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Kimberly Costello et Gordon Hodson, chercheurs de psychologie sociale réputés dans le champ des relations intergroupes, étudient le spécisme et l’animalisation de groupes humains. Dans cet article[1], ils mettent en évidence le poids de l’attachement à la domination sur les animaux et ses implications désastreuses (racisme, xénophobie…) aussi pour les humains.
Le PDF de l’article est téléchargeable ici.
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Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres. George Orwell (1945)
Dans son roman satirique La ferme des animaux[2], George Orwell propose une vision dystopique de la société. Dans cette allégorie, les animaux de la ferme font la révolution pour se libérer des humains et instaurer à la place le règne des animaux. Ils se dotent d’abord de sept commandements, le plus important étant « Tous les animaux sont égaux ». Cependant, les cochons deviennent rapidement les leaders du groupe et imposent leur hiérarchie et leurs règles aux autres animaux. Depuis leur position dominante, ils révisent le commandement originel, conservant un vernis d’égalité tout en jetant les bases d’une inégalité systémique (c’est-à-dire : « mais certains sont plus égaux que d’autres »). L’ouvrage d’Orwell était clairement une critique adressée à l’humanité, et non aux animaux : en adoptant une psychologie humaine, les cochons se sont mis en position de supériorité et ont rationalisé l’inégalité et l’oppression. Mais, en tant qu’allégorie, cette histoire fonctionne à plusieurs niveaux et est pertinente pour une discussion sur les relations entre les humains et les autres animaux, reconnaissant que la position de groupe est une construction sociale qui est négociée (ou le plus souvent, imposée par le dominant). C’est la division entre soi et « l’autre » qui est au cœur des systèmes de domination et qui, selon nous, sous-tend de nombreux défis auxquels sont confrontés non seulement les animaux[3] mais aussi les autres humains (en particulier ceux qui sont déshumanisés par animalisation). Cette division, telle qu’elle est perçue, est, à proprement parler, de nature psychologique ; des divisions sont créées là où il n’y en a pas, ou sont exagérées là où il y en a. À quelques exceptions notables près[4], la littérature en psychologie est pourtant restée largement silencieuse sur les implications des relations humains-animaux, en particulier en ce qui concerne les relations humains-humains.
la division entre soi et « l’autre » est au cœur des systèmes de domination ; des divisions sont créées là où il n’y en a pas, ou sont exagérées là où il y en a
Ce silence s’explique probablement par la tendance extrêmement forte et quasi universelle des humains à se considérer comme distincts et supérieurs au reste du monde animal. En tant que discipline scientifique, la psychologie elle-même a largement utilisé les animaux pour mieux comprendre la nature humaine, une grande partie de cet usage des animaux étant caractérisée par la négligence et même des actes de maltraitance délibérée[5]. En effet, la croyance répandue en la supériorité et au statut privilégié des humains est si forte qu’elle présente les caractéristiques d’un truisme ; c’est-à-dire qu’elle est largement partagée et peu remise en question et qu’elle nécessite peu de défense ou d’explication[6]. Non seulement les humains ont tendance à voir les animaux comme différents, mais ils les considèrent comme inférieurs, comme qualitativement différents des humains (en dépit des recherches contemporaines démontrant de fortes similitudes). Comparativement aux humains, on considère largement que les animaux ressentent peu de douleur, qu’ils apprécient (et « exigent ») leur propre exploitation et qu’ils sont peu sensibles ou peu conscients d’eux-mêmes[7]. Beaucoup de ces croyances ne sont que cela – des croyances. En termes psychologiques, cependant, elles sont puissantes en tant que rationalisations et légitimations ; le fait d’entretenir de telles croyances permet et facilite le mauvais traitement des animaux[8]. Le fait de considérer ces derniers comme différents des humains les place effectivement en dehors de nos « cercles de préoccupation »[9] et ils sont moins protégés par des préoccupations de justice, d’équité, d’égalité ou de moralité. De plus, la tendance à animaliser d’autres groupes humains, c’est-à-dire à les considérer comme des animaux, se traduit aussi par la suite par une moindre préoccupation morale à leur égard.
Il n’est pas surprenant que ce soit ce dernier aspect qui ait attiré l’attention de la littérature en psychologie, à savoir comment le fait de considérer certains humains comme des animaux a des conséquences négatives pour eux. Les théories de Leyens et al.[10], documentant systématiquement notre tendance insidieuse à infrahumaniser les autres, ont été particulièrement influentes. Plus précisément, ces chercheurs ont observé que, dans toutes les langues et dans toutes les cultures, les gens ont tendance à attribuer des émotions primaires (par exemple, la peur et la joie) à la fois aux humains et aux animaux, et à la fois aux groupes auxquels on appartient (endogroupes) et aux groupes externes (exogroupes). En revanche, nous avons tendance à considérer comme proprement humaines les émotions secondaires, telles que le remords, l’embarras, la culpabilité et la compassion. Ainsi, nous pouvons évaluer si un groupe humain est déshumanisé en examinant dans quelle mesure on lui dénie l’existence de ces émotions (perçues comme) spécifiquement humaines. Haslam propose de considérer deux formes fondamentales de déshumanisation[11] : (a) le fait de dénier à une cible sociale des qualités « proprement humaines », soit une forme de déshumanisation animalisante[12] ; et (b) le fait de dénier à une cible sociale la nature humaine, soit une forme de déshumanisation mécaniste (par exemple, considérer les gens comme des automates semblables à des machines). Plutôt que de se concentrer sur l’attribution ou non d’émotions secondaires, Haslam et al. examinent dans quelle mesure des caractéristiques ou des traits[13] sont considérés comme descriptifs de l’exogroupe[14]. La distinction entre les déshumanisations animalisante et mécaniste a été confirmée empiriquement, bien que certains groupes (comme les personnes asexuelles[15]) soient déshumanisés sur ces deux modes. D’autres théoriciens examinent la manière dont les cibles sociales comme les exogroupes sont décrites avec des mots applicables aux humains (par exemple : « humanité », « personne », « gens ») ou applicables aux animaux (par exemple : « créatures » et « bêtes »)[16], ou dans quelle mesure les cibles sont perçues comme possédant un esprit ou certains états mentaux comme la douleur[17]. Pour saisir le fondement commun à ces approches, nous définissons la déshumanisation comme « la perception et/ou la croyance qu’un autre individu (ou groupe) est relativement moins humain que soi (ou que notre endogroupe)[18] ».
Compte tenu des manifestations horribles de déshumanisation au cours du vingtième siècle (par exemple, l’Holocauste), il est plutôt déroutant que la grande majorité des textes de psychologie sociale, y compris ceux sur les préjugés et la discrimination, consacrent si peu d’attention à la déshumanisation des exogroupes[19]. L’intérêt que nous portons aux préjugés intra-humains a pourtant largement trouvé à se satisfaire par l’examen de la déshumanisation comme prédicteur [predictor] des préjugés. Par exemple, nous avons découvert que la sensibilité au dégoût interpersonnel (une aversion à l’idée d’entrer en contact avec d’autres personnes ou avec des objets qu’elles ont portés/touchés) prédit[20] des préjugés accrus à l’égard des immigrés, et ce en partie parce qu’elle contribue aux idéologies de droite et à la perception que les immigrés sont relativement moins humains que la société d’accueil[21]. Dans notre article « Social Dominance-Based Threat Reactions to Imimmigrés in Need of Assistance[22] », nous avons examiné comment la représentation des immigrés comme une menace influence la volonté de les aider. Dans l’Étude 1, les personnes ayant une orientation à la dominance sociale (SDO[23], voir encadré de la rédaction ci-dessous) élevée, qui approuvent les inégalités et les hiérarchies entre les groupes, étaient particulièrement réticentes à soutenir les nouveaux arrivants lorsqu’ils étaient perçus comme représentant une menace soit réaliste (realistic threat) (par exemple, la criminalité, ou la perte d’emplois ou de logement), soit symbolique (symbolic threat) (par exemple, la pratique d’autres langues ou de cultes différents). Dans l’Étude 2, nous avons reproduit ce résultat, mais nous avons également constaté que les personnes interrogées déshumanisaient particulièrement les immigrés qui représentaient une menace symbolique (c’est-à-dire non matérielle) afin de justifier ou de rationaliser leur réticence à les aider alors qu’ils ne présentaient objectivement aucune menace. Ces résultats corroborent l’idée que la déshumanisation des autres est un outil ou une stratégie pour légitimer l’animosité à l’égard de leur groupe lorsqu’elle n’est pas acceptée socialement. Étant donné les normes culturelles qui nient les droits des animaux, le fait d’assimiler les immigrés à des animaux facilite la levée des inhibitions liées à l’expression de l’hostilité à leur égard. La déshumanisation joue donc un rôle fondamental dans la libération des préjugés et des discriminations à l’égard d’une cible sociale (humaine).
L’orientation à la dominance sociale (social dominance orientation, SDO)
[L’échelle d’orientation à la dominance sociale mesure l’adhésion plus ou moins forte à des affirmations comme « Pour avancer dans la vie, il est parfois nécessaire de marcher sur les autres groupes » ou « Certains groupes de personnes sont tout simplement inférieurs aux autres ». Sidanius et Pratto la définissent comme « le degré auquel les individus souhaitent et soutiennent une hiérarchie entre les groupes et la domination des groupes “inférieurs” par des groupes “supérieurs” ». C’est une des deux grandes mesures des idéologies de droite en psychologie sociale, liée au soutien à des politiques publiques et politiques extérieures de droite (comme l’opposition à la redistribution ou la préférence pour une politique militaire extérieure agressive) et l’adhésion à de nombreux préjugés contre les groupes à bas statuts ou les groupes qui s’opposent aux hiérarchies sociales.]
Le modèle interespèces des préjugés
Nous formulons l’hypothèse que les discriminations envers des humains (racisme, sexisme, homophobie, etc.) sont liées de manière systématique et significative aux préjugés à l’égard des animaux. Cette corrélation trouve son origine en partie dans les droits. En effet, la lutte pour les droits civiques a été suivie par celle pour les droits des femmes, puis pour les droits des enfants et ceux des personnes homosexuelles, et des signes précoces indiquent que les droits des animaux gagnent également en influence culturelle[24]. Sur le plan psychologique, la reconnaissance des droits d’autres êtres à une vie sûre et épanouissante devient contagieuse dans une telle mesure que les systèmes d’oppression (comme l’esclavage humain) cessent d’être acceptés, et que des formes apparentées (par exemple, l’élevage industriel) deviennent elles-mêmes de plus en plus intenables et difficiles à justifier.
