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Entre évolutions culturelles, percées politiques et juridiques, développement des alternatives végétales à la cantine et au supermarché, les nouvelles ne sont pas si mauvaises pour les animaux. Bilan détaillé des progrès de l’animalisme au pays des Lumières.
N’importe qui ne devient pas végane. Pourquoi certaines personnes parviennent à sortir de la norme, boycotter l’exploitation animale et éventuellement militer contre elle ? Parmi les innombrables choses qui influencent de telles décisions, les études ont repéré plusieurs traits caractéristiques corrélés au véganisme ou au végétarisme. Nous sommes en moyenne plus empathiques, plus diplômés[1], plus réflexifs, … et probablement plus dépressifs[2].
Nous ne fermons pas les yeux sur ce que les victimes subissent dans les filets de pêche, les élevages et les abattoirs. La plupart d’entre nous considèrent que notre famille, nos amis, les personnes que nous aimons, participent chaque jour au plus grand crime jamais commis par l’humanité. Nous avons un sentiment d’impuissance, quand malgré les mobilisations la consommation de viande poursuit son augmentation[3], que les victimes sont de plus en plus nombreuses et que le ministre chargé du bien-être animal ne semble être qu’un prestataire au service des industries de la pêche et de l’élevage. Parmi nous, certaines perdent tout espoir, se mettent à considérer que l’apparition de la conscience est un mauvais tour qu’a joué l’évolution, avec la souffrance pour nous motiver à agir et l’instinct de survie pour nous empêcher d’en finir. Alors il arrive, trop souvent, que certaines d’entre nous démissionnent. De la cause animale, dans le meilleur des cas, mais aussi parfois de la vie.
Je ne sais pas si la vie recèle plus de souffrances que de joies[4]. Mais il y a de bonnes raisons de penser qu’un monde meilleur pour les humains et les autres animaux arrive peu à peu. Qu’il ne faut pas perdre espoir.

L’évolution rapide des humains
Alors que le genre Homo est apparu sur Terre il y a 2 800 000 ans, et que notre espèce est apparue il y a 300 000 ans, cela ne fait que 8500 ans que les humains pratiquent l’élevage. À l’échelle de temps de la présence de vie sur Terre, tout ceci ne constitue qu’un clin d’oeil[5]. Ces derniers siècles, les progrès technologiques et moraux ont été fulgurants pour une partie de l’humanité. Notre époque voit se côtoyer des systèmes agricoles issus du néolithique (où les paysans n’utilisent que des instruments manuels sommaires) et des moissonneuses batteuses automatisées permettant à un seul exploitant de récolter 1000 fois plus. La médecine et la psychologie font aussi des progrès rapides. Au Canada, en 75 ans, le taux de survie après détection d’un cancer est passé de 25 % à 64 %. Nous comprenons et soignons aussi de mieux en mieux les troubles psychiques. Par exemple, les personnes atteintes de trouble de la personnalité borderline se rétablissent après traitement dans la majorité des cas, avec un rétablissement qui, en général, perdure[6]. Du côté des progrès moraux, les évidences d’aujourd’hui sont parfois fâcheusement récentes. Le viol conjugal n’est pénalisé en France que depuis 1990, la même année où l’OMS retire l’homosexualité de la liste des maladies mentales. L’esclavage humain n’a été aboli légalement qu’en 1999 au Niger[7]. Ces progrès paraissent bien trop lents à l’échelle de nos vies, mais les cultures humaines évoluent plus vite que jamais. L’angoisse réactionnaire face à l’évolution des mœurs, appelée bien-pensance, ou au « wokisme », peut aussi être prise comme un signe du progrès réalisé ces dernières années[8]. La suite de cet article va s’attarder sur quelques raisons pour lesquelles la consommation de Xanax devrait être plus élevée chez les carnistes que chez les véganes.
La lame de fond culturelle
Nous sommes des animaux ultra-sociaux pour qui la norme de comportement influence nos choix alimentaires et éthiques. Les lieux communs à ce propos sont de noter comme peu de Français ont envie de manger des larves ou du chien, ou encore comme d’anciennes pratiques telles que les supplices en place publique ou l’esclavage humain nous font maintenant horreur. Les pratiques minoritaires sont rejetées et dénigrées parce qu’elles sont minoritaires, et il suffit d’un plus grand nombre de pratiquants pour que ce stigmate s’affaiblisse, puis disparaisse.
