfois confondu avec le végétalisme et perçu comme un régime amincissant ou une cure miracle.
Bref, si vous deviez ne retenir qu’une chose : l’antispécisme est une lutte sociale.
4| Qu’est-ce qui vous énerve avec l’antispécisme ?
Le manque de convergence avec les autres luttes et l’inquiétante complaisance vis-à-vis de la droite de la part d’une certaine partie du mouvement.
5| Quel(s) contenu(s) auriez-vous envie de recommander ?
Pour les camarades de gauche qui ont un angle mort sur le spécisme : le travail de Sarah Zanaz, en particulier son article sur le spécisme systémique, l’intervention de Florence Dellerie sur la chaîne “À gauche” et la vidéo de Yohann Hoarau sur les définitions du spécisme.
Pour les antispécistes qui ont un angle mort sur le reste des luttes de gauche : une autre interview de Florence Dellerie sur le podcast “Comme un poisson dans l’eau” au sujet de la tribune “Antispécistes contre l’extrême droite”.
Et pour tout le monde : la musique du duo ACS (“À contre sens”) !