Mais en ce qui concerne certaines formes de préjugés comme le racisme, les liens entre les relations humain-animal et les relations intra-humaines peuvent représenter plus que la simple diffusion d’une pensée progressiste. En effet, la façon dont nous pensons aux animaux, et surtout dont nous les sous-valorisons, peut directement influencer l’expression des préjugés humains. Notre réflexion est partie de l’observation que les préjugés, tels que ceux à l’égard des immigrés ou des Noirs, sont prédits par les représentations mentales de ces groupes comme étant semblables à des animaux ou à des « sous-humains »[25]. Cela nous amène à poser la question suivante : quels sont les facteurs qui, à leur tour, prédisent la propension à considérer les autres comme moins qu’humains ? La réponse implique de nombreux facteurs cognitifs et motivationnels[26], mais un facteur théoriquement pertinent concerne la distance psychologique que nous percevons entre les humains et les animaux. Autrement dit, une croyance plus marquée en la différence et la supériorité des humains par rapport aux animaux alimente théoriquement les représentations des groupes extérieurs comme étant plus « animaux » (ou moins humains). Il n’y aurait aucun bénéfice à représenter d’autres groupes raciaux comme des animaux si les animaux eux-mêmes n’étaient pas d’abord considérés d’un point de vue psychologique comme inférieurs à nous, hors des domaines où nous exerçons soin et responsabilité. Le modèle interespèce des préjugés (Interspecies Model of Prejudice, IMP[27]) propose que la perception d’une plus grande différence entre humains et animaux (i.e. les humains comme différents et supérieurs aux animaux) conduit à la déshumanisation des exogroupes (des groupes humains « autres » sont « moins humains » [plus animaux] que nous), qui induit des préjugés négatifs à leur égard (par exemple, des stéréotypes, de la discrimination et le refus de protection). En tant que modèle de médiation psychologique, l’effet de la distinction entre humains et animaux sur les préjugés entre humains est théoriquement véhiculé par la perception des groupes extérieurs comme étant plus similaires aux animaux.
les discriminations envers des humains sont liées aux préjugés à l’égard des animaux
Notre test préliminaire de ce modèle[28] a consisté à administrer une série de questionnaires à un échantillon d’étudiants de premier cycle au Canada. Nous avons évalué les perceptions de la distinction entre humains et animaux (par exemple, « Les humains sont tellement différents des autres formes de vie que c’est une erreur que de les classer comme des animaux » et « Les humains sont supérieurs aux animaux »). La déshumanisation des exogroupes a été évaluée de deux manières : (a) basée sur les traits psychologiques, où les participants indiquent dans quelle mesure des caractéristiques générales de personnalité s’appliquent aux immigrés ; et (b) basée sur les émotions, où les participants évaluent dans quelle mesure des émotions primaires et secondaires sont ressenties par les immigrés. La motivation sous-jacente à ces mesures plutôt subtiles de la déshumanisation est que les participants seront relativement réticents à attribuer aux immigrés des caractéristiques (ouverture à l’expérience, conscience…) ou des émotions secondaires (par exemple, culpabilité et remords) qui sont largement considérées comme des marqueurs d’« humanité »[29]. Une adaptation de l’Échelle du Racisme Moderne[30] a mesuré les préjugés envers les immigrés (par exemple, « Les immigrés deviennent trop exigeants dans leur revendication de l’égalité des droits », ou « Les immigrés ne devraient pas s’imposer là où ils ne sont pas désirés »). Moins centrale pour le modèle IMP, nous avons également évalué l’orientation à la dominance sociale, la SDO[31], qui mesure à quel point les hiérarchies sociales apparaissent souhaitables, ainsi que l’orientation universelle[32], qui apprécie à quel point les participants perçoivent des similitudes plutôt que des différences entre les personnes.
Globalement, le modèle IMP a été largement validé[33]. Plus précisément, une distinction plus marquée entre humains et animaux était significativement associée à des préjugés plus marqués envers les immigrés (r = .43). Cependant, le modèle de médiation (distinction humain-animal → déshumanisation des groupes extérieurs → préjugés négatifs envers les groupes extérieurs) a été confirmé, de sorte que la relation entre la distinction humain-animal et les préjugés envers les immigrés devenait faible et non significative (chemin standardisé = .12) lorsque la déshumanisation des immigrés était incluse dans le modèle[34]. Ainsi, dévaloriser les animaux (par rapport aux humains) prédit un préjugé plus important envers un groupe humain extérieur (ici, les immigrés), ce qui s’explique par une déshumanisation accrue des immigrés.
la croyance en la différence et la supériorité des humains alimente les représentations de groupes humains comme étant plus « animaux »
Cela implique que la dévalorisation des animaux par rapport aux humains a des conséquences négatives pour les relations humaines intergroupes (en particulier lorsque le groupe extérieur en question est déshumanisé par animalisation). En théorie, réduire psychologiquement la distinction entre humains et animaux devrait donc interférer avec ce processus en freinant la déshumanisation des groupes extérieurs. En d’autres termes, penser à d’autres humains comme des animaux perd son utilité sociale si les humains et les animaux sont jugés psychologiquement proches. Une étude suivante[35] a directement testé cette hypothèse. Des étudiants de premier cycle ont été exposés à la lecture d’un article prétendument scientifique sur les humains et les animaux. Certains participants ont reçu une version soulignant les différences ; d’autres, une version soulignant les similitudes. Nous avons prédit que le fait de mettre l’accent sur les similitudes, et en particulier de présenter les animaux comme semblables aux humains, entraînerait des résultats positifs pour les groupes extérieurs, tels qu’une moindre déshumanisation, moins de préjugés envers eux, plus d’empathie et des représentations cognitives plus inclusives (c’est-à-dire, penser davantage en termes de « nous » qu’en termes de « nous contre eux »). Le raisonnement était le suivant : en « élevant » psychologiquement les animaux au niveau des humains, on enlève sa valeur à l’animalisation d’un groupe, entraînant de nombreux effets positifs en cascade. À l’inverse, insister sur les différences entre humains et animaux est susceptible de renforcer les pensées de supériorité, de différence et de dégoût, et percevoir des humains comme plus animaux devient alors menaçant[36]. Comme prévu, rendre expérimentalement saillant le fait que les animaux sont semblables aux humains a considérablement réduit la déshumanisation des immigrés et les préjugés envers eux, avec des bénéfices similaires d’augmentation de l’empathie et des représentations inclusives de nous et eux. Il est clair que la manière dont nous concevons les relations intergroupes humains-animaux a des implications pour les relations intergroupes humains-humains, ouvrant des possibilités prometteuses pour concevoir des stratégies d’intervention contre les préjugés qui bénéficieraient non seulement aux groupes humains marginalisés, mais potentiellement aussi aux animaux.
Nous avons exploré cette notion de séparation entre humains et animaux dans une série d’études menées en Australie (Études 1–2) et au Canada (Étude 3), en nous concentrant sur la similarité entre humains et animaux[37]. Ces études utilisaient des conceptions à la fois corrélationnelles et expérimentales, examinant si les gens pensent naturellement aux animaux comme semblables aux humains ou bien s’ils pensent aux humains comme semblables aux animaux, ainsi que les corrélats de ces pensées, la possibilité de les modifier et les implications pour les animaux et les humains. Dans chaque étude, les participants identifiaient (à partir d’une liste) les animaux pour lesquels ils se sentaient moralement obligés de montrer de la considération. Dans les études 1 et 2, les participants examinaient également une photo d’une vache ou d’un mouton et indiquaient dans quelle mesure, selon eux, l’animal manifeste une conscience (par exemple, ressent des sensations et fait montre d’intelligence). La troisième étude évaluait également le spécisme (la disposition à exploiter les animaux à des fins humaines) et la mesure dans laquelle les participants estimaient devoir intervenir ou prendre position si certains groupes humains marginalisés (par exemple, les Noirs, les musulmans) étaient traités de manière injuste ou défavorable. Comme on pouvait s’y attendre, le fait de considérer les animaux comme semblables aux humains (plutôt que les humains comme semblables aux animaux) était associé à des cercles moraux plus inclusifs pour les animaux (c’est-à-dire à une plus grande préoccupation pour plus de types d’animaux), à une plus grande attribution de la conscience (en particulier des sensations) aux vaches ou aux moutons, et à une réduction significative du spécisme. D’un intérêt particulier pour la perspective de l’IMP (pour rappel : Interspecies Model of Prejudice), les incitations à considérer les animaux comme semblables aux humains (plutôt que les humains comme semblables aux animaux) ont considérablement augmenté la préoccupation morale pour les exogroupes humains.
À ce jour, les preuves accumulées montrant que les perceptions de la séparation entre humains et animaux peuvent influencer les attitudes non seulement envers les animaux, mais aussi envers les humains, provenaient de participants en âge d’aller à l’université. Étant donné que les préjugés raciaux apparaissent dès le plus jeune âge (atteignant un pic autour de cinq à sept ans[38]), est-il possible que la façon dont les enfants conçoivent les relations entre humains et animaux impacte de la même manière la déshumanisation des exogroupes humains et les préjugés à leur égard ? Si tel est le cas, cela pourrait avoir des implications sérieuses pour le développement des interventions contre les préjugés. Dans la série d’études suivante, nous avons donc examiné la possibilité de mesurer la déshumanisation des groupes extérieurs chez les enfants en utilisant des adaptations des mesures subtiles employées avec les adultes, et nous nous sommes demandé si cette déshumanisation des groupes extérieurs joue un rôle médiateur expliquant pourquoi les perceptions de division entre humains et animaux sont associées à une augmentation des préjugés à l’égard des groupes humains extérieurs.
Dans l’Étude 1[39], nous avons recruté un petit échantillon (n = 20) d’enfants canadiens blancs âgés de six à dix ans. Nous leur avons d’abord demandé comment ils perçoivent les animaux et les humains, avant de leur faire regarder une vidéo sur les relations entre humains et animaux, puis de mesurer à nouveau leurs perceptions de la séparation humain-animal. Diverses mesures ont été mises au point pour évaluer leurs perceptions des enfants blancs et noirs, leur perception des similitudes et différences entre humains et animaux, ainsi que de leurs capacités cognitives abstraites. Les résultats ont confirmé que les enfants déshumanisent systématiquement les cibles noires (par rapport aux cibles blanches). Plus précisément, les cibles noires se sont vu attribuer significativement moins de traits considérés comme relativement spécifiques aux humains et moins d’émotions considérées comme plus généralement éprouvées par les humains que par les animaux ; en revanche, aucune différence entre les cibles blanches et noires n’a été observée en termes d’attribution de traits ou d’émotions non exclusivement humains.
De plus, nous avons trouvé des preuves que les perceptions de la séparation entre humains et animaux chez les enfants étaient significativement (et considérablement) associées à une plus grande déshumanisation des Noirs, à davantage de préjugés anti-Noirs, à une perception accrue de similarités entre les personnes noires et les animaux, et à une attribution plus marquée de capacités cognitives inférieures dans les tâches impliquant la pensée abstraite. Bien qu’il ne soit pas clair que les similitudes entre les enfants et leurs parents (Étude 2) soient dues à des facteurs génétiques ou situationnels, il est néanmoins intéressant (et préoccupant) de constater que, chez les enfants, des perceptions plus marquées de la séparation entre humains et animaux étaient associées à des niveaux plus élevés de cette même perception chez les parents, ainsi que des niveaux plus élevés de SDO (orientation à la dominance sociale), de déshumanisation des Noirs et de préjugés anti-Noirs. De façon décisive, nos découvertes chez les enfants soutiennent l’IMP : une plus grande séparation humain-animal prédisait des préjugés anti-Noirs accrus, une relation entièrement expliquée par une plus grande déshumanisation des Noirs. Autrement dit, il n’y aurait pas de relation entre la séparation humain-animal et les attitudes interhumaines si cet effet n’était pas canalisé par une plus grande déshumanisation du groupe humain extérieur. La déshumanisation des groupes extérieurs (le fait de penser aux humains comme des animaux) fait essentiellement le lien entre notre façon de penser aux animaux et nos attitudes envers certains groupes humains. De manière encourageante, le fait de faire regarder aux enfants une vidéo divertissante sur les similarités entre humains et animaux réduit leur perception d’un clivage entre les deux groupes.
Notre passage en revue a jusqu’à présent illustré le fait que les relations entre humains et animaux sont pertinentes pour comprendre les relations intergroupes entre humains. Mais il n’est pas clair que les gens reconnaissent que c’est le cas. Dans une étude ultérieure[40], nous avons cherché à mieux comprendre ce qu’ils pensent des causes et des solutions aux préjugés intergroupes tels que le racisme. Des recherches antérieures montrent que les gens ont des croyances associées concernant les causes des préjugés et les solutions à leur apporter, croyances qui sont de nature défensive[41]. Pour aborder cette question dans un contexte relatif aux relations aux animaux, nous avons demandé à un échantillon d’étudiants de premier cycle d’une université canadienne, qui ne s’identifiaient pas comme Noirs, d’évaluer quels facteurs provoquent la déshumanisation des groupes humains extérieurs et les préjugés ethniques. Ces facteurs incluaient tout une gamme de paramètres (par exemple, l’étroitesse d’esprit, les menaces symboliques et les contacts négatifs), dont la séparation humain-animal. De même, les personnes interrogées ont évalué non seulement les solutions multiples aux préjugés des groupes minoritaires, mais aussi les solutions aux préjugés ethniques. De même, les personnes interrogées ont évalué non seulement de multiples solutions à la déshumanisation des groupes extérieurs et aux préjugés ethniques, incluant des facteurs tels que les contacts positifs, les relations amicales ou encore l’éducation, mais aussi les facteurs mis en avant par le modèle IMP : souligner les similarités des animaux avec les humains ou celles des humains avec les animaux. Les résultats ont confirmé notre attente selon laquelle les gens sont généralement inconscients de la séparation humain-animal en tant que cause ou solution à la déshumanisation des groupes extérieurs ou aux préjugés. Mais les résultats suggèrent quelque chose d’encore plus perturbant : les personnes interrogées ont activement nié que le fossé humain-animal soit un facteur pertinent pour les préjugés des humains les uns envers les autres. Il est intéressant de noter que ces mêmes participants ont montré des preuves du modèle IMP dans leurs propres données (c’est-à-dire, plus la séparation entre humains et animaux est grande, plus la déshumanisation et le racisme sont importants)[42].