Même si cet article se concentre sur le cas français, on peut noter que la banalisation du végéta*isme est beaucoup plus nette dans d’autres pays[9]. Une étude allègue par exemple que le nombre de végétaliens au Royaume-Uni a augmenté de 1,1 million entre 2023 et 2024. Depuis 2021, les restaurants universitaires de Berlin ne servent presque plus de viande. Aux États-Unis, Sodexo a fait du repas végane le choix par défaut dans 400 restaurants universitaires, avec un taux de prise de 81%.
Cette normalisation est constante pour le véganisme et l’antispécisme, ne serait-ce que parce que l’intérêt pour ces sujets s’est développé depuis ces 10 dernières années et perdure. Les analyses Google Trend pour des termes tels que « végane », « spécisme » ou « L214 » en France montrent un intérêt s’étant accru de 2011 à 2016, jusqu’à atteindre un plateau depuis 8 ans[10]. Même si les statistiques mondiales montrent une lente érosion d’intérêt depuis 2020, il est devenu clair que le véganisme n’est pas une mode.
Il y a une quinzaine d’années, nommer une seule célébrité végane était un challenge. Parmi les célébrités ayant assumé leur véganisme ces dernières années, on compte Billie Eilish, Joaquin Phoenix, Ariana Grande, Greta Thunberg… En France, le végétarisme éthique (dont le véganisme) est aussi assumé par quelques personnalités comme Nagui, Petit Biscuit, Eric Antoine, Greg Guillotin, GiedRé, Sissy Mua ou encore Guillaume Meurice.
Le nombre de personnes boycottant la chair animale ou toute exploitation animale reste cependant marginale, avec environ 2,2 % de végétariennes en France dont 0,3 % de véganes. En revanche, 64% des Français sont favorables à la mise en œuvre de politiques publiques amenant à réduire de 50% la consommation de viande et de poisson en 5 ans. Ils sont même 25% à déclarer que manger de la viande n’a pas de sens dans le monde actuel[11].
Les chaînes Youtube et comptes sur les réseaux sociaux de cuisine végane se sont développés et gagnent en audience : Lloyd lang (231k abonnés youtube), TheChefTomy (630k abonnés sur Instagram), Healthalie (300k abonnés sur Instagram), Healthy.lalou (373k sur Instagram), le.renard.et.les.raisins (570k abonnés sur Instagram), La petite Okara (100k abonnés sur Youtube)…
Depuis la création du Parti animaliste en 2016, EELV et LFI se sont dotés d’une commission condition animale, et plusieurs hauts responsables de ces partis sont végétariens. En 2022, Aymeric Caron est le premier député ouvertement antispéciste à siéger à l’Assemblée Nationale et Jean-Luc Mélenchon s’est exprimé à plusieurs reprises contre le spécisme. Il y a désormais 76 élus délégués à la condition animale dans des villes de plus de 50 000 habitants en France.
Le changement s’inscrit aussi dans la loi
L’influence culturelle facilite les évolutions législatives, même si pour l’instant celles-ci sont très fortement limitées par les intérêts économiques, qui priment sur l’opinion publique. Alors que l’attention portée à la condition animale peut fluctuer d’un mois sur l’autre suivant l’actualité, et s’effriter au fil des ans, les évolutions législatives ont un caractère plus durable. Ainsi, depuis l’interdiction du broyage des poussins par décret ministériel en 2022, les couvoirs se sont équipés en machines de sexage in-ovo. Revenir aux anciennes pratiques serait à la fois coûteux et inacceptable pour la population, une fois la démonstration faite que ces violences n’étaient pas nécessaires.
