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1| Que faites-vous pour les animaux ?
Depuis les années 90, je travaille dans le monde dit de la « protection de la nature » et de « l’éducation à l’environnement ». J’étais par exemple conservationniste pour le CNRS au Gabon pour la sauvegarde d’une espèce de primate, puis responsable pédagogique de l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie).
J’ai aussi fait des reportages photo, dont un sur les blaireaux européens. Indépendant depuis 2013, ces expériences et les nouvelles m’aident à vulgariser et agir pour les autres animaux, en particulier les insectes. Cela passe par des livres, des articles, des conférences, des tables rondes, des formations, des vidéos, des posts… Et j’essaie d’intervenir dans divers médias.
Entre mon premier livre Les insectes en 300 questions/réponses (Delachaux et Niestlé), assez naturaliste, et le dernier à tendance animaliste (cf. ressources), j’ai évolué et je continue de chercher des idées pour que l’on considère toujours mieux les individus, peu importe qui ils sont, surtout s’ils sont sentients.
2| Qu’est-ce qui est le plus difficile dans votre activisme ?
Peut-être notre manque d’agilité dans les idées, parfois, engluées dans la culture et ses traditions, dans nos réticences cognitives face au changement. Par exemple, même les ami·es de la nature (et donc des animaux) ne se rendent pas toujours compte qu’il est plus raisonnable d’avoir une égale considération entre les chats et les lynx, les poulets et les faucons, les moutons et les bouquetins, les abeilles et les frelons, etc. J’ai aussi mis du temps à me rendre compte des incohérences spécistes des cultures écologiques et naturalistes qui invisibilisent les individus au bénéfice des espèces.
De plus, il ne suffit pas d’avoir raison (d’être rationnel·le) pour réussir à influencer le cours des choses, tant nos idées bougent parfois très lentement. Comme j’ai l’habitude de défendre « l’indéfendable », dont les moustiques et les frelons, je savoure les moindres avancées, même minuscules.
Cependant, lorsque notre manque d’agilité tue directement ou indirectement des millions d’individus sentients chaque jour, c’est plus difficile à gérer intellectuellement.
3| Qu’est-ce qui vous semble compliqué avec l’antispécisme ?
L’antispécisme est assez contre-intuitif dans notre culture ambiante dans laquelle il semble normal de choyer certaines espèces et très peu d’autres. Mais les individus qui les composent, eux, ne sont pas de cet avis. À commencer par moi, individu d’une espèce invasive, commune, croisée, pas en danger, exotique, etc.
Cette culture nous fait aller observer des oiseaux rares tout en mangeant un sandwich au poulet. Ou bien admirer des scarabées et les épingler dans une boîte. C’est injuste, moralement incohérent et irrationnel, car tous les individus sentients (dont a priori de nombreux insectes) ont un intérêt à vivre, longtemps et tranquillement. Surtout, ils sont, comme nous, présents sur Terre sans raison.
Si une partie des revendications naturalistes ont aidé les individus d’espèces protégées ou vivant dans des espaces protégés, il ne fait pas bon naître au sein d’une espèce « gibier », EEE (espèce exotique envahissante), ESOD (espèce susceptible d’occasionner des dégâts), pas en danger ou pire, domestiquée. Ce que nous, nous sommes, pourtant.
4| Quelle tactique vous paraît la plus prometteuse ?
Parmi de nombreuses tactiques possibles, j’invite souvent à tourner le miroir sur soi et notre espèce, pour voir ce que nous nous sommes accordé pour vivre longtemps en bonne santé. Pourquoi ne pas l’accorder aux autres sentients, avec autant d’empathie et de justice ?
Déconstruire le concept de nature m’a aidé à mieux appréhender l’antispécisme et ne plus l’idéaliser et l’esthétiser. J’aime d’ailleurs proposer des expériences de pensées naturelles, comme « Voudriez-vous être une proie dans la chaîne alimentaire écologique ? » La réponse étant non, alors « pourquoi le souhaiter aux autres animaux et continuer à être un prédateur alors que l’on peut s’en passer ?»
Je trouve également utile de parler de son cheminement et difficultés personnelles, et d’incarner le plus possible ce que l’on dit.
Enfin, pour toucher diverses personnes, je multiplie les approches et j’utilise parfois l’entretien épistémique pour trouver la réticence essentielle d’une personne. Pas facile non plus, mais cela évite souvent des quantités d’échanges inutiles et peu constructifs.
5| Quel(s) contenu(s) auriez-vous envie de recommander ?
Le doux podcast Poule sentimentale et ses belles histoires. Il complète bien Comme un poisson dans l’eau, Réplique Éthique, Yohann Hoarau, Kumquat – Animalisme critique… Et les autres ressources présentées sur sentience.pm et questionsanimalistes.com.
La démarche scientifique et méthodique vulgarisée par les outils de l’esprit critique est bien illustrée dans le Petit cours d’autodéfense intellectuelle.
Pour ses ressources autour de l’esprit critique et toutes les belles personnes (pour moi) qui l’animent ou l’ont animé : le Cortecs.
Autour de la déconstruction de l’idée de nature, il y a contrenature.org qui présente le livre L’anti-nature de Clément Rosset qui m’avait marqué.
Mon livre Facettes fascinantes de belles bêtes (Belin, 2024) dont l’intro tente de présenter les sujets essentiels pour renforcer son éthique animale. J’y présente 4 points de vue sur 24 espèces plutôt mal aimées : celui des gens normaux, des spécialistes, des écologues et des animalistes.