Réaction contre les animaux et leurs défenseurs
Le modèle IMP décrit un processus selon lequel le fait de concevoir une séparation entre les humains et les animaux favorise ou permet une perception des groupes humains externes comme étant semblables aux animaux (et donc « inférieurs » à son propre groupe), ce qui contribue à l’émergence de biais tels que les préjugés ou la discrimination à l’encontre de ces groupes. Comme nous l’avons soutenu[43], la déshumanisation du groupe externe fonctionne comme un mythe légitimateur. Les mythes légitimateurs sont l’ensemble des « attitudes, valeurs, croyances, stéréotypes qui fournissent une justification morale et intellectuelle aux pratiques sociales qui distribuent la valeur sociale[44] ». Autrement dit, représenter et traiter les groupes humains extérieurs comme des animaux rationalise ou « justifie » un traitement négatif comme relativement acceptable, malheureusement en raison du manque de respect et de considération que les humains montrent généralement en premier lieu envers les animaux. L’idéologie largement répandue du « carnisme[45] », qui consiste à faire passer les besoins humains avant ceux des animaux, est cooptée par des systèmes d’oppression connexes, tels que le racisme, l’homophobie et le sexisme. L’acceptation culturelle de l’exploitation animale fournit donc le lubrifiant psychologique qui facilite l’exploitation ou la négligence des humains considérés comme des animaux, presque comme une extension logique (bien que malheureuse) du raisonnement. Dans un exemple récent de cette explication par les « liens », Dhont, Hodson, Costello et MacInnis ont observé, dans un échantillon d’étudiants canadiens de premier cycle, que ceux qui exprimaient davantage de préjugés ethniques exprimaient également un plus grand spécisme (en particulier, une plus grande disposition à exploiter les animaux à des fins humaines)[46]. Plus intriguant encore, cette relation d’ampleur moyenne était entièrement expliquée par le motif psychologique de dominance sur autrui. Cette recherche fournit des preuves claires que « des facteurs psychologiques communs sous-tendent les préjugés envers les groupes humains externes et le spécisme »[47]. Ces résultats ont été reproduits dans des ensembles de données provenant du Royaume-Uni, des États-Unis et de la Belgique, soulignant l’importance de la dominance sociale dans le lien entre les préjugés à l’égard des minorités ethniques et à l’égard des animaux[48].
Mais les idéologies liées à des oppressions font face à des pressions et à des demandes de changement, en particulier dans l’ère post-Lumières. Dans la section suivante, nous examinons des recherches récentes visant à déterminer si les différences politiques entre la gauche et la droite (en ce qui concerne la volonté de manger et d’exploiter des animaux, les préjugés à l’égard de ceux qui n’endossent pas le carnisme et la reconnaissance des effets du changement climatique) sont notamment dues à une réaction à la menace que semblent représenter ceux qui ne soutiennent pas (ou même remettent en question) le statu quo. En d’autres termes, les personnes de droite résisteraient-elles aux politiques relatives au bien-être animal ou au changement climatique parce qu’elles se situent en réaction aux défenseurs du bien-être animal ou aux écologistes et les rejettent en tant que groupes sociaux ?
[L’autoritarisme de droite est une échelle de psychologie sociale mesurant l’adhésion plus ou moins forte (en Amérique du Nord) à des affirmations comme : « Notre pays a désespérément besoin d’un dirigeant puissant qui fera ce qui doit être fait pour détruire les nouvelles voies radicales et le péché qui nous ruinent », « Les gays et les lesbiennes sont aussi sains et moraux que n’importe qui d’autre » ou « Il y a beaucoup de gens radicaux et immoraux dans notre pays aujourd’hui, qui essaient de le ruiner à leurs propres fins impies, et que les autorités devraient mettre hors de combat ». Les personnes très autoritaires de droite montrent un besoin de se soumettre à une autorité, un fort conventionnalisme et une agressivité envers les groupes perçus comme menaçants qui remettent en question l’autorité ou ne se conforment pas à la norme. Le RWA est avec la SDO une des grandes mesures des idéologies de droite en psychologie sociale et prédit non seulement l’adhésion à un ensemble de politiques publiques de droite, mais aussi l’adhésion à des préjugés envers de nombreux groupes, en particulier ceux perçus comme menaçants ou dissidents.]
Nous commençons par examiner les différences entre la gauche et la droite en matière de consommation de viande et d’exploitation des animaux, sur la base de l’observation que les personnes de droite sont plus disposées à s’engager dans ces deux pratiques[49]. Jusqu’à récemment, cependant, la raison pour laquelle existe une telle différence gauche-droite n’a pas été examinée, en grande partie parce que les psychologues sont peu enclins (voire sont réticents) à considérer les animaux comme un exogroupe, malgré les similitudes entre les préjugés envers les groupes externes et le spécisme. En suivant les conceptualisations de Jost et al.[50], Dhont et Hodson[51] ont examiné deux formes d’idéologie : la résistance au changement, mesurée par l’autoritarisme de droite (right-wing authoritarianism, RWA[52] ; voir l’encadré de la rédaction ci-dessous), et l’acceptation de l’inégalité, mesurée par la SDO[53]. Les personnes qui obtiennent des scores plus élevés pour ces mesures adhèrent plus fortement aux idéologies de droite, étant donné que les personnes qui obtiennent des scores plus élevés pour l’autoritarisme de droite sont plus conventionnelles, plus soumises à l’autorité et plus agressives à l’égard de celles qui transgressent les normes, et que les personnes qui obtiennent des scores plus élevés pour l’orientation à la dominance sociale montrent une plus grande adhésion aux idéologies selon lesquelles les groupes devraient être ordonnés selon une hiérarchie (ce qui permet au pouvoir et à la domination d’être un élément central des relations intergroupes). Nous avons émis l’hypothèse que les personnes de droite pourraient consommer plus d’animaux et adhérer plus fortement à l’exploitation animale pour deux raisons principales. Premièrement, un sens du pouvoir et de la domination sur les animaux pourrait expliquer les différences entre la gauche et la droite, étant donné que ce sont deux thèmes centraux à la fois pour l’autoritarisme de droite (RWA) et pour la dominance sociale (SDO)[54]. Deuxièmement, la réaction face à la menace psychologique supposée que représente le véganisme ou le végétarisme en tant que mode de vie ou idéologie pourrait également expliquer ces différences entre la gauche et la droite. En tant que modèle psychologique, cela se traduirait par : les idéologies de droite mènent à la promotion du suprémacisme humain et à la perception du végétarisme comme une menace ; à leur tour, cette promotion du suprémacisme et cette perception du végétarisme mènent à une plus grande consommation de viande et à un plus grand soutien à l’exploitation animale[55]. Notre réflexion s’appuie ici sur des recherches sur le racisme aux États-Unis démontrant que les menaces perçues, qu’elles soient concrètes (relatives au pouvoir, au statut) ou symboliques (concernant la culture, la langue, le mode de vie), peuvent émerger en réaction à des groupes sociaux[56]. En d’autres termes, le groupe extérieur est détesté au prétexte de la menace que prétendument il représenterait, ce qui permet en quelque sorte de rationaliser l’expression de préjugés[57]. Est-il possible que notre manière de penser aux animaux et aux humains soit à nouveau pertinente dans ce contexte, et que la résistance ou l’opposition aux exogroupes humains (comme les végétariens) puisse prédire un parti pris accru à l’encontre des animaux ?
les idéologies de droite mènent à une plus grande consommation de viande et à un plus grand soutien à l’exploitation animale
Dhont et Hodson[58] ont recueilli des données auprès de plusieurs échantillons relativement importants d’adultes belges néerlandophones, mesurant à la fois le RWA et la SDO (en tant que mesures de l’adhésion à la droite), ainsi que la consommation de viande et l’acceptation de l’exploitation animale (par exemple, « L’utilisation d’animaux tels que les lapins pour tester la sécurité des cosmétiques et des produits ménagers n’est pas nécessaire et devrait être arrêtée »[59]). Comme médiateurs psychologiques susceptibles d’expliquer les différences entre la gauche et la droite en matière d’attitudes envers les animaux, nous avons mesuré (a) le suprémacisme humain (par exemple, « La vie d’un animal n’a tout simplement pas la même valeur que celle d’un être humain »), qui reflète principalement une mentalité opposant l’humain à l’animal ; et (b) la menace du végétarisme (par exemple, « D’importantes traditions culinaires, typiques de notre pays, commencent à disparaître à cause de la montée du végétarisme » ou « Le mouvement végétarien est trop impliqué dans la politique locale et nationale »), reflétant principalement une mentalité « humain contre humain ». Comme on pouvait s’y attendre, le RWA (autoritarisme de droite) et la SDO (orientation à la dominance sociale) étaient positivement corrélés entre eux et avec chacun des critères (consommation de viande ; exploitation des animaux) que nous cherchions à prédire. Comme on pouvait s’y attendre, dans les deux études, ces différences gauche-droite à propos de l’utilisation des animaux s’expliquent presque entièrement par un sentiment de supériorité et de droit sur les animaux, ainsi que par une opposition à la menace des idéologies non carnistes. Dans la seconde étude, nous avons contrôlé statistiquement le plaisir hédonique[60] que procure le fait d’« aimer » la viande (goût, aspect, odeur), et le schéma mentionné précédemment est resté inchangé. Bien que les personnes de droite expriment plus de plaisir à manger de la viande, cela n’explique pas le schéma observé ci-dessus. Plutôt, les différences de comportement face à la consommation de viande, entre les personnes qui sont plus élevées en RWA ou SDO et celles qui le sont moins, sont clairement d’ordre idéologique, faisant référence au pouvoir, à la domination et à des « droits » supérieurs sur les animaux, ainsi qu’à une opposition active contre les mouvements défendant les groupes moins puissants (c’est-à-dire les animaux non humains)[61]. »
De telles recherches fournissent des éclairages précieux sur la manière dont les facteurs humains, tels que l’opposition envers les personnes qui ne consomment pas d’animaux, peuvent avoir des effets néfastes sur les animaux.
Ces résultats suggèrent également la possibilité que les personnes qui défendent les droits des animaux, tels que les végétaliennes et les végétariennes, soient elles-mêmes la cible de réactions préjudiciables, en particulier de la part des gens de droite. On pourrait s’attendre à peu de préjugés à l’égard de ces personnes, étant donné que leur appartenance est fondée sur le fait de ne pas faire quelque chose (en l’occurrence, ne pas exploiter les animaux). Mais d’autres cibles sociales sont également victimes de préjugés et de discriminations pour des raisons similaires, en ne se conformant pas aux attentes culturelles. Considérons comment les personnes asexuelles, c’est-à-dire qui n’éprouvent aucune attraction sexuelle pour aucun sexe, sont la cible de préjugés forts[62] et sont même déshumanisées[63]. Leur rejet est probablement basé sur une manière de penser selon laquelle « la différence marque un manque »[64]. Au sujet des personnes végétariennes et végétaliennes, on pourrait s’attendre à une hostilité encore plus marquée ; non seulement ces personnes sont différentes ou déviantes, mais elles s’opposent aussi aux idéologies dominantes qui rationalisent l’exploitation des animaux. De plus, en ce qui concerne la maltraitance des animaux, ces personnes mettent en lumière aux yeux des témoins leur propre rôle dans l’exploitation, leur indifférence ou leur cruauté. On pourrait également prévoir que les personnes de droite ressentent une antipathie particulière envers les personnes végétaliennes et végétariennes, et ce, principalement en raison de la menace perçue que ces dernières sont supposées représenter pour la société.