On constate ces dernières années une accélération des changements. La loi du 10 juillet 1976 fonde la politique de protection animale, mentionnant que “Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce.” En 1999, le Code civil est modifié pour que les animaux ne soient plus assimilés à des choses. En 2013, la Commission européenne interdit l’expérimentation animale dans l’UE pour les cosmétiques et l’import de produits testés sur les animaux. En 2015, la notion d’être vivant doué de sensibilité intègre le Code civil. En 2021, la loi prévoit la fin des spectacles de cétacés et la détention d’animaux sauvages dans les cirques itinérants. Elle abolit aussi l’élevage de visons et d’autres espèces pour la fourrure. La même année, la Commission européenne a annoncé sa volonté d’interdire l’élevage en cage d’ici 2027, suite à une initiative citoyenne baptisée End the Cage Age ayant recueilli 1,4 million de signatures. En 2022, la France a interdit le broyage des poussins, dont l’application partielle devrait tout de même éviter la mort de millions de poussins chaque année.
L’apport du mouvement écologiste
Alors même que l’utilisation des territoires par l’élevage et la prédation (pêche et chasse) sont les premières causes de destruction de la biodiversité[12], les associations écologistes ont mis très longtemps à s’emparer de ces sujets. La consommation de viande a longtemps été considérée comme une obligation, ou a minima une affaire personnelle dont il était inacceptable de se mêler. Heureusement, la banalisation du végéta*isme et l’accumulation des preuves scientifiques sur l’impact environnemental de l’exploitation animale a peu à peu changé la donne.
La prise en compte de l’alimentation carnée par l’écologisme politique
L’évolution de l’attitude du mouvement écologiste français vis-à-vis du végétarisme peut être observée à travers les programmes de son principal parti politique à l’élection présidentielle. En 2002 et 2007, l’impact climatique de la viande ou la possibilité de réduire sa consommation n’étaient même pas abordés dans les programmes des Verts. Le végétarisme est enfin vu comme un levier d’action pertinent en 2012, avec la proposition par EELV d’au moins un repas hebdomadaire végétarien dans les restaurations collectives. L’évolution dans le programme de l’élection présidentielle suivante est assez radicale, avec l’affirmation que « l’urgence climatique et environnementale impose d’engager le pays dans la transition alimentaire vers une consommation majoritairement végétale, durable, saine, respectueuse de l’environnement, des animaux et des humains » . En 2022, EELV propose d’instaurer « une alternative végétarienne quotidienne obligatoire dans les cantines scolaires » et de mettre fin à l’élevage intensif pour des raisons environnementales, sanitaires et éthiques. Il ménage cependant le naturalisme prescriptif d’une partie de ses électeurs en promettant de soutenir l’élevage paysan et de mettre fin au « développement de la « viande cellulaire », issue de procédés biotechnologiques, […] tout aussi déconnecté des solutions fondées sur la nature, de la relation humain-animal et de l’élevage paysan » que l’élevage intensif.
Les associations se mêlent enfin des assiettes
Parmi les associations écologistes, Sea Shepherd est un des précurseurs en matière de végétarisme, avec l’interdiction de consommer de la chair animale à bord des navires depuis leurs débuts en 1979, et le végétalisme imposé depuis 1999.
En 1998, le premier rapport Planète Vivante du WWF proposait déjà de réduire la consommation de viande et de lait. Il a cependant fallu attendre 2020 pour que la branche anglo-saxonne de cette association encourage clairement au végétarisme et au véganisme[13]Les mots végétarien et végane apparaissent en même temps dans les conseils alimentaires du WWF. La version antérieure de cet article encourageait seulement à réduire sa consommation . La représentation française du WWF reste beaucoup plus frileuse et n’ose encore que proposer un flexitarisme assez éloigné du concept de végétarisme flexible, puisqu’il consiste à manger de la viande 4 jours par semaine. Après 60 ans d’histoire[14], le WWF reste une association qui parle surtout du danger de la pollution plastique et de la « mauvaise pêche » pour la vie marine, tout en conseillant des recettes de poissons (et aucune alternative végétale) sur son site dédiée à la défense des océans.
L’autre grande association écologiste française, Greenpeace, fait mieux dans ce domaine, avec de grandes campagnes destinées à limiter la consommation de viande en France, et des dénonciations claires de l’influence des lobbies de l’élevage. Pourtant, encore en 2017, changer son alimentation n’était pas même abordé sur leur site internet comme une des solutions pour le climat.