Cette proposition a été directement testée dans plusieurs études récentes réalisées par MacInnis et Hodson[65]. Nous avons recruté plusieurs grands échantillons communautaires d’Américains qui se définissent comme consommateurs de viande, et les participants ont complété des questionnaires concernant leurs idéologies (RWA, SDO, conservatisme politique), leurs perceptions des menaces véhiculées par les végétariens et les végétaliens, ainsi que leurs attitudes à l’égard de divers groupes (par exemple, les Noirs, les immigrés), y compris les végétaliens et les végétariens. Comme prévu, les attitudes étaient globalement plutôt négatives, avec des préjugés anti-végétariens aussi forts que ceux envers les immigrés, les homosexuels, les asexuels et les athées, et même plus négatifs qu’envers les Noirs. Les attitudes spécifiquement à l’égard des véganes étaient particulièrement négatives, encore plus qu’à l’égard des homosexuels. Bien qu’étant des cibles de préjugés relativement peu étudiées, les personnes qui ne consomment pas de viande sont clairement stigmatisées. De plus, des différences entre la gauche et la droite sont apparues, montrant que les personnes qui ont des scores plus élevés en RWA, en SDO ou de conservatisme politique, expriment des préjugés significativement plus forts à l’égard des véganes et des végétariens. Comme prévu, cet effet est entièrement médié par un sentiment accru de la menace que le végétarisme (ou végétalisme) représente pour la société. Autrement dit, les personnes de droite expriment des attitudes plus négatives envers ces groupes sociaux en raison directe de la menace qu’elles croient que ces cibles représentent pour le « mode de vie » qui caractérise les idéologies carnistes dominantes. D’autres preuves provenant de ces données éclairent cette forme de préjugé. En particulier, les consommateurs de viande étaient beaucoup plus négatifs envers les végétariens et les végétaliens qui refusent la viande pour des raisons de droits des animaux ou d’environnement plutôt que pour des raisons de santé. Ces résultats sont cohérents avec l’idée que les personnes s’abstenant d’exploiter les animaux sont perçues comme menaçantes parce qu’elles attirent l’attention sur les implications morales de la consommation de viande, ce qui remet en question le statu quo. Un dernier ensemble de données a été recueilli auprès d’un large échantillon communautaire de végétaliens et de végétariens en Amérique du Nord, auxquels l’on a posé des questions directes sur leurs expériences. Globalement, leurs expériences subjectives étaient en accord avec les réponses négatives des consommateurs de viande dans l’Étude 1, rapportant des préjugés considérables et une isolation sociale (même de la part de membres de leur famille), les végétaliens ou véganes faisant état de plus de discrimination que les végétariens. Collectivement, ces études montrent que même ceux qui défendent le bien-être des animaux sont la cible de réactions hostiles, particulièrement (mais pas exclusivement) de la part des personnes de droite, les différences observées entre la gauche et la droite reflétant à nouveau une résistance aux menaces psychologiques que représentent les idéologies dominantes d’exploitation animale.
La biosphère et le déni du changement climatique
Notre discussion sur la façon de considérer les animaux nous amène naturellement[66] à nous intéresser à tous les êtres vivants ainsi qu’aux systèmes biologiques et écologiques naturels. Les études précédemment abordées sur le clivage gauche-droite mettent en évidence une résistance de la droite en ce qui concerne la protection des animaux. Des recherches récentes indiquent que des processus similaires sont à l’œuvre en ce qui concerne la domination sur l’environnement en général. Par exemple, les personnes ayant des scores élevés en SDO sont plus disposées à exploiter la nature, même de manière non durable, pour des bénéfices humains[67]. Autrement dit, la dominance sociale (généralement considérée comme une variable pertinente pour les dynamiques intergroupes) est un prédicteur fort et constant de la domination sur la nature et de la priorité donnée aux besoins humains[68]. Les tendances à la domination chez ceux ayant des scores élevés en SDO sont particulièrement prononcées lorsque l’exploitation de l’environnement profite aux groupes de statut élevé, mais pas aux groupes de statut inférieur[69]. Il est donc particulièrement inquiétant que les personnes ayant des scores élevés en SDO soutiennent la dégradation de l’environnement, mais seulement lorsque cela accentue (plutôt que réduit) les inégalités sociales[70]. Cela apporte de nouvelles preuves que l’idéologie sous-tend l’exploitation des animaux et de la nature, reposant sur des thèmes de domination et de contrôle, à l’instar des conclusions précédentes selon lesquelles l’idéologie prédit la consommation de viande et l’exploitation animale, même après avoir contrôlé statistiquement le plaisir personnel que l’on tire de cette consommation de viande[71]. Les préoccupations intergroupes, entre les humains et les animaux, et entre les humains eux-mêmes, ont clairement un impact sur le monde naturel, avec des conséquences potentiellement graves.
Dans une étude récente[72], nous avons examiné si le clivage gauche-droite dans la reconnaissance du changement climatique (et le soutien aux mesures pour lutter contre ce danger) s’explique non seulement par un sentiment de domination sur la nature et des priorités économiques, mais aussi par une réaction hostile aux écologistes. Il s’agit d’une question pressante pour l’humanité et les animaux. Le clivage gauche-droite sur le changement climatique est assez marqué[73] et devient de plus en plus polarisé[74], à un moment où fédérer la volonté politique pour coopérer et prendre des mesures devient crucial. Les solutions aux périls du changement climatique sont avant tout d’ordre psychologique[75], étant donné que l’exploitation humaine de la nature est la cause directe des émissions qui en sont responsables.
Ce qui nous intéresse au premier chef, c’est la réaction hostile aux écologistes, c’est-à-dire celles et ceux qui font des sacrifices personnels pour préserver la biosphère. De nombreux indices anecdotiques mais significatifs suggèrent que cette réaction d’hostilité sous-tend le refus de reconnaître notre contribution au changement climatique et la nécessité pour nous d’agir pour contourner ou, à tout le moins, atténuer les risques. Par exemple, des personnes de droite ont qualifié les écologistes de « nazis », d’« activistes » et de « terroristes », c’est-à-dire de menace pour le mode de vie dominant qui rationalise et entérine l’exploitation de la nature[76]. En effet, de nombreuses personnes de droite qualifient les écologistes de « pastèques », vertes à l’extérieur mais rouges (communistes/socialistes) à l’intérieur, considérant qu’ils constituent une menace pour cette vie moderne qui place les priorités humaines au-dessus de tout. Dans quelle mesure ce rejet des écologistes explique-t-il le clivage gauche-droite dans les croyances concernant le changement climatique ?
Hoffarth et Hodson[77] ont demandé à un large échantillon de la population américaine de remplir des questionnaires mesurant le RWA, la SDO et l’identification à un parti politique. Nous nous sommes intéressés à la mesure dans laquelle ces variables, reflétant les dimensions gauche-droite, permettent de prédire les réponses liées au changement climatique, telles que le soutien aux politiques de réduction des émissions, le déni du changement climatique et le déni de sa cause anthropique. Mais, plus important encore, nous avons cherché à expliquer le clivage gauche-droite dans ces croyances. Nous avons examiné plusieurs variables médiatrices potentielles, telles que la menace écologiste (par exemple, « La montée de l’écologie constitue une menace pour les coutumes culturelles de notre pays »), l’exploitation de la nature (reflétant la croyance que la nature doit être exploitée par les humains pour des raisons économiques ; par exemple, « Protéger les emplois est plus important que protéger l’environnement »), la domination sur la nature (reflétant la supériorité humaine ; par exemple, « Les humains sont faits pour dominer le reste de la nature »), et l’amour et le soin de la nature (reflétant des liens émotionnels avec la nature ; par exemple, « Je ressens un amour profond pour la nature »).
Nous avons testé le modèle de processus psychologique suivant : idéologies de droite ⇒ menace des écologistes ; utilisation de la nature ; domination sur la nature ; amour et attention pour la nature ⇒ résistance au changement climatique. Fait intéressant, nous n’avons trouvé aucune différence entre la gauche et la droite en termes d’amour et de soin pour la nature, mais les personnes dont les scores étaient plus élevés en RWA, en SDO, ou qui étaient affiliées au Parti républicain se sentaient significativement plus menacées par les environnementalistes, plus en droit d’utiliser la nature à des fins humaines (économiques), et plus dominants/supérieurs par rapport au reste de la nature.
nous n’avons trouvé aucune différence entre la gauche et la droite en termes d’amour de la nature, mais la droite se sent plus menacée par les écolos, plus en droit d’utiliser la nature, et plus dominante/supérieure par rapport au reste du monde
Il est important de noter que la quasi-totalité du clivage gauche-droite concernant le déni/la résistance face au changement climatique était canalisée par les personnes qui, à droite, se sentent autorisées à exploiter la nature à des fins économiques, ainsi que par le rejet des écologistes (les « pastèques »). En réalité, c’est le rejet des écologistes, plus que les préoccupations économiques, qui expliquait l’essentiel de l’effet, bien que ces dernières soient couramment exprimées dans les cercles politiques. Une fois de plus, nous constatons que les relations intergroupes entre humains jouent un rôle prépondérant dans la prédiction des croyances et de la volonté d’agir pour protéger la nature et préserver les écosystèmes essentiels à la vie.
Implications
Notre prémisse générale est que la propension à dévaloriser les animaux, en les considérant comme différents et inférieurs aux humains, a des conséquences à la fois pour les humains et pour les animaux. La figure 8.1 présente un modèle détaillant certaines des conséquences de notre psychologie collective à l’égard des animaux. Dans la partie supérieure de la figure se trouve le schéma de base du modèle IMP décrit précédemment. Dévaloriser les animaux contribue à la déshumanisation des exogroupes humains, rendant ces cibles sociales moins protégées par les droits accordés aux humains, ce qui, à son tour, prédit une série de réactions négatives envers ces groupes (préjugés, discrimination, conflits). Ce processus est de nature très psychologique. Mais le fossé entre les humains et les animaux a également des conséquences qui ne sont pas nécessairement de nature psychologique, comme nous le détaillons dans le reste du modèle. Tout d’abord, considérons le chemin qui mène de leur dévalorisation à une plus grande exploitation des animaux. Les gens les mangent, considèrent comme un luxe de s’asseoir sur leur peau dans les voitures et les maisons, et les utilisent pour tester des cosmétiques. Tout cela, bien sûr, s’ajoute à l’utilisation d’animaux à des fins de divertissement et d’expérimentation. Une grande partie de cette exploitation a été décrite en détail par les Critical Animal Studies[78].

Si l’exploitation animale est en soi mauvaise simplement pour des raisons morales, elle contribue également à certains des principaux problèmes auxquels l’humanité est confrontée au XXIe siècle. Par exemple, des estimations prudentes indiquent qu’entre 15 et 18 % de nos émissions de gaz à effet de serre proviennent de la seule consommation de viande[79]. Cela dépasse les émissions de toutes les formes de transport à l’échelle mondiale. Cesser de consommer des animaux aurait donc un impact plus important sur la réduction du changement climatique que de retirer tous les moyens de transport des routes, des voies navigables et de l’espace aérien. Notre exploitation des animaux alimente donc de manière très directe et substantielle le changement climatique. Elle a également d’autres effets négatifs sur notre biosphère. Par exemple, entre 70 et 80 % des antibiotiques consommés aux États-Unis le sont par les animaux d’élevage dans l’industrie de la viande[80]. Cela est dû à la demande écrasante de viande bon marché, qui entraîne une surpopulation des animaux et la propagation de maladies, qui sont combattues de manière préventive par de fortes doses d’antibiotiques. Mais cette surconsommation d’antibiotiques a permis aux bactéries d’évoluer à un rythme alarmant vers des souches largement résistantes aux traitements. Les conséquences sont désastreuses et les experts s’inquiètent désormais d’une « apocalypse antibiotique »[81]. Les chercheurs avertissent que ces conséquences pourraient même l’emporter sur celles du changement climatique, à mesure que les infections courantes deviennent impossibles à traiter, alors même que la population mondiale augmente et que chacun est de plus en plus en contact avec d’autres personnes. En effet, les experts qualifient ce problème de résistance aux antibiotiques de « plus grande menace de notre époque »[82].
Si l’exploitation animale est en soi mauvaise simplement pour des raisons morales, elle contribue également à certains des principaux problèmes auxquels l’humanité est confrontée au XXIe siècle.
Le changement climatique et la résistance aux antibiotiques créent à leur tour des problèmes pour les relations intergroupes. On prévoit largement que le changement climatique entraînera à la fois des inondations et des sécheresses, et les preuves de ces changements sont déjà documentées. La psychologie a beaucoup à dire sur les effets des conflits intergroupes en situation de menace et de compétition pour les ressources (par exemple, la théorie des conflits réalistes, Realistic Conflict Theory[83]). La concurrence perçue pour des ressources précieuses (eau, terre, nourriture) intensifie la perception de l’autre comme un ennemi et aggrave et enracine les conflits. Les « réfugiés climatiques » constitueront un défi majeur pour les pays développés. De telles conditions sont loin d’être idéales pour favoriser des relations intergroupes positives et coopératives[84]. En outre, cet afflux s’accompagnera d’un risque accru de maladies, conséquence des superbactéries résistantes aux antibiotiques, de la malnutrition et des conflits. D’un point de vue psychologique, les humains sont très sensibles aux signaux de maladie, activant rapidement le « système immunitaire comportemental[85] » qui facilite la xénophobie et les préjugés[86].
Considéré dans son ensemble, le modèle que nous proposons décrit plusieurs conséquences qui découlent d’une mentalité dominante qui crée un fossé psychologique entre les humains et les animaux. Ce fossé perçu entre les humains et les animaux déclenche une série de résultats qui aggravent le sort, non seulement des animaux (car ils ne bénéficient pas de droits), mais aussi d’autres humains (c’est-à-dire des exogroupes), y compris le sort des dominants et des privilégiés. Bien entendu, à l’instar du changement climatique lui-même, la plupart des obstacles à la limitation de nos comportements autodestructeurs sont de nature psychologique. En ce qui concerne la consommation de viande, par exemple, nous nous engageons dans un ensemble de rationalisations qui nous aident à faire face psychologiquement à ce qu’on appelle le paradoxe de la viande : nous nous soucions des animaux et nous les aimons, mais nous participons néanmoins à leur exploitation. L’une des manières dont nous rationalisons cette oppression est de recourir à des idéologies de domination qui valorisent le pouvoir et la hiérarchie comme étant à la fois bons et naturels. De plus, nous rationalisons en invoquant les « 4N » : la consommation de viande est considérée comme naturelle, normale, nécessaire et agréable (nice)[87]. Nous suggérons que les futures interventions psychologiques pourraient cibler ces croyances qui, en théorie, sous-tendent et stabilisent le paradoxe de la viande, afin de créer un point de basculement qui rendra l’exploitation animale intenable sur le plan psychologique.
Historiquement, la psychologie des relations intergroupes s’est concentrée sur la modification des attitudes intergroupes (c’est-à-dire des préjugés) dans le but de provoquer un changement social. Nous considérons cet objectif comme admirable et valable, et il peut également être appliqué dans le contexte des relations entre les humains et les animaux. Cependant, nous partageons l’avis récent selon lequel le champ d’étude des préjugés s’est principalement intéressé à des stratégies portant sur les attitudes (c’est-à-dire sur les croyances individuelles envers l’exogroupe)[88], et selon lequel cette suraccentuation pourrait même contribuer au conflit intergroupe plutôt que le résoudre[89]. Les conceptualisations modernes des préjugés postulent que le simple fait d’aimer ou de ne pas aimer un groupe[90] ne suffit pas ; les différences de pouvoir jouent un rôle. Considérez la définition suivante : « une attitude au niveau individuel (qu’elle soit subjectivement positive ou négative) à l’égard de groupes et de leurs membres qui crée ou maintient des relations de statut hiérarchique entre les groupes[91] ». Ici, l’accent est mis sur la hiérarchie et la domination, sur la préservation des relations entre les groupes de manière à maintenir les groupes défavorisés dans leur position, et non sur la valence des attitudes.
Cet accent sera utile alors que les psychologues se tournent vers les relations entre humains et animaux. Après tout, de nombreuses personnes « aiment » les animaux et ne leur souhaitent aucun mal, mais participent néanmoins à leur exploitation dans de multiples domaines. Se concentrer sur la question de savoir si les gens « aiment » les animaux ne nous aide pas beaucoup à expliquer ou à prédire leurs comportements d’exploitation, ni à développer des interventions psychologiques. Cela est également vrai, bien sûr, dans les relations intergroupes humaines. Si on lui pose la question, un client dans un bar de danse exotique affirmera qu’il aime beaucoup les femmes, même s’il glisse de l’argent dans le string de la danseuse (en la traitant de manière objectifiée et relativement déshumanisante). Le fait qu’il aime les femmes est beaucoup moins pertinent, pour comprendre sa participation à un système qui opprime les femmes, que ses croyances sur l’égalitarisme (par opposition à l’oppression et à la hiérarchie) et les droits fondamentaux. Il en va de même pour l’étude de la façon dont nous considérons les animaux et leurs droits, comme illustré dans nos résultats discutés précédemment. Par exemple, les différences gauche-droite dans la disposition à manger des animaux étaient expliquées par des croyances en la suprématie humaine et la menace végétarienne, indépendamment du goût des répondants pour la viande[92]. Ce sont les croyances autour de la domination qui jouaient un rôle crucial. De même, les différences gauche-droite dans l’analyse de la résistance aux actions contre le changement climatique étaient expliquées par la menace perçue des écologistes et par les supposées priorités économiques, et non par des différences dans l’amour et l’attention portés à la nature[93]. En effet, nous n’avons trouvé aucune différence gauche-droite dans l’amour de la nature, mais il y avait une différence gauche-droite dans la disposition à exploiter la nature et à ignorer les réalités du changement climatique. Il est clair que le fait d’aimer ou de chérir la nature n’est pas au cœur du débat. Au contraire, ce sont la domination, le pouvoir et la résistance aux groupes qui remettent en cause le statu quo qui sont déterminants.
se concentrer sur la question de savoir si les gens « aiment » les animaux ne nous aide pas beaucoup à expliquer leurs comportements d’exploitation, ni à développer des interventions
En revanche, se concentrer sur l’empathie est un bon candidat pour une intervention réussie. Les humains font preuve de peu d’empathie envers les animaux[94], tout comme nous montrons peu d’empathie envers les exogroupes humains[95]. Les tentatives pour induire la compassion et l’empathie, peut-être en réduisant le fossé entre les humains et les animaux[96], nous rapprochent psychologiquement de la cible de l’empathie. En outre, la proximité psychologique engendre des avantages tels que la protection et le respect. Nous voyons également un potentiel énorme dans les appels à la moralité, mais sans forcément dénoncer les gens comme hypocrites ou immoraux – de telles interventions seraient principalement efficaces envers les personnes qui vont déjà dans cette direction, pas celles qui ont le plus besoin d’intervention. Nous suggérons plutôt de tirer parti du fait que les humains disposent d’un vaste éventail de rationalisations. Ces rationalisations existent pour une raison : la plupart des gens se considèrent sincèrement comme des personnes bonnes et morales. Il ne s’agit donc pas d’imposer un ensemble de valeurs extérieures, mais plutôt d’inciter les gens à respecter leurs propres valeurs. L’inconfort psychologique peut devenir un puissant vecteur de changement, étant donné que les gens sont généralement motivés à éviter de telles contradictions entre leurs comportements et leurs attitudes ou valeurs.
Remarques de conclusion
Psychologiquement, nous divisons les animaux en catégories relativement artificielles, telles que « animaux de compagnie », « animaux sauvages » et « animaux d’élevage ». Ces catégories influencent la manière dont nous traitons les animaux au sein de chaque catégorie. Notre traitement des animaux d’élevage serait généralement illégal s’il était appliqué aux animaux de compagnie… Il ne fait aucun doute que les catégories animales sont artificielles et culturellement déterminées – en Amérique, les chiens sont des animaux de compagnie et les vaches sont des animaux d’élevage, mais d’autres cultures considèrent les chiens comme des animaux de consommation et les vaches comme des êtres sacrés. Il n’y a rien d’intrinsèque à un animal qui le rend consommable ou sacré – cela relève de la psychologie humaine[97].
l’exploitation des animaux fait partie d’un système de domination plus généralisé qui encourage à nuire à autrui pour son propre bénéfice et celui de son groupe d’appartenance
Représenter mentalement les autres comme des « animaux » est un processus psychologique. Détester la violence et la cruauté, tout en participant néanmoins à l’exploitation des animaux, est également un processus psychologique. En fin de compte, nous ne pouvons pas comprendre pleinement la déshumanisation des exogroupes (notre traitement des autres comme des animaux) tant que nous ne comprenons pas mieux comment nous pensons aux animaux. D’un point de vue psychologique, notre façon de concevoir les animaux et notre façon de concevoir les autres groupes humains partagent des fondements communs, notamment un sentiment de supériorité, des expressions de pouvoir et d’oppression, ainsi qu’une résistance au changement des coutumes et du mode de vie de notre société. De nombreuses manières dont les animaux sont maltraités se reflètent dans la façon dont les groupes défavorisés sont traités. Les mêmes rationalisations et mythes de légitimation sont souvent mis en œuvre pour justifier chaque forme d’oppression. Historiquement, l’esclavage aux États-Unis a été rationalisé, en partie, par la croyance que les Noirs étaient moins capables d’éprouver de la douleur que les Blancs, une perception qui persiste[98]. Une partie de l’appareil de rationalisation de l’exploitation des animaux repose également sur l’hypothèse selon laquelle les animaux sont moins sensibles à la douleur[99]. Ce n’est sans doute pas une coïncidence si les Noirs aux États-Unis ont été victimes de déshumanisation ; plus ce groupe est dépeint en termes animaliers et plus il est supposé présenter des caractéristiques animales (et non humaines), plus l’appareil de rationalisation peut facilement s’accommoder des mauvais traitements infligés aux Noirs, tant au niveau personnel qu’au niveau institutionnel. Il s’agit d’une accusation accablante non seulement pour le traitement des Noirs par les Blancs, mais aussi pour la façon dont les humains pensent aux animaux et à leurs droits. Le soutien à un système d’oppression et à une idéologie entraîne nécessairement le soutien à l’autre, comme le dit éloquemment Alice Walker[100] dans la préface de l’ouvrage de Spiegel, The Dreaded Comparison : « Les animaux du monde existent pour leurs propres raisons. Ils ne sont pas faits pour les humains, pas plus que les Noirs ne sont faits pour les Blancs ou les femmes pour les hommes ». De tels liens entre ces systèmes de domination signifient également que la défense de droits plus importants pour un groupe augmente la probabilité que ces droits s’étendent à d’autres[101].
la défense de droits plus importants pour un groupe augmente la probabilité que ces droits s’étendent à d’autres
En tant que psychologues, nous avons été découragés et frustrés par la lenteur de la réponse de la psychologie à l’étude plus critique des relations humain-animal. Pendant trop longtemps, l’accent a été mis sur la façon dont les animaux peuvent servir l’étude de la psychologie, par exemple, par le biais de l’expérimentation, sans se préoccuper de la façon dont l’étude de la psychologie peut mieux servir les animaux (et, par extension, nous-mêmes). Le moment est venu pour la psychologie de contribuer plus directement aux études critiques sur les animaux. Après tout, l’exploitation des animaux fait partie d’un système de domination plus généralisé qui encourage à nuire à autrui pour son propre bénéfice et celui de son groupe d’appartenance. La psychologie étudie depuis longtemps les systèmes de domination entre les groupes humains et peut désormais accorder une plus grande attention à l’étude de la domination « de l’humain sur l’animal ». Par exemple, nos propres recherches ont illustré le pouvoir de réduire le fossé psychologique entre les humains et les animaux, un processus essentiellement cognitif de recatégorisation[102] qui s’est avéré très efficace pour améliorer les relations entre les humains dans la littérature intergroupe[103]. En effet, nous trouvons très encourageant que les humains, comme de nombreux animaux non humains, soient naturellement capables d’une grande empathie[104] et d’un comportement prosocial éthique[105] (de Waal 2013). Changer notre façon de penser et de catégoriser les animaux facilitera la libération de réponses empathiques et prosociales à leur égard ; la psychologie est bien placée pour jouer un rôle essentiel dans la conception d’interventions visant à atteindre ces objectifs.