Les structures écologistes davantage aiguillées par la science que par le naturalisme prescriptif[15] sont de plus en plus nombreuses à faire campagne sur la réduction de la consommation de viande et de poisson. En 2019, le cabinet d’étude Carbone 4 place l’adoption du régime végétarien comme l’écogeste le plus efficace pour le climat[16]. La même année, le rapport Pulse Fiction publié par Solagro prévoyait une population française comportant 26 % de végétariens et 14 % de végétaliens en 2050 afin d’atteindre les objectifs climatiques fixés par la COP21. Le Shift Project conseille de faire des repas végétariens la norme dans la restauration collective. Le Réseau Action Climat a quasiment effacé le local et le bio de ses recommandations alimentaires pour se concentrer sur la végétalisation. Avec la Société Française de Nutrition, il milite pour que l’État recommande une division par deux de la consommation de viande rouge.
Évolutions politiques motivées par l’écologie ou la santé
Les actions du mouvement écologiste, conjointement aux associations défendant le végéta*isme (Association Végétarienne de France, Assiettes Végétales, Observatoire National des Alimentations Végétales …), mènent à des évolutions législatives motivées par des considérations environnementales (et parfois sanitaires) favorables aux animaux.
En 2018, la loi Egalim introduit l’expérimentation d’un menu végétarien hebdomadaire dans les cantines, rendu obligatoire par la loi Climat et Résilience de 2021. Cette dernière propose aussi aux établissements scolaires qui le souhaitent de mettre en place une option végétarienne quotidienne, alors que jusqu’alors un décret paru en 2011 rendait obligatoire un certain nombre de repas de viandes et poisson chaque semaine.
Les repas végéta*iens se font une place également dans les établissements publics de santé, qui sont tenus de proposer une option quotidienne, ainsi qu’à l’université où l’objectif est de servir 30% de repas végétariens en 2025 et 50% en 2030 (soit 25 millions de repas).
En 2023, le Conseil d’État a enterré définitivement certaines chasses dites « traditionnelles » entraînant des morts lentes (la chasse à la glu et de pièges appelés tenderies). La même année, la Cour des Comptes recommande de « définir et rendre publique une stratégie de réduction du cheptel bovin cohérente avec les objectifs climatiques du « Global Methane Pledge » signé par la France, en tenant compte des objectifs de santé publique, de souveraineté alimentaire et d’aménagement du territoire », ce qui malheureusement provoque un tollé du secteur économique concerné, de la droite et du gouvernement.
L’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME) assume elle aussi l’ambition de changer les habitudes de consommation des Français. Dans différents scénarios de son rapport Transition(s) 2050, elle propose des scénarios impliquant des baisses significatives de la consommation de viande, allant jusqu’à 70%. L’organisme public a également participé à la création de comparateurs d’empreinte carbone dans l’alimentation, comme Agribalyse et Impact CO2 (complétés par l’initiative privée Foodprint), pouvant servir d’outils de vulgarisation et d’aide à la décision pour le grand public et les responsables politiques.
Selon les experts du GIEC, les protéines végétales et la viande de culture ont le potentiel nécessaire pour remplacer la viande, tout en ayant une empreinte carbone nettement inférieure. Pour limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 °C, ils proposent parmi les solutions envisageables « un changement important de mode de vie incluant l’adoption d’un régime nettement moins gourmand en produits d’origine animale ».
Côté santé, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) a actualisé en 2017 ses recommandations nutritionnelles pour la population française. Des changements sont observés par rapport aux précédentes versions. L’Agence insiste notamment sur la nécessité de réduire considérablement la consommation de charcuteries (telles que le jambon, saucisson, saucisse, pâté, etc.) afin qu’elle ne dépasse pas 25 g par jour. La consommation de viandes hors volailles (telles que le bœuf, porc, agneau, etc.) devrait quant à elle ne pas dépasser 500 g par semaine. L’Agence nationale de santé publique recommande elle aussi la diminution de la consommation de viande rouge et l’augmentation de la consommation de légumineuses, de céréales complètes et de fruits et légumes.
La professionnalisation du mouvement animaliste
L’intérêt persistant pour l’animalisme, y compris pour l’abolition de l’exploitation animale, a orienté la carrière de militantes maintenant en poste en tant que chercheuses, journalistes, lobbyistes et entrepreneures. D’autres professionnelles s’engagent dans la cause animale alors que leur carrière est déjà bien engagée.