Gordon Hodson et Kimberly Costello
Notes et références
| ↑1 | Cet article est paru sous le titre « Psychological Implications of Undervaluing Animals: Dominance-Based Ideologies and Systems of Oppression » dans l’ouvrage collectif Critical Animal Studies: Towards Trans-species Social Justice, dirigé par Atsuko Matsuoka et John Sorenson (Rowman & Littlefield, 2018). L’Amorce remercie Kimberly Costello et Gordon Hodson de nous avoir gracieusement autorisés à le traduire et publier. L’Amorce remercie également Rémi Pénisson, qui travaille sur les articles de recherche autour des processus de déshumanisation, et Kevin Vezirian, docteur en psychologie sociale, pour leur contribution à la traduction et les nombreuses notes explicatives qu’ils ont jugées utiles, notées entre [crochets ]. Pour les lectrices non anglophones, nous avons également donné des traductions indicatives en français des titres des articles et des livres cités, entre (parenthèses) dans les références en notes. Nous avons également mis l’article en page en pdf pour une meilleure lecture, téléchargeable ici. |
|---|---|
| ↑2 | George Orwell, La ferme des animaux, Folio classique, 2021 [1945]. |
| ↑3 | Nous utilisons le terme « animaux » comme un raccourci pour désigner les animaux non humains, tout en reconnaissant que les humains sont aussi des animaux. |
| ↑4 | Par exemple, Melanie Joy, Introduction au carnisme. Pourquoi nous aimons les chiens, mangeons les cochons et portons les vaches, L’Âge d’Homme, 2016 [2010] ; Scott Plous, « Is There Such a Thing as Prejudice toward Animals? » (Existe-t-il un préjugé à l’égard des animaux ?), in Understanding Prejudice and Discrimination, édité par Scott Plous, 509-28. New York, McGraw-Hill, 2003 ; Kenneth J. Shapiro, « Animal Rights Versus Humanism: The Charge of Speciesism » (Droits des animaux contre humanisme : l’accusation de spécisme ), Journal of Humanistic Psychology, vol. 30, n° 2, 1990, pp. 9-37. |
| ↑5 | Par exemple, Peter Singer, La Libération animale, Petite bibliothèque Payot, 2012 [1975] ; voir aussi Hal Herzog, Some We Love, Some We Hate, Some We Eat: Why It’s So Hard to Think Straight about Animals (Ceux qu’on aime, ceux qu’on déteste, ceux qu’on mange : pourquoi il est si difficile d’avoir une pensée cohérente sur les animaux), New York, Harper Collins, 2010. |
| ↑6 | Voir par exemple Gregory R. Maio et James M. Olson, « Values as Truisms: Evidence and Implications » (Les valeurs perçues comme des évidences : données empiriques et implications), Journal of Personality and Social Psychology, n° 74, 1998, pp. 294-311. |
| ↑7 | Hal Herzog, op. cit. ; Melanie Joy, op. cit. ; Scott Plous, « Is There Such a Thing as Prejudice toward Animals? », art. cit. |
| ↑8 | [Des travaux montrent par exemple que le simple fait de présenter un animal comme étant du bétail destiné à la consommation humaine ou un cobaye comme étant l’objet de tests scientifiques conduit systématiquement à une moindre reconnaissance de ses capacités cognitives. Cf. respectivement Brock Bastian, Steve Loughnan, Nick Haslam & Helena R. M. Radke, « Don’t Mind Meat? The Denial of Mind to Animals Used for Human Consumption » (La viande ne vous dérange pas ? Le déni de la conscience des animaux destinés à la consommation humaine), Personality and Social Psychology Bulletin, vol. 38, n° 2, 2012, pp. 247‑256, et Kevin Vezirian, Laurent Bègue & Brock Bastian, « Mindless furry test-tubes: Categorizing animals as lab-subjects leads to their mind denial » (Des tubes à essai poilus et sans esprit : catégoriser les animaux comme sujets de laboratoire conduit à nier leur conscience), Journal of Experimental Social Psychology, n° 114, 2024. Ainsi que Albert Bandura, « Moral disengagement in the perpetration of inhumanities » (Comment le désengagement moral permet de commettre des actes inhumains), Personality and Social Psychology Review, vol. 3, n° 3, 2024 [1999], pp. 193-209]. |
| ↑9 | Susan Opotow, « Moral Exclusion and Injustice: An Introduction » (Exclusion morale et injustice : une introduction), Journal of Social Issues, n° 46, 1990, pp. 1-20. |
| ↑10 | Jacques-Philippe Leyens, Paola M. Paladino, Ramon Rodriguez-Torres, Jeroen Vaes, Stephanie Demoulin, Armando Rodriguez-Perez, et Ruth Gaunt, « The Emotional Side of Prejudice: The Attribution of Secondary Emotions to In-groups and Out-groups » (La dimension émotionnelle des préjugés : l’attribution des émotions secondaires aux endogroupes et exogroupes ), Personality and Social Psychology Review, n° 4, 2000, pp. 186-97. |
| ↑11 | Nick Haslam, « Dehumanization: An Integrative Review », Personality and Social Psychology Review, n° 10, 2006, pp. 252-64 ; Nick Haslam, Paul Bain, Lauren Douge, Max Lee et Brock Bastian, « More Human than You: Attributing Humanness to Self and Others », Journal of Personality and Social Psychology, n° 89, 2005, pp. 937-50. [La déshumanisation mécaniste apparaît plutôt dans le milieu du travail, dans un cadre hospitalier ou dans le cadre de l’objectivation sexuelle ; alors que la déshumanisation animalisante se retrouve plutôt dans le cadre de conflits et de violences intergroupes (guerre, génocide) et de rejet de l’immigration.] |
| ↑12 | [Par la suite, nous traduirons plus simplement par « animalisation ».] |
| ↑13 | [En psychologie sociale, une caractéristique est un attribut distinctif d’un individu. La notion de « trait » renvoie à la personnalité (ce sont les fameux « traits de caractère »). C’est une caractéristique distinctive, stable dans le temps et qui va se manifester dans des situations diverses. Dit autrement, les traits sont un certain type de caractéristiques.] |
| ↑14 | [Les premiers travaux de Leyens se focalisaient particulièrement sur les émotions. Haslam a ensuite montré que le même processus de sous-attribution d’états mentaux « propres de l’homme » concernait aussi les traits de personnalité, renforçant ainsi et étendant les résultats de Leyens.] |
| ↑15 | Voir Gordon Hodson, Cara C. MacInnis et Kimberly Costello, « (Over)Valuing “Humanness” as an Aggravator of Intergroup Prejudices and Discrimination » (La (sur)valorisation de l’« humanité » comme facteur aggravant des préjugés et de la discrimination entre les groupes), in Paul G. Bain, Jeroen Vaes et Jacques-Philippe (éd.), Humanness and Dehumanization (Humanité et déshumanisation), Londres, Psychology Press, 2014, pp. 86-110. |
| ↑16 | Voir par exemple, G. Tendayi Viki, Laura Winchester, Laura Titshall, Tadios Chisango, Afroditi Pina et Rebecca Russell, « Beyond Secondary Emotions: The Infrahumanization of Out-groups Using Human-Related Words and Animal-Related Words » (Au-delà des émotions secondaires : L’infrahumanisation des groupes externes à l’aide de mots à connotation humaine et de mots à connotation animale), Cognition, n° 24, 2006, pp. 753-75. [Nous avons traduit ici l’anglais « creatures » par le français « créatures », mais ça aurait tout aussi bien pu être « êtres ».] |
| ↑17 | Voir par exemple, Heather Gray, Kurt Gray et Daniel M. Wegner, « Dimensions of Mind Perception » (Les différentes façons dont on perçoit l’esprit chez autrui), Science, n° 315, 2007, p. 6. |
| ↑18 | Gordon Hodson, Cara C. MacInnis et Kimberly Costello, art. cit., p. 87 ; les italiques sont présentes dans l’original. |
| ↑19, ↑77 | Ibidem. |
| ↑20 | [En psychologie sociale, on dit qu’une variable en prédit une autre s’il y a des chances statistiquement significatives que la première conduise à l’apparition de la seconde.] |
| ↑21 | Gordon Hodson et Kimberly Costello, « Interpersonal Disgust, Ideological Orientations, and Dehumanization as Predictors of Intergroup Attitudes » (Le dégoût interpersonnel, les orientations idéologiques et la déshumanisation comme prédicteurs des attitudes intergroupes), Psychological Science, n° 18, 2007, pp. 691-98. |
| ↑22 | Kimberly Costello & Gordon Hodson, « Social Dominance-Based Threat Reactions to Immigrants in Need of Assistance » (Les réactions de menace face aux immigrés ayant besoin d’aide, fondées sur la dominance sociale), European Journal of Social Psychology, n° 41, 2011, pp. 220–31. |
| ↑23 | Cf. Jim Sidanius et Felicio Pratto, Social Dominance: An Intergroup Theory of Social Hierarchy and Oppression (La dominance sociale : une théorie intergroupes des hiérarchies sociales et de l’oppression), Cambridge, UK, Cambridge University Press, 1999. |
| ↑24 | [L’article de Sue Donaldson et Will Kymlicka, « Des droits humains sans suprématie humaine » (L’Amorce, 13 fév. 2023) rend bien compte des liens de solidarité entre diverses oppressions.] |
| ↑25 | Par exemple, Gordon Hodson et Kimberly Costello, « Interpersonal Disgust, Ideological Orientations, and Dehumanization as Predictors of Intergroup Attitudes », art. cit. |
| ↑26, ↑43 | Gordon Hodson et al., « (Over)Valuing “Humanness” as an Aggravator of Intergroup Prejudices and Discrimination », art. cit. |
| ↑27 | Kimberly Costello et Gordon Hodson, « Explaining Dehumanization among Children: The Interspecies Model of Prejudice » (Expliquer la déshumanisation chez les enfants : le modèle interespèce des préjugés), British Journal of Social Psychology, n° 53, 2014, pp. 175-97 ; Kimberly Costello et Gordon Hodson, « Lay Beliefs about the Causes of and Solutions to Dehumanization and Prejudice: Do Non-experts Recognize the Role of Human-Animal Relations? » (Les croyances populaires sur les causes et les solutions à la déshumanisation et aux préjugés : les non-experts reconnaissent-ils le rôle des relations entre l’homme et l’animal ?), Journal of Applied Social Psychology, n° 44, 2014, pp. 278–88 ; Gordon Hodson et al., « (Over)Valuing “Humanness” as an Aggravator of Intergroup Prejudices and Discrimination », art. cit. ; Kimberly Costello et Gordon Hodson, « The link between devaluing animals and discrimination » (Le lien entre la dévalorisation des animaux et la discrimination), New Scientist, n° 2895, 15 déc. 2012, pp. 34-35. |
| ↑28 | Kimberly Costello et Gordon Hodson, « Exploring the Roots of Dehumanization: The Role of Animal-human Similarity in Promoting Immigrant Humanization » (Explorer les racines de la déshumanisation : le rôle de la similarité entre humains et animaux dans la promotion de l’humanisation des immigrants), Group Processes and Intergroup Relations, n° 13, 2010, pp. 3-22, Étude 1. |
| ↑29 | Ces mesures subtiles (mesurant des attitudes plus implicites, voire inconscientes) contrastent avec des mesures de déshumanisation plus flagrantes, telles que celles qui demandent directement aux participants dans quelle mesure les exogroupes sont « évolués ». Voir Nour Kteily, Emile Bruneau, Adam Waytz et Sarah Cotterill, « The Ascent of Man: Theoretical and Empirical Evidence for Blatant Dehumanization » (L’ascension de l’homme : évidence théorique et empirique de la déshumanisation manifeste), Journal of Personality and Social Psychology, n° 109, 2015, pp. 901-31 ; Nour Kteily, Gordon Hodson et Emile Bruneau, « “They See Us as Less than Human”: Meta-Dehumanization Predicts Intergroup Conflict via Reciprocal Dehumanization » (« Ils nous considèrent comme moins qu’humains » : la méta-déshumanisation prédit les conflits intergroupes par le biais de la déshumanisation réciproque), Journal of Personality and Social Psychology, n° 110, 2016, pp. 343-70. |
| ↑30 | [Il s’agit d’une échelle d’évaluation du racisme, utilisée traditionnellement en psychologie sociale aux USA.] |
| ↑31, ↑53 | Jim Sidanius et Felicio Pratto, op. cit. |
| ↑32 | Stephen Phillips et Robert C. Ziller, « Toward a Theory and Measure of the Nature of Non-Prejudice » (Vers une théorie et une mesure de la nature de l’absence de préjugés), Journal of Personality and Social Psychology, n° 72, 1997, pp. 420-34. |
| ↑33 | Kimberly Costello et Gordon Hodson, « Exploring the Roots of Dehumanization », art. cit., Étude 1. |
| ↑34 | [En psychologie sociale, une médiation est une chaîne causale d’événements (X->M->Y). On parle de médiateur (M) lorsqu’il existe une relation causale entre X et Y, mais que si on modélise l’incidence d’un autre facteur “M”, l’effet causal de X sur Y est réduit ou disparaît. C’est donc la relation de X sur le médiateur (M), et la relation de M sur Y, qui va expliquer, du moins en partie, l’effet causal de X sur Y : on peut ainsi dire que M médie la relation entre X et Y. Ainsi, ici, la perception du fossé entre humains et animaux (X) prédit le préjugé anti-immigrés (Y), car la perception du fossé entre humains et animaux prédit la déshumanisation (M), qui va à son tour prédire le préjugé anti-immigrés. C’est pour cette raison qu’on peut dire que c’est (en partie) à travers la déshumanisation que la perception d’infériorité des animaux prédit le racisme.] |
| ↑35 | Kimberly Costello et Gordon Hodson, « Exploring the Roots of Dehumanization », art. cit., Étude 2. |
| ↑36 | [Ici, les auteurs font référence à un type de menace symbolique existentiel : si l’on croit à une forte distinction entre humains et animaux, étant donné que l’idée de notre supériorité nous rend « moins mortels », si l’on se retrouve par contre associé aux animaux, cela déclenche au contraire une angoisse de mort – l’exceptionnalisme humain serait une stratégie pour ne pas se confronter avec cette angoisse. En conséquence, lorsqu’on élève les animaux au rang des humains, on observe le phénomène de réduction du préjugé, mais quand à l’inverse on compare les humains aux animaux, ce qui est perçu comme les rabaisser et les renvoyer à leur condition de simples mortels, cela peut augmenter le préjugé à l’égard des groupes humains.] Voir Nathan A. Heflick et Jamie L. Goldenberg, « Dehumanization: A Threat and Solution to Terror Management » (La déshumanisation : une menace et une solution à la gestion de l’angoisse), in Humanness and Dehumanization, op. cit. |
| ↑37 | Bastian Brock, Kimberly Costello, Steve Loughnan et Gordon Hodson, « When Closing the Human-Animal Divide Expands Moral Concern: The Importance of Framing », Social Psychological and Personality Science, n° 3, 2012, pp. 421-29. |
| ↑38 | Voir Tobias Raabe et Andreas Beelmann, « Development of Ethnic, Racial, and National Prejudice in Childhood and Adolescence: A Multinational Meta-Analysis of Age Differences » (Développement des préjugés ethniques, raciaux et nationaux dans l’enfance et l’adolescence : une méta-analyse multinationale des différences d’âge), Child Development, n° 82, 2011, pp. 1715-37. |
| ↑39 | Kimberly Costello et Gordon Hodson, « Explaining Dehumanization among Children », art. cit. |
| ↑40 | Kimberly Costello et Gordon Hodson, « Lay Beliefs about the Causes of and Solutions to Dehumanization and Prejudice », art. cit. |
| ↑41 | [Les individus ayant les plus hauts niveaux de préjugés (i.e. les plus hauts profils RWA et SDO) ont tendance à penser que ceux-ci proviennent de facteurs inhérents à la société (comme des différences réelles entre les groupes, ou une forte densité de population) et que la capacité à adopter de plus ou moins forts préjugés échappe aux individus : ils imaginent moins que l’éducation à la tolérance ou le changement social puissent réduire les préjugés. Cela pourrait les justifier à ne pas chercher à les réduire.] Voir par exemple Victoria M. Esses et Gordon Hodson, « The Role of Lay Perceptions of Ethnic Prejudice in the Maintenance and Perpetuation of Ethnic Bias » (Le rôle des perceptions populaires des préjugés ethniques dans le maintien et la perpétuation des parti-pris ethniques), Journal of Social Issues, n° 62, 2006, pp. 453-68 ; Victoria M. Esses et Gordon Hodson, « Lay Perceptions of Ethnic Prejudice: Causes, Solutions, and Individual Differences » (Perceptions des préjugés ethniques par les non-initiés : causes, solutions et différences individuelles), European Journal of Social Psychology, n° 35, 2005, pp. 329-44. |
| ↑42 | [La note précédente explique que les personnes qui ont obtenu de hauts-scores SDO sont insensibles à des stratégies qui cherchent explicitement à réduire leurs préjugés. La perception de la division humains-animaux n’étant absolument pas perçue comme un préjugé, cela peut expliquer pourquoi chercher à la réduire est une stratégie efficace pour réduire les préjugés.] |
| ↑44 | Jim Sidanius et Felicio Pratto, op. cit., p. 45. [On distingue les mythes légitimateurs qui veulent distribuer la valeur sociale de manière inégalitaire, accentuateurs des hiérarchies, de ceux qui veulent la distribuer de manière équitable, atténuateurs des hiérarchies.] |
| ↑45 | Melanie Joy, Introduction au carnisme, op. cit. |
| ↑46 | Kristof Dhont, Gordon Hodson, Kimberly Costello et Cara C. MacInnis, « Social Dominance Orientation Connects Prejudicial Human-Human and Human-Animal Relations » (L’orientation de dominance sociale relie les relations préjudiciables entre humains et entre humains et animaux), Personality and Individual Differences, n° 61-62, 2014, pp. 105-8. |
| ↑47 | Ibidem, p. 107. |
| ↑48 | Kristof Dhont, Gordon Hodson et Ana C. Leite, « Common Ideological Roots of Speciesism and Generalized Ethnic Prejudice: The Social Dominance Human-Animal Relations Model (SD-HARM) » (Racines idéologiques communes du spécisme et des préjugés ethniques généralisés), European Journal of Personality, vol. 30, n° 6, oct. 2016. |
| ↑49 | Michael W. Allen et Sik H. Ng, « Human Values, Utilitarian Benefits and Identification : The Case of Meat », European Journal of Social Psychology, n° 25, 2003, pp. 37-56 ; Michael W. Allen, Marc Wilson, Sik H. Ng et Michael Dunne, « Values and Beliefs of 979 Vegetarians and Omnivores » (Valeurs et croyances de 979 végétariens et omnivores), The Journal of Social Psychology, n° 140, 2000, pp. 405-22 ; Matthew B. Ruby, « Vegetarianism: A Blossoming Field of Study » (Le végétarisme : un domaine d’étude en plein essor), Appetite, n° 58, 2012, pp. 141-50. |
| ↑50 | John T. Jost, Jack Glaser, Arie W. Kruglanski et Frank J. Sulloway, « Political Conservatism as Motivated Social Cognition », Psychological Bulletin, n° 129, 2003, pp. 339-75. |
| ↑51 | Kristof Dhont et Gordon Hodson, « Why Do Right-Wing Adherents Engage in More Animal Exploitation and Meat Consumption? » (Pourquoi les gens de droite s’engagent-ils davantage dans l’exploitation animale et la consommation de viande ?), Personality and Individual Differences, n° 64, 2014, pp. 12-17. |
| ↑52 | Cf. Bob Altemeyer, The Authoritarian Specter, Cambridge, MA, Harvard University Press, 1996. |
| ↑54 | [Les profils RWA donnent une importance particulière au fait de se soumettre aux leaders autoritaires, alors que les profils SDO témoignent d’une propension à adhérer à un système hiérarchique « pyramidal », où des groupes de statuts supérieurs devraient dominer des groupes de statuts inférieurs pour le bien commun.] |
| ↑55 | [L’échelle de soutien à l’exploitation animale mesure le degré d’adhésion explicite à un ensemble de pratiques comme la chasse, l’élevage, la recherche médicale sur les animaux, etc. Les personnes interrogées sont amenés à se positionner sur des affirmations comme : « Ce n’est pas éthique de faire des élevages de chien de race quand des millions de chiens sont tués chaque années dans des refuges » ou « Les animaux sauvages comme les furets ou les ratons-laveurs ne devraient pas être tués pour qu’on fasse de leur peau de la fourrure pour des manteaux ». Cette échelle peut, comme ici, être utilisée pour estimer si quelqu’un est susceptible de s’engager dans des pratiques d’exploitation animale. Les psychologues l’ont également utilisée pour mesurer le spécisme des personnes interrogées, notamment avant la formulation, par Caviola en 2019, d’une échelle de spécisme dédiée.] |
| ↑56 | Par exemple, Blake Riek, Eric W. Mania et Samuel L. Gaertner, « Intergroup Threat and Out-group Attitudes: A Meta-Analytic Review » (Menace intergroupe et attitudes à l’égard de l’exogroupe : une étude méta-analytique), Personality and Social Psychology Review, n° 10, 2006, pp. 336-53 ; Walter S. Stephan et Cookie W. Stephan, « An Integrated Threat Theory of Prejudice » (Une théorie intégrée des menaces perçues qui produisent des préjugés), in Reducing Prejudice and Discrimination, édité par Stuart Oskamp, 23-46, Mahwah, NJ, Lawrence Erlbaum, 2000. |
| ↑57 | Par exemple, Kimberly Costello et Gordon Hodson, « Social Dominance-Based Threat Reactions to Immigrants in Need of Assistance », art. cit. ; Victoria M. Esses, Gordon Hodson et John F. Dovidio, « Public Attitudes toward Immigrants and Immigration: Determinants and Policy Implications », in Charles M. Beach, Alan G. Green et Jeffrey G. Reitz (dir.), Canadian Immigration Policy for the 21st Century, Kingston, John Deutsch Institute, Queen’s University, 2003 pp. 507-35. |
| ↑58, ↑71, ↑92 | Kristof Dhont et Gordon Hodson, « Why Do Right-Wing Adherents Engage in More Animal Exploitation and Meat Consumption? », art. cit. |
| ↑59 | Hal A. Herzog, Nancy S. Betchard et Robert B. Pittman, « Gender, Sex Role Identity and Attitudes toward Animals », Anthrozoos, n° 4, 1991, pp. 184-91. |
| ↑60 | [L’expression « plaisir hédonique » fait spécifiquement référence au plaisir sensoriel ou physique, comme celui associé à la nourriture au confort ou d’autres expériences agréables, plutôt qu’à une satisfaction plus abstraite ou intellectuelle.] |
| ↑61 | Kristof Dhont et Gordon Hodson, « Why Do Right-Wing Adherents Engage in More Animal Exploitation and Meat Consumption? », art. cit., p. 16. Les italiques ont été ajoutés par Costello et Hodson. |
| ↑62 | Mark R. Hoffarth, Caroline E. Drolet, Gordon Hodson et Carolyn L. Hafer, « Development and Validation of the Attitudes toward Asexuals (ATA) Scale » (Développement et validation de l’échelle des attitudes envers les asexuels), Psychology and Sexuality, n° 7, 2016, pp. 88-100 ; Cara C. MacInnis et Gordon Hodson, « Intergroup Bias toward ’Group X’ : Evidence of Prejudice, Dehumanization, Avoidance, and Discrimination against Asexuals » (Préjugés intergroupes à l’égard du « groupe X » : preuves de préjugés, de déshumanisation, d’évitement et de discrimination à l’égard des personnes asexuelles), Group Processes and Intergroup Relations, n° 15, 2012, pp. 725-43. |
| ↑63 | Cara C. MacInnis et Gordon Hodson, art. cit. |
| ↑64 | Gregory M Herek, « Sexual Orientation Differences as Deficits: Science and Stigma in the History of American Psychology » (Les différences d’orientation sexuelle en tant que déficits/manques : science et stigmatisation dans l’histoire de la psychologie américaine), Perspectives on Psychological Science, n° 5, 2010, pp. 693-99. |