Les dons aux associations animalistes sont en progression, et la cause animale est la 3e cause suscitant le plus d’intentions de don en 2024. L’essentiel de cette manne est orientée vers la défense des animaux de compagnie, avec par exemple 35,5 millions d’euros collectés en 2022 par la SPA. L214 disposait à sa création en 2008 d’un budget de 48 000 €, qui a atteint 1 million d’euros en 2015, 4,8 millions d’euros en 2019 puis 8,3 millions d’euros en 2022. De plus petites associations prometteuses comme Assiettes végétales, PAZ ou Convergence Animaux Politique suivent des dynamiques similaires (à bien moindre échelle)[17].
L’amélioration des connaissances scientifiques plaide en faveur des animaux
Les mauvais traitements envers les animaux reposent entre autres sur une méconnaissance (souvent complaisante) des conséquences pour les premiers intéressés, mais aussi pour la santé, l’environnement, l’économie… Heureusement, le mensonge et l’ignorance ne sont pas des bases inébranlables, et l’amélioration des connaissances universitaires infuse peu à peu auprès des institutions et du grand public. Quand il n’est pas question de développer de nouvelles technologies utilisées pour l’exploitation animale, la science avance quasiment toujours en faveur des animaux, corrigeant des sous-estimations des impacts négatifs de leur asservissement.
En 2024, la Déclaration de New York sur la conscience animale établit le consensus sur la capacité à vivre des expériences consciente chez les mammifères et les poissons, ainsi que la forte présomption de conscience chez tous les autres vertébrés, les décapodes, les céphalopodes et certains insectes. Ce texte très court conclut que « lorsqu’il existe une possibilité réaliste d’expérience consciente chez un animal, il est irresponsable d’ignorer cette possibilité lorsque nous prenons des décisions qui concernent cet animal. Nous devrions prendre en compte les risques relatifs à leur bien-être et utiliser les résultats scientifiques pour élaborer nos réponses face à ces risques ».
La Déclaration de Montréal sur l’exploitation animale, publiée en 2022, détient probablement le nombre record de signataires pour un texte philosophique universitaire. Elle affirme sans équivoque que « parce que l’exploitation animale nuit aux animaux sans nécessité, elle est foncièrement injuste. Il est donc essentiel d’œuvrer à sa disparition, en visant notamment la fermeture des abattoirs, l’interdiction de la pêche et le développement d’une agriculture végétale ».
De nouveaux produits facilitent les changements de pratiques
Les habitudes, le conformisme et les intérêts gustatifs et économiques ont apparemment plus d’impact que l’éthique sur les choix alimentaires quotidiens. C’est pourquoi la diffusion des alternatives végétales revêt un potentiel gigantesque. Ces nouveaux aliments pourraient non seulement alléger le nombre de victimes engendrées par l’alimentation, mais aussi faciliter en retour l’adoption d’opinions animalistes, en diminuant les raisonnements motivés par lesquels les mangeurs de viande justifient les violences faites aux animaux.
Le secteur des spécialités alimentaires végétales connaît une croissance régulière en variété, qualité et volume et les investisseurs et les entrepreneurs continuent d’investir massivement leur énergie et leur argent dans l’avenir de l’alimentation.
Sur le marché américain, leader en matière de viande végétale, la viande végétale occupe déjà 1,4% du marché de la viande. En France, la progression est en moyenne de 3,5% pour toutes les alternatives végétales, mais les champions européens sont les Pays-Bas et l’Allemagne, où elles sont quatre fois plus consommées. En Europe, les ventes de viande végétale ont augmenté de 21 % entre 2020 et 2022, tandis que les ventes de viande animale ont diminué de 8 % au cours de la même période. Dans le même temps, les ventes de lait végétal ont augmenté de 20 %, tandis que les ventes de lait animal ont diminué de 9 %. Le lait végétal est l’alternative à un produit animal la plus vendue au monde (45 % des recettes en France) et continue de progresser, avec un taux de croissance annuel mondial prévu de 15,5 % entre 2022 et 2029.
Depuis 2013, la viande de culture était une hypothèse incertaine, potentiellement trop coûteuse à produire en masse. Mais il semble qu’elle atteigne enfin les rayons des supermarchés anglais en tant qu’ingrédient d’une nourriture pour chats commercialisée par la société Meatly au coût de 1£ par boîte de 150 g.