| ↑65 | Cara MacInnis & Gordon Hodson, « It ain’t easy eating greens: Evidence of bias toward vegetarians and vegans from both source and target » (Il n’est pas facile de manger des légumes : preuves de préjugés à l’égard des végétariens et des végétaliens, à la fois chez ceux qui les expriment et ceux qui les subissent) Group Processes and Intergroup Relations, n° 20, 2017, pp. 721-44 |
| ↑66 | [On pourrait considérer que cela ne va pas de soi : après tout, les animaux sont des êtres conscients, ce que ne sont pas les végétaux, les prairies ou les rivières. À ce titre, les animaux devraient être considérés dans une catégorie commune avec les humains. Mais leur mise à l’écart dans les catégories de « l’environnement » ou du « vivant », comme éléments de « la nature » au même titre que les réseaux de mycélium ou les écosystèmes, est l’un des ressorts les plus puissants du spécisme, quoique rarement identifié.] |
| ↑67 | Taciano L. Milfont, Isabel Richter, Chris G. Sibley, Marc S. Wilson et Ronald Fischer, « Environmental Consequences of the Desire to Dominate and be Superior » (Conséquences environnementales du désir de dominer et d’être supérieur), Personality and Social Psychological Bulletin, n° 39, 2013, pp. 1127-38. |
| ↑68 | [Voir la note 66. Note anté-précédente] |
| ↑69 | Taciano L. Milfont et Chris G. Sibley, « The Hierarchy Enforcement Hypothesis of Environmental Exploitation: A Social Dominance Perspective » (L’hypothèse de renforcement hiérarchique de l’exploitation environnementale : une perspective de dominance sociale), Journal of Experimental Social Psychology, n° 55, 2014, pp. 188-93. |
| ↑70 | [Ce résultat contraste avec l’idée que les humains chercheraient à dominer la nature dans un sens similaire à la domination sur d’autres humains. Les personnes qui adoptent des idéologies de domination de la nature le font surtout car cela leur permet de dominer d’autres groupes humains. Ce pattern n’a pas été testé pour l’exploitation des animaux non humains, et il est possible que l’on considère en partie les animaux comme des ressources (notamment en les renvoyant à la nature), quoique la littérature sur la sous-attribution motivée d’état mentaux aux animaux tende à montrer qu’on les considère plutôt comme des individus.] |
| ↑72 | Mark R. Hoffarth et Gordon Hodson, « Green on the Outside, Red on the Inside: Perceived Environmentalist Threat as a Factor Explaining Political Polarization of Climate Change » (Vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur : la menace perçue des écologistes comme facteur de polarisation politique autour du changement climatique), Journal of Environmental Psychology, n° 45, 2016, pp. 40-49. |
| ↑73 | Troy H. Campbell et Aaron C. Kay, « Solution Aversion: On the Relation between Ideology and Motivated Disbelief » (L’aversion aux solutions : sur le lien entre l’idéologie et l’incrédulité motivée), Journal of Personality and Social Psychology, n° 107, 2014, pp. 809-24 ; Becky L. Choma, Yaniv Hanoch, Michaela Gummerum et Gordon Hodson, « Relations between Risk Perceptions and Socio-Political Ideology Are Domain- and Ideology-Dependent » (Les relations entre les perceptions du risque et l’idéologie sociopolitique sont dépendantes du domaine et de l’idéologie), Personality and Individual Differences, n° 54, 2013, pp. 29-34. |
| ↑74 | Aaron M. McCright, Riley E. Dunlap et Chenyang Xiao, « The Impacts of Temperature Anomalies and Political Orientation on Perceived Winter Warming » (Effets des anomalies de température et de l’orientation politique sur la perception du réchauffement hivernal), Nature Climate Change, n° 4, 2014, pp. 1077-81. |
| ↑75 | Robert Gifford, « The dragons of inaction: Psychological barriers that limit climate change mitigation and adaptation » (Les dragons de l’inaction : obstacles psychologiques à l’atténuation et à l’adaptation au changement climatique), American Psychologist, vol. 66, n° 4, 2011, pp. 290–302. |
| ↑76 | Voir Mark R. Hoffarth et Gordon Hodson, « Green on the Outside, Red on the Inside: Perceived Environmentalist Threat as a Factor Explaining Political Polarization of Climate Change », art. cit. |
| ↑78 | Par exemple, John Sorenson, Critical Animal Studies: Thinking the Unthinkable (Études animales critiques : penser l’impensable), Toronto, Canadian Scholars’ Press Inc, 2014. |
| ↑79 | Travis McKnight, « Want to Have a Real Impact on Climate Change? Then Become a Vegetarian » (Envie de vraiment changer les choses pour le climat ? Passez au végétarisme), The Guardian, 4 août 2014. |
| ↑80 | Deborah MacKenzie, « Superbug Risk from Tonnes of Antibiotics Fed to Animals » (Risque de superbactéries dû à des tonnes d’antibiotiques distribués aux animaux), New Scientist, 25 mars 2015. |
| ↑81 | James Aw, « Avoiding an “Antibiotic Apocalypse” Requires Shift in Doctor/Patient Attitudes, Expectations » (Pour éviter une apocalypse antibiotique, médecins et patients doivent revoir leurs attentes), National Post, 25 mars 2013. |
| ↑82 | Gerald Wright et Eric Brown, « The Greatest Threat of Our Time – Antibiotic Resistance » (La plus grande menace de notre époque : la résistance aux antibiotiques), National Post, 4 mai 2015. [De plus, l’intensification à grande échelle de l’agriculture, ainsi que l’élevage intensif d’animaux dans des espaces confinés très réduits (comme par exemple pour les suidés et les anatidés) augmente significativement le risque de prolifération des maladies zoonotiques, comme la grippe porcine ou la grippe aviaire. Au-delà de représenter de réelles menaces sur la santé publique (OMS, 2020), les maladies zoonotiques sont aussi des facteurs de risque économique importants sur le secteur agricole tout entier. Cf. Clare Narrod, Jakob Zinsstag & Marites Tiongco, « A One Health Framework for Estimating the Economic Costs of Zoonotic Diseases on Society » (Un cadre One Health pour estimer les coûts économiques des maladies zoonotiques sur la société), EcoHealth, 9(2), 2012, pp. 150–162 ; World Health Organization, Zoonoses.] |
| ↑83 | Muzafer Sherif, O. J. Harvey, B. Jack White, William R. Hood et Carolyn W. Sherif, Intergroup Conflict and Cooperation. The Robbers Cave Experiment (Conflit et coopération entre groupes : l’expérience de la grotte des voleurs), Norman, University of Oklahoma Book Exchange, 1961. |
| ↑84 | Par exemple, Solomon M. Hsiang, Marshall Burke et Edward Miguel, « Quantifying the Influence of Climate on Human Conflict » (Quantifier l’influence du climat sur les conflits humains), Science, vol. 341, n° 6151, 2011. |
| ↑85 | Mark Schaller et Justin H. Park, « The Behavioral Immune System (and Why It Matters) » (Le système immunitaire comportemental (et pourquoi il est important) », Current Directions in Psychological Science, n° 20, 2011, pp. 99-103. |
| ↑86 | Gordon Hodson, Becky L. Choma, Jacqueline Boisvert, Carolyn Hafer, Cara C. MacInnis et Kimberly Costello, « The Role of Intergroup Disgust in Predicting Negative Out-group Evaluations » (Le rôle du dégoût intergroupe dans la prédiction des évaluations négatives des groupes extérieurs), Journal of Experimental Social Psychology, n° 49, 2013, pp. 195-205. |
| ↑87 | Jared Piazza, Matthew B. Ruby, Steve Loughnan, Mischel Luong, Juliana Kulik, Hanne M. Watkins et Mirra Seigerman, « Rationalizing Meat Consumption: The 4Ns » (Rationaliser la consommation de viande : les 4N), Appetite, n° 91, 2015, pp. 114-28. |
| ↑88 | [Une attitude est une croyance évaluative de quelque chose (un objet, un concept, un groupe, etc.). C’est ce qu’on mesure avec une échelle constituée d’affirmations avec lesquelles les participants sont plus ou moins d’accord (comme dans les questionnaires où l’on doit répondre à des questions avec des réponses allant de « pas du tout d’accord » à « tout à fait d’accord »).] |
| ↑89 | Par exemple, John Dixon, Kevin Durrheim, Philippa Kerr et Manuela Thomae, « What’s So Funny ’Bout Peace, Love and Understanding? Further Reflections on the Limits of Prejudice Reduction as a Model of Social Change » (Qu’y a-t-il de si drôle dans la paix, l’amour et la compréhension ? Nouvelles réflexions sur la réduction des préjugés en tant que modèle de changement social, et ses limites), Journal of Social and Political Psychology, n° 1, 2014, pp. 239-52. [Ces interventions seraient contre productives parce que les gens les interprètent justement comme des interventions et font de la réactance.] |
| ↑90 | [Ce qu’on appelle en psychologie sociale « la valence des attitudes ».] |
| ↑91 | John F. Dovidio, Miles Hewstone, Peter Glick et Victoria M. Esses, « Prejudice, Stereotyping, and Discrimination: Theoretical and Empirical Overview » (Préjugés, stéréotypes et discrimination : aperçu théorique et empirique), In Handbook of Prejudice, Stereotyping, and Discrimination, édité par John F. Dovidio, Miles Hewstone, Peter Glick et Victoria M. Esses, 3-28. Thousand Oaks, CA, Sage, 2010, p. 7. |
| ↑93 | Mark R. Hoffarth et Gordon Hodson, « Green on the Outside, Red on the Inside: Perceived Environmentalist Threat as a Factor Explaining Political Polarization of Climate Change », art. cit. |
| ↑94, ↑99 | Scott Plous, « Is There Such a Thing as Prejudice toward Animals? », art. cit. |
| ↑95 | Mina Cikara et Jay J. Van Bavel, « The Neuroscience of Intergroup Relations : An Integrative Review » (La neuroscience des relations intergroupes : une revue intégrative des connaissances), Perspectives on Psychological Science, n° 9, 2014, pp. 245-74. |
| ↑96 | Par exemple, voir Kimberly Costello et Gordon Hodson, « Exploring the Roots of Dehumanization », art. cit., Étude 2. |
| ↑97 | Gordon Hodson, « The Meat Paradox: Loving but Exploiting Animals » (Le paradoxe de la viande : aimer mais exploiter les animaux), Psychology Today, 3 mars 2014. |
| ↑98 | Sophie Trawalter et Kelly M. Hoffman, « Got Pain? Racial Bias in Perceptions of Pain » (Vous avez mal ? Le biais racial dans la perception de la douleur), Social and Personality Psychology Compass, n° 9, 2015, pp. 146-57. |
| ↑100 | Marjorie Spiegel, The Dreaded Comparison: Human and Animal Slavery (La comparaison cachée : esclavages humain et animal), New York, Mirror Books, 1996, p. 14. |
| ↑101 | Kimberly Costello et Gordon Hodson, « The link between devaluing animals and discrimination », art. cit. |
| ↑102 | [La recatégorisation est une piste d’intervention en psychologie sociale pour réduire les préjugés envers un groupe en diminuant la saillance de la différence endogroupe/exogroupe. Par exemple, en mettant en évidence l’appartenance des deux groupes concernés à un même groupe commun.] |
| ↑103 | Voir Samuel Gaertner et John F. Dovidio, Reducing Intergroup Bias: The Common Ingroup Identity Model (Réduire les biais intergroupes : le modèle de l’identité commune de groupe ), New York, Psychology Press, 2000. |
| ↑104 | Frans de Waal, L’âge de l’empathie : leçons de la nature pour une société solidaire, Les liens qui libèrent, 2010. |
| ↑105 | Frans de Waal, Le bonobo, Dieu et nous : à la recherche de l’humanisme chez les primates, Les liens qui libèrent, 2013. |