Conclusion
Il y a 4 ans, j’imaginais dans les colonnes de L’Amorce comment la fin de l’exploitation animale pourrait être décrochée en 2114. Pour l’instant, ces prédictions restent réalistes. Les nouvelles recommandations alimentaires nationales pourraient effectivement prendre en compte l’impact environnemental, les menus végétariens dans les cantines se normalisent avec le temps et je viens d’écouter la représentante du Parti animaliste, Hélène Thouy, préciser le concept du spécisme au présentateur Pascal Praud qui semblait plutôt séduit par son discours.
Nous ne sommes qu’au début du chemin. Mais nous avons les meilleurs arguments et une plus grande cohérence de notre côté. Les animalistes ne sont plus seuls. Ils peuvent compter sur de précieux alliés dans le milieu écologiste, dans les entreprises, dans les universités et les institutions politiques. Soyons heureux de chaque victoire, de chaque pas, continuons de faire reculer la cruauté partout où elle est, saisissons la chance d’avoir un impact positif sur le monde.
Frédéric Mesguish
Post scriptum.
Le 18 janvier 2024, mon amour-camarade Mathilde a mis fin à ses jours. Elle ne l’a pas fait sur un coup de tête, mais après un long processus de maturation l’ayant menée au désespoir et à la résolution qu’il valait mieux qu’elle meure. Élevée dans une famille catholique, elle avait rejeté fermement la religion après avoir constaté le silence de la Bible et des croyants sur les souffrances innommables infligées aux animaux pour de simples préférences alimentaires. Elle était douce, espiègle et dévouée aux autres. Je crois que sa compassion et une utilisation malsaine des réseaux sociaux la faisait beaucoup souffrir. Alors qu’elle aimait énormément les enfants et aurait adoré être mère, elle s’était stérilisée pour ne pas être tentée de faire naître un enfant dans un monde qui lui paraissait trop cruel. En errance thérapeuthique auprès des psys, elle n’arrivait pas à conserver un projet ou un emploi suffisamment longtemps pour conserver son estime d’elle-même. Elle admirait les altruistes efficaces et regrettait de ne pas arriver à travailler comme eux. Face à des échecs répétés, elle prit la décision de rejeter l’aide qui lui était tendue, les conseils psy, les médicaments, les activités qui avaient un sens pour elle et les opportunités de vivre auprès de personnes qui auraient pu la soutenir. Elle l’a fait parce ce que les accepter aurait ébréché sa détermination à en finir avec la vie. Les nombreuses personnes qui l’aimaient, moi le premier, n’ont pas su la contraindre à aller mieux.
Le regret et la culpabilité sont le lot de tous ceux qui perdent un être cher. Je suis convaincu que Mathilde aurait pu être heureuse, si j’avais su être auprès d’elle et l’accompagner dans ses épreuves. Voici un texte que j’aurais aimé écrire pour elle quand il était encore temps. Un texte pour dire que si nous vivons dans un monde terrible, chacune d’entre nous est porteuse d’une raison d’espérer.
Chacune d’entre nous peut faire la différence pour des milliers d’êtres conscients qui partagent notre monde. Le chaos des mauvaises nouvelles et des images chocs ne doit pas nous faire perdre de vue qu’il y a de bonnes raisons de penser qu’un monde meilleur pour les humains et les autres animaux arrive peu à peu. Qu’il ne faut pas perdre espoir.
Notes et références
| ↑1 | En Europe, les ovo-lactovégétariens semblent plus diplômés que les mangeurs de viande, mais en France les véganes semblent moins diplômés que la moyenne. |
|---|---|
| ↑2 | Les preuves de l’effet des régimes végétariens et végétaliens sur la dépression sont contradictoires, mais il y a deux fois plus d’études ayant conclu à un effet négatif qu’à un effet positif. Association between vegetarian and vegan diets and depression: A systematic review, Nutrition bulletin 2022 |
| ↑3 | La consommation de viande en France est en augmentation continue depuis plusieurs décennies, contrairement à la consommation par personne. Comme détaillé dans cet article, si l’objectif est l’abolition de l’exploitation animale, deux facteurs clés me semblent bien plus cruciaux que le nombre de victimes une année donnée : la prise en compte culturelle des intérêts des animaux et la facilité à se passer de l’exploitation animale. |
| ↑4 | A titre personnel, la théorie de la prédominance de la souffrance dans la nature me semble mieux fondée que la théorie concurrente que je soutiens dans l’article En faveur de l’idée d’une prédominance du bien-être dans la nature. Cependant, toutes deux me semblent suffisamment incertaines pour qu’il soit préférable de suspendre son jugement. |
| ↑5 | Une expérience intéressante pour mieux comprendre ces échelles de temps est de regarder cette animation de la chaîne Kurzgesagt, qui retrace 4,5 milliards d’années terrestres en 1 heure https://www.youtube.com/watch?v=S7TUe5w6RHo&ab_channel=Kurzgesagt%E2%80%93InaNutshell |
| ↑6 | Pourtant, au moins 75% des personnes présentant un trouble de la personnalité borderline tentent de se suicider et 10% d’entre eux meurent par suicide . La page wikipédia décrit bien les progrès de la psychiatrie, avec par exemple le premier antidépresseur découvert en 1957. La chaîne Psychocouac vulgarise les connaissances actuelles sur les troubles mentaux. |
| ↑7 | Sainte Bathilde, reine des Francs, interdit le commerce des esclaves en France au 7e siècle, mais l’abolition dans les colonies françaises n’aura lieu qu’en 1848. Le dernier Etat à abolir l’esclavage est le Niger en 1999. |
| ↑8 | Un ami m’a dernièrement fait remarquer qu’on forme essentiellement ses goûts musicaux entre 10 et 20 ans, ce qui nous donne toute notre vie un goût particulier pour les morceaux écoutés pendant notre jeunesse. Je crois que c’est la même chose pour les normes sociales : je constate que beaucoup de leaders d’opinion grisonnants semblent bloqués sur ce qu’ils considéraient être convenable lorsqu’ils étaient encore étudiants. |
| ↑9 | 12 % des Allemands, six fois plus qu’en France, sont végétariens ou véganes. Un tiers des jeunes Allemands de 14 à 29 ans se déclarent végétariens, voire véganes, selon l’institut de sondages Allensbach. |
| ↑10 | On peut cependant constater une légère érosion depuis 2016 |
| ↑11 | Ces chiffres sont accessibles sur le site Politique et Animaux, rubrique Opinion Publique, où de nombreux sondages montrent un décalage important entre les aspirations collectives des Français d’une part et les politiques publiques ainsi que les choix individuels de consommation d’autre part. Pour plus d’explication sur ce phénomène, vous pouvez consulter l’article Bien-être animal : pourquoi nos achats ne reflètent pas nos préférences ? de Romain Espinosa. |
| ↑12 | Les causes de perte de biodiversité ont plus ou moins d’impact en fonction des localisations, mais l’exploitation animale joue un rôle prépondérant dans les grands moteurs de cette évolution. Les institutions scientifiques détaillent rarement ce que cache la destruction des habitats. Mais 80% à 90% de la déforestation est liée à l’exploitation agricole. Environ 80% des terres agricoles sont destinées à l’élevage. |
| ↑13 | Les mots végétarien et végane apparaissent en même temps dans les conseils alimentaires du WWF. La version antérieure de cet article encourageait seulement à réduire sa consommation |
| ↑14 | Dans les grandes campagnes mises en avant, vous pourrez chercher longtemps celles s’attaquant aux deux premières causes de perte de biodiversité sur terre : la chasse et la pêche. |
| ↑15 | La méfiance envers les technologies a historiquement été une force motrice de nombreuses campagnes écologistes anti-OGM, anti-nucléaire et anti-plastique. L’attachement aux techniques simples et anciennes, semblant naturelles, explique que beaucoup d’associations écologistes préfèrent défendre l’élevage extensif (pourtant le plus impactant pour le climat et la biodiversité) plutôt que de soutenir les produits transformés pouvant remplacer les produits animaux. |
| ↑16 | D’autres écogestes non listés, comme arrêter de se déplacer en voiture ou ne pas faire d’enfants, auraient cependant plus d’impact. |
| ↑17 | Il existe cependant des contre-exemples, avec l’AVF dont les recettes déclinent légèrement et CIWF qui progresse bien plus doucement entre 2022 et 2023. |

